Quelles sont les modalités de ce partenariat entre Banque PSA Finance et la banque espagnole Santander ?
Ce partenariat avec la filiale de crédit à la consommation de Santander aboutira à la création de joint-ventures locales détenues et capitalisées à parité dans onze pays européens et représentant 90 % de l’activité de la captive. La production de crédit par ces nouvelles entités pourrait démarrer au second semestre 2015.
Quels sont les avantages de cette opération ?
Elle permet à Banque PSA Finance de sécuriser l’accès au refinancement et d’améliorer significativement le coût de son financement, en apportant en contrepartie à notre partenaire notre fonds de commerce : l’accord est intéressant pour les deux parties.
Lorsque le rating du groupe s’est dégradé, entraînant mécaniquement celui de la banque à P3 puis à
Il faut bien comprendre que si le groupe Peugeot connaît aujourd’hui certaines difficultés, ce n’est pas le cas de sa banque. La particularité des captives bancaires automobiles, et en particulier de Banque PSA Finance, est de présenter un full matching entre ses prêts et ses emprunts. Ainsi, comme nous l’avons vérifié plusieurs fois dans nos stress-tests, si l’établissement arrêtait complètement de vendre du crédit, le boni de liquidation serait très important. Banque PSA Finance ne connaît, par nature et par construction, aucun problème de liquidité, ni de sécurité. En revanche, le fait d’être arrimée à la maison mère en termes de rating l’entraîne dans une difficulté de financement que nous avons dû résoudre en sollicitant la garantie de l’État.
Aujourd’hui, la donne a changé. Fort de ce partenariat avec Santander, la plus grande banque de la zone euro, non seulement Banque PSA Finance a les moyens de développer une activité de financement dynamique, pérenne et compétitive, mais va également accélérer sa sortie de la garantie de l’État.
Après la garantie de l’État, il vous a aussi fallu convaincre Bruxelles…
Cela nous a valu de nombreux trajets en Thalys pour aller défendre notre dossier ! Une telle situation pose toujours de nombreuses difficultés au niveau européen, car les règles d’aides d’État n’ont pas été modifiées depuis l’époque où l’Union européenne se limitait à six États. Soyons clairs, il est absolument nécessaire d’avoir une direction de la concurrence qui veille aux règles de la concurrence intra-européenne, mais nous sommes confrontés collectivement, en Europe, à des règles qui ne me paraissent pas adaptées aux enjeux géopolitiques actuels : de nombreux pays multiplient les règles protectionnistes et les aides d’État à leurs entreprises, en particulier en matière de R&D, alors même que l’Europe n’a pas su moderniser son arsenal juridique. C’est une situation difficile, avec laquelle nous devons aujourd’hui composer.
Dans quelles proportions le coût de vos financements a-t-il augmenté ces dernières années ?
Nous avons en effet obtenu l’accord de Bruxelles, en échange du versement à l’État français d’une pénalité de 260 points de base sur le coût des obligations émises avec leur garantie. Si notre outil bancaire est ainsi opérationnel, les conditions de coûts ne sont pas durablement compétitives ; en effet, nous assurons pour nos clients des offres qui restent dans le marché en subventionnant les taux.
L’arrivée de notre partenaire nous permettra de retrouver un coût global de financement compétitif et de ne plus utiliser la garantie de l’État dès la fin 2015, bien que celle-ci soit valable jusqu’à fin 2016.
Comment avez-vous diversifié vos sources de financement ?
Nous avons lancé le livret Distingo, qui a recueilli près d’1 milliard d’euros de collecte à fin 2013. Cette épargne a un effet favorable sur le calcul du LCR et nous souhaitons à présent élargir la commercialisation de notre livret à d’autres pays, dans lesquels la collecte de ce type d’épargne est moins onéreuse qu’en France.
Nous avons également tiré 1,2 milliard d’euros d’obligations sur la garantie de l’État. Mais surtout, nous avons complètement changé de braquet sur les titrisations, en passant d’un rythme d’une ou deux opérations annuelles, à plus d’une dizaine. Notre financement par titrisation s’est ainsi accru de 2 milliards d’euros sur 2013 ; à la fin de l’année dernière, il représentait 25 % du total du financement de nos encours, proportion qui passe à 35 % en y rajoutant les opérations de titrisation destinées à nous procurer du collatéral
Enfin, nous avons effectué une opération assez inhabituelle sur la place en négociant avec l’ensemble de notre pool bancaire 11,5 milliards d’euros de lignes de crédit. Grâce au soutien de ce dernier, nous avons pu assurer un plan de financement jusqu’à fin 2015.
Globalement, notre financement comprend aujourd’hui 30 à 35 % de titrisation et collatéral, 35 % de marchés de capitaux, 5 % de dépôts, le reste étant constitué par de la dette bancaire.
Les titrisations sont des opérations décriées ces derniers temps : avez-vous eu des difficultés pour placer ces montages auprès des investisseurs ?
Les investisseurs ont manifesté beaucoup d’appétit pour ces ABS, qui sont des titres bien cotés, qui offrent un rapport entre le risque et le rendement attractif. Nos produits sont directs et lisibles pour les investisseurs et toutes nos opérations ont été un grand succès. La titrisation reste un moyen de financement nécessaire à l’économie réelle, surtout dans la situation actuelle de désintermédiation bancaire.
L’activité de Banque PSA Finance reste cependant très dépendante de la vente de véhicules par Peugeot…
Elle est bien sûr liée en termes de rentabilité et de production nouvelle, mais pas en termes de solvabilité et de sécurité. Banque PSA Finance constitue véritablement un outil de financement pour nos concessionnaires, soit 3 300 entrepreneurs, qui financent ainsi, à hauteur d’un encours de 6 milliards d’euros, leurs stocks de véhicules neufs ou d’occasion, de pièces de rechange, parfois les investissements dans leur garage… Elle finance aussi indirectement un réseau secondaire de concessionnaires, et bien sûr directement nos clients, à hauteur d’environ 2 millions d’entre eux.
Quels sont vos principaux marchés ?
L’activité de Banque PSA Finance suit essentiellement celle du groupe dans ses différents marchés, et à ce titre, elle intervient dans 23 pays. Mais un autre facteur joue également, à savoir les habitudes de consommation dans certains pays. L’Angleterre, par exemple, connaît traditionnellement un taux de ventes financées plus important que les autres pays. Cela étant, notre premier marché est clairement la France et les principaux pays d’Europe représentent 60 à 70 % de notre production de crédits.
Comment cela se passe-t-il en Chine, où Peugeot est présent depuis longtemps et réalise de très bons résultats sur la vente de véhicules ?
Le chiffre d’affaires du groupe s’est en effet renforcé dans un marché qui enregistre lui-même une progression annuelle de 20 %. En outre, le financement automobile en Chine est en pleine croissance. Pendant longtemps, une tradition de paiement cash a prévalu ; cependant, ces dernières années, la structuration de ce marché a beaucoup changé et le taux de vente de véhicules financés augmente très fortement, en particulier dans les catégories « premium ». Ainsi, il est déjà supérieur à 20 % pour la marque DS que nous venons de lancer en Chine, et affiche une croissance continue pour nos marques Peugeot et Citroën.
Dans un contexte bancaire chinois encore très fermé aux établissements étrangers, comment s’organisent ces financements ?
Nous avons formé une joint-venture bancaire, codétenue par Banque PSA Finance, Dongfeng Motors et DPCA, notre joint-venture automobile commune.
Sur le plan réglementaire, quelles sont les dispositions qui pèsent le plus sur l’activité de votre banque ?
Il n’y a pas que des mauvaises nouvelles puisque le Comité de Bâle a assoupli les critères du ratio de levier sur plusieurs points : par exemple, le fait que les participations dans des sociétés mises en équivalence ou dans des sociétés d’assurance n’aient plus besoin d’être déduites des fonds propres nous permet d’améliorer notre ratio. De même, l’exposition sur la société mère ne devra plus être déduite des capitaux propres : cette décision n’est pas anecdotique, parce que la banque est exposée sur le groupe PSA et la levée de cette contrainte nous permet d’envisager de verser en 2014 100 % du résultat net 2013 en dividendes. En revanche, les définitions instables des ratios de liquidité LCR et le NSFR sont porteuses d’inquiétude. Le ratio de solvabilité NSFR notamment nous amène à faire des tirages plus longs et plus chers, et cela nous paraît injustifié dans le cas d’une captive auto comme la nôtre, qui fonctionne en full matching.
Car le ratio ne tient pas compte dans sa formulation actuelle de l’adossement emplois/ressources : les emplois sont affectés d’une pondération élevée, 85 % pour la clientèle retail et 50 % pour le corporate, alors que les ressources à moins d’1 an ne sont pas prises en compte dans le numérateur.
Nous participons donc activement aux discussions de Place pour faire évoluer les pondérations de ce ratio et qu’il soit calculé avec des classes de maturité.
Nous avons espoir d’aboutir, car les paragraphes 123 et 134 du document bâlois prévoient précisément la possibilité d’inclure des tranches de maturité.
Enfin, sur le plan réglementaire, nous comprenons que le parlement français entend limiter les rémunérations des vendeurs de produits financiers ; c’est tout à fait contreproductif pour le client qui se voit aujourd’hui offrir des offres de financement attractives et adaptées à son besoin. Ce projet fait écho à des dysfonctionnements constatés sur le marché, mais il faut faire confiance, à la fois à la
Comment s’organisent chez Banque PSA Finance les AQR et stress de résistance auxquels la banque doit se soumettre ?
Banque PSA finance est par ailleurs en pleine préparation de l'AQR. La méthodologie est maintenant diffusée et les travaux ont débuté. Nous avons la chance d'avoir dans nos murs pour cette opération dirigée par la BCE, la même équipe de l'ACPR que celle qui a réalisé en 2013 une analyse approfondie de nos risques de liquidité et de nos risques de crédit. Le chef de mission connaît donc bien notre banque et nous sommes confiants, au vu des travaux menés en 2013, sur les résultats de l'AQR.