Dans la perspective de la CoP21, quelles actions menez-vous au sein de votre banque en vue de la transition énergétique ?
La Cop 21 n’est qu’une étape. Le Groupe BPCE est engagé dans une démarche de fond et pour cela il faut un cap. Dès la création du Groupe BPCE, la réduction de l’empreinte carbone a figuré au rang de ses objectifs stratégiques, tout comme la croissance verte fait partie du deuxième plan stratégique. En tant qu’entreprise responsable, nous avons ainsi été la première banque à réaliser un bilan carbone en France en 2001. Et ce, avant que la loi ne prenne le relais, dans le Grenelle 2, et qu’elle n’en impose un tous les 3 ans. Nous avons élaboré un bilan annuel fiable.
Aucun autre groupe bancaire ne le fait ?
Non. Mais notre méthode de bilan carbone annuel a été reprise par l’ADEME comme pratique de Place, pour en faire un indicateur de pilotage au-delà d’une obligation réglementaire. Ce bilan sert à mesurer les gaz à effet de serre et à mener des plans d’amélioration. Nous en avons mis en place dans le bâtiment et créé un outil de reporting de tous les indicateurs relevant de l’énergie et de l’immobilier.
Et quels sont les résultats ?
Entre 2013 et 2014, nous avons réduit de 6 % notre bilan carbone. En 2014, les émissions de gaz à effet de serre du groupe atteignaient 658 000 tonnes.
À cette fin, quelles actions avez-vous menées ?
Nous avons, par exemple, créé la première agence Bâtiment basse consommation, à la Caisse d’Épargne Bourgogne Franche-Comté, puis le premier siège
Côté gamme de produits, qu’entreprenez-vous ?
Nous avons créé les premiers prêts « verts », via le réseau Banque Populaire, en 1990, les premiers PTZ en 2004, ainsi que les livrets verts en 1999. Les prêts verts dans le groupe BPCE représentent 2 milliards d’encours sur le marché retail, sachant que l’entretien-rénovation est un marché de 40 milliards par an en France, dans lesquels les investissements verts dans le retail comptent pour 14 milliards par an. En Europe, les Allemands réalisent 10 milliards de prêts en retail par an dans l’efficacité énergétique, financés à 66 % par les banques locales.
Comment évaluez-vous ce marché en France ?
En France, les banques doivent faire des prêts sans forcément avoir eu le temps de connaître ce marché. BPCE est la première banque à avoir donné des chiffres. Avec la CDC, nous avons tenté de donner une visibilité du marché sur les financements solidaires, la précarité
La Commission européenne vous a choisi pour mettre en place le premier parcours client sur l’efficacité énergétique. Où en est cette initiative ?
En effet, le Groupe BPCE a été choisi en 2012 par la Commission européenne comme première banque pilote en France pour l’organisation des financements d’efficacité énergétique régionaux. C’est le programme
D’autres banques le font-elles en Europe ?
Oui, la Caisse d’épargne autrichienne, par exemple. En Allemagne, les Sparkassen n’en ont pas besoin, car elles sont déjà organisées. Grâce à l’argent public, les banques locales irriguent déjà tout le tissu des territoires, TPE, PME, artisans, en vue d’installer des solutions d’efficacité énergétique chez les particuliers, les professionnels, les PME. Chez BPCE, nous avons répliqué ce modèle, qui crée de l’emploi et permet des économies d’énergie.
Que pensez-vous du marché du carbone actuel ?
À mon sens, nous avons besoin d’une méthodologie sur le carbone des projets diffus sur le marché retail, qui soit simple, efficace et précise. Celle utilisée aujourd’hui ne nous permet pas d’avoir une contre-valeur financière. En 2007, le gouvernement français a donc lancé la méthodologie carbone domestique, sur la base des certificats d’économie d’énergie. Cette dernière combine la précision des méthodes onusiennes et la simplification dans le reporting. Aujourd’hui, cette méthode a besoin d’être actualisée.
Menez-vous des réflexions au niveau d’instances internationales ?
Oui. Je suis président du Comité développement durable des caisses d’épargne européennes et de celui des banques coopératives. Et forcément, comme nous sommes la première banque à avoir un accord avec la Commission européenne sur le financement retail, je suis en lien avec la DG
Quelle est la part de vos investissements dans les énergies renouvelables ?
En France, nous sommes leader avec 30 % de parts de marché, soit 4 milliards d’encours, dont 2 milliards sur le retail. Jusqu’en 2009, nous étions dans un schéma favorisant l’incitation fiscale. À présent, le marché bas carbone est en plein développement.
Avez-vous des objectifs ?
Vous ne pouvez pas vous fixer d’objectifs s’il vous manque des ingrédients. Pour massifier tous ces investissements, nous aurions besoin de dispositifs de garantie, d’un renforcement des fonds propres sur les projets, et enfin d’un prix du carbone fiable. Nous avons une méthodologie sur le prix du carbone diffus et non diffus, qui permet d’être « bankable » et que nous souhaitons promouvoir.
Que vous inspire le retrait de certaines banques de projets trop carbonés ?
Nous vivons une transition et les changements doivent être progressifs. Des secteurs entiers ne sont pas préparés à cette transition. Imaginez si, du jour au lendemain, tout le monde achète une voiture électrique et laisse sa voiture à essence : l’État ne collectera plus de TIPP. Les ONG souhaiteraient aller plus vite et elles sont dans leur rôle. Mais on ne peut se permettre un séisme. Nous assistons déjà à une massification du vert contre le gris : aujourd’hui, on finance plus les énergies renouvelables que les mines.
Justement, quel est votre sentiment sur la position des ONG sur ces dossiers ?
Souvent, elles ne sont que dans la critique, alors que nous sommes dans l’ère de la construction. Pourquoi ne nous aident-elles pas plutôt à trouver du refinancement, ou un dispositif de garantie ? Nous avons plus à gagner à s’entendre. D’autant que le marché va se déplacer vers ceux qui auront les solutions intégrant les financements, avec, par exemple, le modèle de Siemens Financial Services.
Que préconisez-vous pour résister à cette tendance ?
Alors que le rapport Canfin envisage la création d’une taxe sur les transactions financières pour nourrir un fonds de 100 milliards d’euros pour accorder des crédits verts, nous défendons depuis des années l’idée qu’en lieu et place de ces subventions, les banques locales devraient être aidées pour accorder des prêtsmieux garantis aux PME. Comment expliquer que les Allemands arrivent à faire 10 milliards de crédits par an dans l’efficacité énergétique via le retail alors qu’en France, peut être estimé à 1 milliard ? Quels sont les moyens derrière ? Pourquoi sont-ils plus compétitifs ? On ferait bien de réfléchir à ces questions.