Ressources humaines

« Nos formations doivent évoluer rapidement et régulièrement »

Créé le

16.10.2013

-

Mis à jour le

31.10.2013

Le CFPB est le principal acteur de la formation dans le secteur bancaire, tant dans le domaine de la formation continue que dans celui de la formation initiale. Il travaille en partenariat avec de nombreuses universités. Face aux établissements bancaires confrontés à un environnement qui change très rapidement, dans le domaine réglementaire comme dans les habitudes de consommation de leur clientèle, il doit faire évoluer tout aussi vite son offre aussi bien dans la formation continue qu’initiale.

Comment parvenez-vous à adapter vos formations aux besoins réels du secteur bancaire ?

La gouvernance du CFPB est organisée de manière à être au plus près des besoins des établissements bancaires. Un Comité de stratégies formation (CSF) lui permet d’être en contact avec l’ensemble des réseaux bancaires de la FBF. Le CSF réunit 4 à 5 ​fois par an les principaux DRH ou responsables formation des groupes bancaires, pour évoquer les besoins des établissements en termes d’évolution des produits existants, mais aussi dans le but de définir les nouveaux produits qui seront mis en œuvre pour répondre à une demande avérée. Les perspectives d’évolution des différents métiers à moyen et long terme sont également évoquées. La mise en place de groupes de travail interbancaires permet en outre d’affiner les besoins exprimés et de s’assurer que les formations vont bien répondre aux besoins des établissements.

Par ailleurs, un contact permanent est maintenu avec les acteurs du secteur par l’intermédiaire des responsables des lignes produits (formation continue, alternance, formation à distance, formations courtes intra/inter) et par nos responsables commerciaux. En région, nos dix délégations permettent de s’assurer que les stratégies de formation, décidées au niveau national, conviennent aux réalités du terrain.

Constatez-vous des différences entre les besoins exprimés par le terrain et au sein du CSF ?

Le CSF travaille avec les responsables au niveau national, ce qui peut parfois être en décalage avec les besoins spécifiques à la région. Les spécificités locales sont relayées, le cas échéant, par les comités FBF régionaux en relation avec nos délégations. Ce travail au niveau local prend en compte, outre l’environnement économique régional, les politiques spécifiques de la région et s’efforce d’y répondre de manière adaptée avec nos partenaires universitaires. Il est important pour le CFPB, comme pour toute entreprise, de pouvoir ajuster ses produits aux besoins de sa clientèle et pour cela d’être présent non seulement auprès des décideurs nationaux mais également sur le terrain, et de faire converger ses observations afin de produire les formations les plus adaptées.

Ces adaptations sont-elles parfois importantes par rapport au schéma initial de la formation ?

Les établissements bancaires à réseau élaborent leur politique de formation au niveau national, puis ils les déclinent au sein de leurs implantations. De ce fait, les adaptations ne peuvent pas trop s’écarter d’un schéma initial. En matière de formation continue, les diplômes professionnels sont nationaux et ne peuvent donc donner lieu à aucune « adaptation ». Du point de vue de l’alternance, le principe d’équivalence nationale demeure ; un collaborateur à Lille ou à Marseille, qui suit un cursus en Licence ou en Master avec l’Université de Lille ou de Marseille, doit pouvoir occuper des postes identiques et obtenir des compétences comparables sur l’ensemble de son réseau. En revanche, en fonction de leurs besoins (pyramide des âges, structure des populations), certaines régions peuvent avoir recours à certains diplômes plus qu’à d’autres ou bien souhaiter la mise en œuvre de diplômes spécifiques. Par ailleurs, en fonction des potentiels de développement, les établissements peuvent investir plus ou moins dans tel ou tel secteur de la formation et préparer au mieux l’adéquation des compétences pour les années à venir. L’équation économique de la formation est en train de devenir une composante majeure, et la durée des formations, de ce fait, l’élément de choix. Préparer l’avenir dans la banque de détail dépend aussi de la capacité des établissements à rentabiliser les implantations et à y attirer plus de clients.

Quelles sont les évolutions qui peuvent s’observer au travers du prisme de la formation ?

Au cours de ces dernières années, le développement de la banque-assurance, par exemple, a été un facteur de diversification des produits commercialisés par les banques à réseau. Plus récemment, avec le tournant de la banque à distance, l’utilisation de supports de communication très divers (téléphone, Internet, IPhone…) s’est généralisée. Il va donc falloir former les collaborateurs à ces nouveaux modes de communication. Dans le même temps va se généraliser la recherche d’une relation client moins intrusive, plus souple et plus respectueuse du consommateur. La relation humaine qui sous-tend tout contact commercial, y compris à distance, crée du lien social qui conserve son importance et qu’il faut valoriser de manière différente. Le client en tant qu’individu revient au centre des préoccupations des établissements, alors qu’il se rend de moins en moins souvent dans les agences. Il faudra cependant gérer à la fois une population qui n’est pas encore prête à utiliser la banque à distance et les jeunes générations, pour qui Internet a toujours fait partie du décor.

À quel rythme évoluent vos formations ?

Nos cursus de formation évoluent à la fois régulièrement, afin de prendre en compte les évolutions les plus récentes de l’environnement (juridique, fiscal, réglementaire), et de plus en plus rapidement, les attentes des établissements bancaires et de leurs collaborateurs étant immédiates.

Le CFPB est organisé en conséquence. Les formations sont produites sous forme de modules qui peuvent être adaptés rapidement et dont les composantes peuvent être modifiées de manière transversale. Nous disposons dans nos bases de données de plus de 6 000 ressources pédagogiques, couvrant les différents domaines de la banque de détail (marché du particulier, du professionnel, de l’entreprise), mais également les fonctions supports (back-office bancaire, comptabilité, contrôle de gestion, etc.) et les sujets de droit, de fiscalité et de conformité. La modularité nous permet de lancer plus rapidement les offres adaptées et d’assurer le suivi chronologique sur des sujets techniques et évolutifs. Les cas pratiques inclus dans nos cycles sont régulièrement renouvelés afin d’éviter les anachronismes.

Les évolutions technologiques constituent également un vigoureux vecteur d’évolution lorsqu’elles permettent de faciliter le travail des apprenants : introduction de podcasts, de vidéos, de modules e-learning. La pédagogie inductive y trouve un support de plus en plus solide permettant, à partir d’exemples réels et vécus sur le terrain, de retirer un enseignement ou une compétence d’ordre général.

Quel état des lieux faites-vous pour les formations en alternance ? Il semble que les banques en ont une pratique très vertueuse et prennent beaucoup de contrats d’alternance afin de les conduire vers les CDI…

Le CFPB et DIFCAM suivent plus de 75 % des alternants du secteur bancaire en France, soit environ 6 000 personnes. Les banques voient en effet l’alternance comme une forme de prérecrutement. Cela leur permet de rechercher leurs futurs collaborateurs en amont des cycles diplômants. En dépit de l’environnement économique difficile, le secteur bancaire doit continuer d’assurer le renouvellement des générations qui partent en retraite et adapter des ressources humaines aux nouveaux métiers de la banque. Cela représente un besoin annuel de plusieurs milliers de collaborateurs formés aux techniques bancaires. C’est un véritable challenge. L’alternance est très utile sur les métiers bancaires pour lesquels les aspects comportementaux sont importants. En effet, la période d’alternance permet de tester les candidats sur leurs compétences, leurs capacités à évoluer sur des carrières longues, leur adaptabilité au sein d’un environnement très évolutif, bien au-delà des simples connaissances techniques ou théoriques. Lorsqu’un établissement bancaire recrute, c’est généralement dans la perspective de gérer un collaborateur de manière évolutive sur une longue période. L’alternance répond à ces besoins. De plus, la complexité accrue des métiers et la gestion d’une clientèle de plus en plus exigeante amènent les banques à recruter à des niveaux d’études de plus en plus élevés. Aujourd’hui, au sein du CFPB, les formations en alternance de niveau Licence et Master dépassent les BTS (BAC +2). Par simple effet mécanique, l’alternance continue donc de progresser. Les taux d’insertion en matière d’emploi constatés au niveau du CFPB sont de l’ordre de 90 % grâce à l’adaptation des formations aux besoins des établissements bancaires et à l’accompagnement systématique des alternants par un tuteur pour obtenir un double diplôme académique et professionnel. Pour un jeune qui se lance dans un cursus, c’est un élément très attrayant de savoir que ses chances d’insertion dans le monde du travail vont être optimales.

Le développement de l’alternance au cours des dernières années s’est effectué dans un environnement réglementaire favorable. Les circuits financiers ou juridiques restent cependant très complexes, du fait de l’empilement des réglementations et du nombre des intervenants. Pour que l’alternance continue à représenter une composante essentielle du recrutement du secteur bancaire, tous les acteurs doivent prendre conscience que le secteur bancaire recrute essentiellement à un niveau minimal BAC +2, voire BAC +3.

La crise a-t-elle provoqué, globalement, une baisse des demandes de formation ?

Dans un premier temps, la crise a surtout impacté les formations courtes (intra- et interentreprises). Les réflexions sur l’évolution du modèle de la banque de détail ont en effet généré un peu d’attentisme sur cette partie des budgets de formation. En revanche, la formation continue diplômante et les formations en alternance ont progressé pour les raisons déjà évoquées.

Constatez-vous un accroissement des formations seniors dans une perspective de maintien de l’emploi ?

Il n’y a pas de raisons de catégoriser les seniors et de leur proposer des formations spécifiques. L’expérience et les études montrent qu’ils ont les mêmes capacités d’apprentissage que leurs jeunes collègues. En revanche, l’allongement des carrières lié au recul des départs à la retraite nécessite de prendre en compte la formation et la motivation de nouvelles populations et de leur permettre de préserver énergie et curiosité intellectuelle, afin d’accomplir un bout de carrière supplémentaire. De plus, le développement de la mobilité fonctionnelle va constituer une tendance lourde, car les collaborateurs comme les DRH sont intéressés par des solutions sur la durée. Les acteurs de la formation ont un rôle à jouer afin d’adapter les formations permettant de changer de métier et d’accompagner ces évolutions. L’objectif est d’ouvrir le jeu et d’organiser des solutions alternatives.

Quelles sont vos relations avec les universités ?

Nous avons conclu aujourd’hui près de 120 partenariats avec l’enseignement supérieur et signé un accord-cadre avec la Conférence des présidents d’université (CPU). Nous travaillons avec des interlocuteurs ouverts et de grande qualité, prêts à faire avancer les problématiques de formation professionnelle. De manière générale, les universités produisent des formations académiques et le CFPB le volet professionnel. Le travail en commun est extrêmement positif et le mariage de nos expériences permet de proposer aux collaborateurs de banques une offre diversifiée, techniquement et géographiquement, et de grande qualité.

Travaillez-vous avec des universités étrangères ?

Nous n’avons pas encore de partenariats avec les universités à l’international. Nous avons en revanche des contacts avec des grandes écoles et des universités au Maghreb. Lors de ma dernière visite en Côte d’Ivoire, j’ai pu visiter le campus de l’université d’Abidjan, reconstruit après le conflit de ces dernières années. Il peut accueillir 90 000 étudiants et va devenir un grand centre universitaire en Afrique de l’Ouest. Il me paraît important pour le CFPB de développer ces contacts débouchant sur des partenariats, afin de répondre aux besoins des établissements financiers du Maghreb ou d’Afrique subsaharienne, en formation continue ou en formation initiale.

Quels besoins de formation y sont exprimés ?

Nous avons une position qui nous permet de travailler au profit des banques françaises implantées dans ces pays et, par extension, avec les banques régionales locales. Cela nous oblige à être agiles et à nous adapter aux besoins spécifiques de chacun de ces pays qui n’ont pas vocation à « consommer » in extenso des formations développées pour la France. Il faut donc tenir compte des besoins au cas par cas. Nous développons une approche de coopération et de responsabilités partagées avec les associations bancaires locales, ce qui nous permet de comprendre de la meilleure façon possible les besoins de chacun de ces marchés. Dans ces régions, le système bancaire est en pleine expansion, dans le sillage d’économies très dynamiques. Entre 2007 et 2011, le nombre d’agences bancaires en Afrique a augmenté de 40 % [1] . À titre d’exemple, en Côte d’Ivoire, notre activité ne s’est jamais interrompue, malgré les événements des années 2010-2011. Les candidats ont continué à se présenter aux examens de l’ITB, avec des taux de réussite comparables à ceux des autres pays. En RDC, les besoins de formation sont très importants et nous adaptons une formule du Brevet bancaire en 18 mois, au lieu d’échelonner le cursus sur 3 ans. Nous développons aussi notre présence au Liban et venons de signer un partenariat en Libye. Dans ce dernier pays, le partenariat a été mis en œuvre à la demande des banques françaises et avec le soutien de l’Europe ; il s’agit de former les collaborateurs libyens aux risques bancaires en matière de clientèle entreprise. La formation a été conçue initialement pour les pays du Maghreb et a été adaptée avec l’appui et la participation de l’Association des banques de Tunisie. Cette formation va être dispensée en langue arabe.



1 Source : Étude « Emerging Banking Report 2012 », Cabinet Velhon Partners.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº765bis
Notes :
1 Source : Étude « Emerging Banking Report 2012 », Cabinet Velhon Partners.