Paiement sans contact

Nice Ville numérique : « encourageant, mais peut mieux faire »

Créé le

05.10.2011

-

Mis à jour le

04.11.2011

En mai 2010, un test grandeur nature de services et paiement sans contact était lancé à Nice, impliquant les élus locaux, des commerçants, des opérateurs téléphoniques et des banques, parmi lesquelles la Banque Populaire et la Caisse d’Épargne (Groupe BPCE). Bilan de l’expérience, alors qu’un deuxième pilote vient de démarrer à Strasbourg.

Quelles leçons tirez-vous de l’expérience niçoise ?

Pour résumer, je ferai un commentaire de type bulletin scolaire : « Encourageant, mais peut mieux faire ». C'est encourageant, car pour la première fois, ce test a rassemblé l’ensemble des acteurs intéressés par le démarrage de cette nouvelle manière de payer à partir d’une carte bancaire, qu’elle soit en plastique ou dématérialisée avec un téléphone. La volonté politique des pouvoirs publics et de Christian Estrosi était très forte. Toutes les conditions étaient réunies pour se donner les chances d’un succès.  À l’été dernier, 1 800 commerçants étaient équipés, le plus souvent en changeant leurs terminaux afin qu’ils soient compatibles avec le paiement sans contact. 1 200 terminaux ont été déployés par la ​Banque Populaire et la Caisse d’Épargne de Côte d’Azur. Du côté des porteurs, nous avons émis en un an sur toute la Côte d’Azur environ 250 000 cartes avec une fonctionnalité sans contact, grâce au renouvellement des cartes à échéance de nos clients à partir de juin 2010.

Combien avez-vous enregistré de transactions depuis le lancement ? Est-ce un nombre suffisant ?

À fin août, nous avons comptabilisé 35 200 transactions dans notre réseau des Caisses d'Épargne et Banques Populaires de la Côte d'Azur, alors que nous en avions 22 500 à fin mai. Nos terminaux ont été installés et nos cartes distribuées sur toute cette région, pas uniquement dans les zones ciblées par le test de Nice. Il s’agit ainsi de préparer un déploiement plus large, mais cela fausse quelque peu les statistiques : dans ces communes plus éloignées du périmètre d’expérimentation, les occasions d’effectuer des paiements sans contact sont moins nombreuses. Alors que dans le centre-ville de Nice où les galeries marchandes sont directement concernées, l’expérience est concluante. Certains commerçants réalisent aujourd’hui plusieurs centaines de paiements sans contact par mois. À ce jour, entre 4 000 et 5 000 transactions sans contact sont effectuées par mois sur la zone.

Quels sont les regrets ou les insuffisances que vous avez pu éprouver sur ce projet de Nice ?

Dans le « peut mieux faire » se retrouvent plusieurs éléments : d’abord, nous aurions préféré que nos confrères présents sur place soient plus volontaristes dans l’équipement des commerçants. Mais beaucoup d’entre eux attendaient d’en savoir plus sur le business model. Aujourd’hui, le groupe BPCE a un déploiement auprès des commerçants supérieur à sa part de marché naturelle, ce qui prouve que notre stratégie est dynamique. C’est donc à la fois un regret et un avantage concurrentiel : cela nous a permis de faire de la conquête commerciale, en signant de nouveaux contrats avec des commerçants intéressés par la technologie sans contact.

Par ailleurs, les matériels d’acceptation étaient jugés un peu chers par les commerçants. Le surcoût était de 100 à 150 euros par terminal. Même si, aujourd’hui, ce chiffre a baissé, les constructeurs devront faire des efforts supplémentaires. Nous comptons sur l’arrivée de ceux qui n’avaient pas encore homologué leur nouvelle gamme de terminaux pour faire jouer la concurrence et baisser les prix. Pour que le succès soit confirmé, il est primordial que le parc d’acceptation soit de plus en plus large, à Nice et autour…

Des améliorations sont également à prévoir dans l’équipement du porteur : nous sommes assez satisfaits à BPCE d’avoir eu raison dans notre stratégie de diffusion large de cartes sans contact, là où d’autres ne juraient que par le téléphone mobile.

Enfin, demeure aussi le surcoût que représente pour nous la carte sans contact qui n’est pas négligeable sur des grandes séries. Là encore, les constructeurs devront faire un effort.

Vous étiez partis plutôt sur une stratégie carte que mobile ?

Nous n’avons jamais dit cela. Mais nous continuons de penser que la carte bancaire, pour des raisons de massification d’usage et parce qu’elle est le moyen de paiement préféré des Français, est incontestablement sur le chemin du déploiement du paiement sans contact sur mobile. C’est une pratique qui a mis 15 ans à se forger. Nous ne doutons pas que les particuliers continueront pour une grande part à faire confiance à leur carte, même si une autre partie de la clientèle souhaitera aussi pouvoir payer avec son téléphone mobile sans contact. Il y aura vraisemblablement une coexistence de la carte et du téléphone mobile sans contact pendant de longues années. Et de fait, pour le déploiement lancé à Strasbourg, nos confrères annoncent aussi l’émission de cartes sans contact.

Le test de Nice est-il un échec pour le paiement sans contact par téléphone mobile ?

Nous savions depuis le début que les téléphones mobiles ne seraient pas distribués massivement car un certain nombre de questions restaient en suspens autour de cette application. Il était important que cette expérience grandeur nature ait lieu pour permettre de les régler, notamment sur des aspects sécuritaires ou techniques. Notre regret, toutefois, est que les constructeurs et les opérateurs téléphoniques n’ont pas pu, pour un ensemble de raisons, éviter un retard dans la diffusion de mobiles équipés de la technologie NFC.

Par ailleurs, un seul modèle de téléphone a été distribué à Nice : il faut laisser un choix plus large aux clients. Nous avons donc décidé de proposer une solution de paiement sans contact pour les modèles vedettes comme Blackberry, iPhone ou Samsung Galaxy. Bien entendu, il s’agit d’une technologie intermédiaire, en attendant que ces téléphones soient équipés nativement avec le sans contact.

Avez-vous cerné une typologie des paiements sans contact ?

Nous pouvons trier les commerçants en trois cercles successifs : le cœur est constitué par la grande distribution, qui s’est montrée assez agressive dans le déploiement du sans contact car elle a un réel problème avec les paiements en espèces circulant dans les magasins. Viennent ensuite les commerçants de taille moyenne, notamment des franchisés : sandwicheries, maisons de la presse, bureaux de tabac, pharmacies… Ces derniers sont incontestablement des drivers pour le déploiement de ce nouveau moyen de paiement : ils encaissent de nombreux petits montants pour lesquels l’utilisation d’une carte avec contact demande trop de temps.

Comme nous l’avions cerné dans les études préalables, l’un des avantages de cette nouvelle manière de payer est la rapidité et la facilité du « parcours client » : comme le dit la publicité, « en moins d’une seconde, c’est réglé ! ». Pour le troisième cercle, les plus petits commerces, souvent indépendants, ils suivront le mouvement quand l’acculturation au sans contact sera plus forte.

Aucune résistance n’a été constatée auprès des commerçants pour adopter un moyen de paiement traçable ?

Les commerçants prennent conscience que les espèces coûtent cher, en particulier ceux qui ont un contrôle de gestion organisé comme la distribution régionale ou les franchisés… Une préoccupation autour de la sécurité physique commence aussi à poindre. Quand vous avez été victime d’un braquage pour quelques centaines d’euros, vous vous demandez s’il n’y a pas une alternative à l’acceptation des espèces. C’est un retour de plus en plus fréquent de la part des commerçants.

Quel est le montant moyen d’un paiement sans contact ?

La bonne surprise a été de voir que les montants se situent en moyenne autour de 10 à 12 euros (la limite pour un paiement de petit montant étant fixée à 20 euros). Cela correspond à la préoccupation des banques dans le cadre de leur engagement auprès de l’Autorité de la concurrence, sur la baisse de la commission interbancaire de paiement : celle-ci a été spécialement adaptée aux montants qui, jusqu’à présent, étaient difficiles à traiter par carte bancaire, au-dessous de 15 à 20 euros. Cela suit aussi les engagements des banques dans le cadre de la mission Mallié d’étendre la carte bancaire aux paiements de petit montant. L’objectif est de faire en sorte que les commerçants ne refusent plus les paiements par cartes inférieurs à 15 euros.

Est-ce que la question de la tarification de ce type de paiement a été réglée ?

À Nice, nous avions décidé que l’ajout du sans contact sur les cartes serait gratuit pour les clients. De façon plus large, c’est à chaque banque de décider de quelle manière elle tarifie les cartes et la fonctionnalité de paiement sans contact. Du côté du commerçant, nos établissements ont décidé de ne pas appliquer la tarification au démarrage sur les transactions sans contact, pour deux raisons :

  • concernant un moyen de paiement innovant face à des acteurs qu’il faut convaincre de participer à l’expérimentation, il est difficile de faire payer un service qui n’en est pas encore tout à fait un. Prenons aussi l’exemple d’American Express qui n’hésite pas à offrir la gratuité de ses services la première année, le temps que le commerçant comprenne l’intérêt d’accepter ce moyen de paiement… ou de le refuser si cela ne lui convient pas ;
  • la question du modèle économique n’était pas réglée, car la commission interbancaire de paiement et les modalités tarifaires aux commerçants, comme je l’ai évoqué, n’étaient jusqu’alors pas vraiment compatibles avec de petits montants. Ces barrières sont aujourd’hui levées avec le double effet de l’engagement des banques auprès de l’Autorité de la concurrence et dans le cadre de la mission Mallié. Les banques ont désormais les outils pour proposer à leurs clients des tarifications adaptées à l’acceptation des petits montants sans contact.

Cette stratégie a-t-elle été définie dans le groupe BPCE ?

Elle est en cours de discussion. Les engagements ayant été pris cet été, il faut le temps que chacun réfléchisse d’un point de vue marketing à la meilleure proposition à faire, compte tenu des différentes typologies de commerçants : certains préfèrent une tarification à l’opération, d’autres privilégient un forfait pour un certain nombre de transactions, etc. Cette stratégie est donc en cours d’étude et sera déployée dans les mois qui viennent sur le terrain.

À quel horizon peut-on espérer un déploiement national des services sans contact à la fois sur les cartes et les mobiles ?

Vous connaissez le contexte de fragilisation du business model des moyens de paiement pour les banques. Nous avons conclu des accords de baisse des commissions d’interchange et de la commission commerçant ; la pression consumériste fait que les cotisations cartes ne sont pas à la hausse. Enfin, nous sommes contraints par les cycles produits : il nous faut attendre le renouvellement des cartes de nos clients, la durée d’une carte étant de 2 à 3 ans. Les téléphones vont aussi se déployer. Nous devrions parvenir à une certaine maturité du déploiement auprès des clients d’ici 3 à 4 ans.

Du côté des commerçants, le remplacement des terminaux est onéreux, parfois à leur charge. Pour faire cet investissement, il faut qu’ils en éprouvent le besoin. Les banques ont aussi la possibilité de louer le terminal, mais elles ne vont pas forcément remplacer un terminal s’il n’est pas amorti. Il faudra également 3 à 4 ans pour atteindre un essaimage significatif des terminaux sans contact.

Entre-temps, nous aurons aménagé nos offres tarifaires et à cet horizon, notre écosystème sera alors mature pour un décollage des paiements sans contact de petits montants.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº741bis