La société financière de la Nef (Nouvelle Économie fraternelle) développe aujourd’hui une activité d’intermédiation, sans pour autant gérer les comptes-courants. Son leitmotiv est explicite : « Pour que l’argent relie les hommes ». Tout épargnant de la Nef peut orienter l’utilisation de son argent en direction de projets sociaux, environnementaux ou culturels. La publication annuelle de la totalité des financements réalisés dans l’année permet à chacun de s'assurer de l’utilisation faite de son argent par la Nef : y sont indiqués le nom de l’emprunteur (qui est susceptible d'être visité), son activité, son adresse ainsi que le montant du prêt et son objet. Les prêts sont classés conformément aux options de choix des épargnants, ce qui leur permet de s’assurer que leur argent a bien été utilisé conformément à leurs souhaits, mais aussi par région, afin de mesurer la répartition des crédits accordés pour chaque territoire.
La Nef s’efforce de créer autour d’un porteur de projet un cercle de solidarité. Elle analysera par exemple les cautions personnelles (souvent très limitées en montant) plus comme un soutien opérationnel à l’emprunteur que comme une « garantie de bonne fin ». C’est donc plus les qualités personnelles des cautions que leur patrimoine financier qui va intéresser la Nef dans un dossier de crédit.
Dans cet esprit, la Nef a été le tout premier promoteur des
Plus de 4 000 projets financés
À ce jour, la Nef a financé 4 000 projets portant tous une forte dimension sociale et environnementale, en un mot humaine. Ces financements ont été rendus possibles par les 25 millions d’euros de capital que lui apportent ses 27 000 sociétaires (la Nef étant une coopérative), ainsi que les 80 millions d’euros d’épargne qu’elle gère en direct. Elle dispose aussi de ressources complémentaires, au travers d’un partenariat avec le Crédit Coopératif qui gère des livrets Nef ainsi que des comptes-chèques Nef. Ces ressources, qui représentent tout de même 200 millions d’euros, sont utilisées pour des financements court terme ou des placements auprès d’institutions solidaires ou éthiques dont les revenus permettent d’abaisser la marge des prêts long terme.
Implantée à Lyon (son siège), à Paris, Nantes et Toulouse, la Nef et ses 55 collaborateurs développent une activité en croissance de 25 % l’an sur le secteur majoritairement choisi par ses épargnants : l’environnement (agriculture biologique, énergies renouvelables, transformation et distribution de produits biologiques, écologiques et équitables).
Les critères de sélection
Le tout premier critère d’analyse de la Nef est le respect de l’humain et de l’environnement. Tout projet qui ne passerait pas cette première étape – même s'il peut être économiquement très rentable – n’a aucune chance d’être financé par elle. Une fois ce critère de départ validé, elle s’intéresse bien évidemment à la viabilité économique du projet. Mais à la différence de la plupart des banquiers, la Nef a une approche de la rentabilité d’un projet de façon globale : rentabilité économique et financière, certes, mais aussi rentabilité humaine, sociale et environnementale. Et elle travaille à mettre en équation cette approche…
Au-delà de son activité d’intermédiation bancaire, la Nef est à l’origine d’innovations sociales importantes. À commencer par l'action « Terre de Liens », soustrayant de la spéculation le foncier agricole pour le rendre à l’agriculture paysanne et biologique. Le succès de cette initiative ne se dément pas : en moins de 3 ans, grâce à plus de 7 000 actionnaires apportant plus de 20 M€ de capital, la foncière Terre de Liens a déjà acquis plus de 2 000 hectares.
De même, la Nef est membre fondateur d’Enercoop (distributeur d’électricité 100 % verte) et associé commandité d’Énergie partagée, dont l’objet est de développer l’efficacité énergétique et des sites de production d’énergie renouvelable en local : par et pour les citoyens, en levant de l’investissement de proximité et en investissant dans des projets non spéculatifs, portés par la société civile. Comme Terre de Liens, Énergie partagée permet à chaque investisseur de « tracer » son investissement vers une région ou un projet en particulier.
La Nef est aussi fondatrice de
Après avoir souvent été à la pointe d’initiatives que les banques refusaient de soutenir – comme l’agriculture biologique ou biodynamique, le commerce équitable, les écoles libres etc. –, elle s’investit aujourd’hui dans l’habitat groupé et écologique, lequel peine à trouver son modèle mais qui est une alternative intéressante pour faire face aux défis sociaux et environnementaux qui nous attendent.
Un projet de création bancaire
La Nef travaille aussi à la création d’une banque éthique en France et en Europe, qui s’engagerait à :
- pratiquer la transparence totale dans tous les processus bancaires, dans la circulation de l’argent et dans son emploi, afin de donner aux parties prenantes les informations nécessaires leur permettant de former leur propre jugement éthique et jouer leur rôle de façon responsable ;
- agir en conscience des conséquences non économiques de toute action économique ;
- faire en sorte que la richesse produite par l’argent soit la conséquence d’activités orientées vers l’intérêt commun et non vers des intérêts particuliers ;
- gérer l’argent déposé en attente d’utilisation comme un bien commun.
Une incontournable évolution de la finance
Or, il est grand temps d’engager cette évolution de la finance, à l’heure où la spéculation élargit son champ d'action
Sur un autre plan, nos dirigeants démocratiquement élus tremblent lorsque des officines privées distribuent les bonnes et les mauvaises notes décidant du prix pour le contribuable. Mais ces grands «prêteurs », à qui nous confions notre argent et qui semblent désormais décider de la gestion d’un pays, ont-ils seulement demandé l’avis des citoyens à qui appartient l’argent qu’ils utilisent ? Les taux exorbitants infligés à nos amis grecs ou portugais font-ils seulement l’objet d’une réversion aux citoyens dont on utilise l’épargne pour prêter ? Même pas. Les décisions et les « surprimes » sont accaparées par une minorité. Dès lors, peut-on affirmer que le citoyen exerce pleinement ses responsabilités ?
Hors du regard citoyen, les nouveaux scandales financiers et humains se préparent. Effet de levier massif, titrisation… les mêmes mécanismes sont à l’œuvre pour servir une rentabilité de 25 à 30 % de la terre ou des matières premières, comme précédemment de l’immobilier. Lorsque cette bulle éclatera, la crise des subprime passera pour une promenade de santé. Car après les pavillons résidentiels, ce sont des terres nourricières qui seront ravagées pour satisfaire l’avidité financière. Le prix à payer sera inestimable : précarisation, exode, misère, faim. Cette nouvelle bulle, édifiée sur le dos des populations pour servir un monde qui les ignore, créera quelques nouveaux milliardaires, mais sera tout aussi sûrement un formidable terreau de haine et de violence, que toutes les polices du monde ne suffiront pas à contenir.
Si l’argent gouverne ainsi le monde, qui gouverne l’argent ? Issu de nos comptes chèques, livrets, assurances vie et autres OPCVM, suivant quel processus décisionnel est-il utilisé ? Où va-t-il ? Les circuits sont opaques. Même le simple banquier doit avouer sa cécité.
Ce que nous voyons bien, en revanche, c'est que pour que notre monde n’implose pas sous l’avidité de financiers hors de contrôle, pour faire face aux défis de société qui nous attendent, pour partager équitablement les biens communs que sont l’énergie, la terre, l’eau – dont nous savons désormais qu’ils nous sont comptés –, en un mot pour vivre en paix, nous devrons transformer en profondeur nos habitudes de consommation, de production et de répartition des richesses. Nous avons moins de 20 ans pour le faire, après il sera tard.
Les moyens financiers colossaux nécessaires à cela existent et doivent être réorientés vers l’intérêt collectif. La société civile doit donc reprendre le pas sur les banques, afin que celles-ci reviennent au noble rôle qui devrait être le leur : servir. Ce sont pour toutes ces raisons que la Nef est engagée dans la création d’une telle banque : pour passer d'une finance obscure et pathétique à la finance transparente et éthique.