Moniteur de la relation commerciale : prendre le risque de réussir

Créé le

20.10.2011

-

Mis à jour le

26.10.2011

La présence d’un moniteur des ventes sur le terrain, auprès des conseillers, peut être un atout dans le contexte actuel. En effet, ces derniers ont autant que leurs clients besoin d’être rassurés. À condition de ne pas limiter le monitorat au rôle de « bras armé » de la stratégie commerciale du groupe.

Contrairement à ce que l’on nous promet depuis des années, la crise se poursuit. Il en est même, théoriciens comme praticiens, pour dire qu’elle s’aggrave avec comme conséquence, parmi d’autres, la détérioration de l’activité bancaire saisie au plan du processus de servuction [1] à l’issue duquel le client achète, le commercial vend [2] , dans le cadre d’une satisfaction partagée bien comprise, dans l’instant et dans la durée.

Force est de constater que les clients sont troublés. Quoi faire, se demandent-ils ? Faut-il investir maintenant ou différer sa décision ? Faut-il acquérir tel produit plutôt que tel autre ? Dans le contexte d’incertitude actuel, toute décision étant mal aisée à fonder, les clients attendent de la part de leurs interlocuteurs banquiers, des postures, des propositions, des argumentations, aussi apaisantes psychologiquement qu’utiles économiquement. À les écouter, ils sont déçus et ils sont en mal de confiance.

Ce malaise, si dommageable à la reprise tant souhaitée, risque d’être d’autant moins passager que les professionnels eux-mêmes sont troublés, désorientés, tiraillés entre l’atteinte de deux objectifs : le niveau de production commerciale qu’on leur demande de réaliser, d’une part, la satisfaction de leurs clients, fondement de la qualité relationnelle recherchée, d’autre part. Comment faire ? La tâche n’est pas simple.

Apprendre sur le terrain

Pour relever ce défi, à la fois de « compétence » et d’« engagement » et, ce faisant, aider leur banque à recouvrer sa capacité à se différencier des concurrents, les personnels commerciaux doivent être formés, afin de faire évoluer leurs pratiques dans le sens d’une «  orientation-marché [3] » mieux maîtrisée. À cette fin, l’effort de formation consenti par les banques ces années dernières est tout à fait significatif. L’importance des budgets de formation l’atteste à l’envi.

Toutefois, si l’effort budgétaire est nécessaire, il ne suffit pas pour faire évoluer la dimension comportementale de la prestation de service bancaire. La question posée aux décideurs est celle de « comment » former les personnels concernés, attendu que ce qui est proposé en salle est insuffisamment efficace. Il faut donc accepter l’idée selon laquelle les changements de comportement, nécessaires à la revitalisation de la prestation de service bancaire, s’acquièrent davantage sur le terrain qu’en salle, quel que soit le talent du formateur.

Les commerciaux du monde bancaire, quels qu’ils soient, doivent donc apprendre en situation réelle de prestation, accompagnés tout au long de leur parcours de progrès par des personnels formés pour cela : les moniteurs de vente et plus exactement « moniteurs de la relation commerciale », tels que nous les avons qualifiés dans une publication précédente [4] [4] .

S’il reste encore beaucoup à faire, reconnaissons que les choses progressent sur le terrain, comme nous avons pu le constater lors d’une observation participante [5] conduite, quelques années durant, dans une banque régionale leader sur l’ensemble de ses marchés. Il est, en effet, à ce jour, de nombreux commerciaux pour admettre que cet accompagnement leur a été profitable et, qu’en progressant qualitativement, ils ont significativement progressé quantitativement.

Le moniteur des ventes, un rôle à clarifier

De telles preuves tangibles de leur utilité ont indubitablement motivé les moniteurs concernés, souvent anxieux devant la difficulté de la tâche qui leur incombe. Pour les aider, des formations spécifiques ont été conçues, dans cette banque régionale, afin de les former à l’accompagnement et non plus seulement à la formation. Ainsi, une véritable compétence a pu être développée, rendant les moniteurs capables d’affronter les situations d’accompagnement dans toute leur variété.

Toutefois, si les progrès sont attestés, il n’en demeure pas moins vrai que les moniteurs souffrent à ce jour de la variété des attentes qui leur sont adressées. Si, pour certains, dans l’organisation, ils sont encore de simples tuteurs, ce qui est tout à fait regrettable, d’autres les considèrent davantage comme le « bras armé » de la stratégie commerciale de l’entreprise, ce qui est peut-être excessif. L’écart est immense. Il perturbe l’action des intéressés en mal de savoir à quelle autorité se vouer.

Des entretiens menés lors de notre étude auprès de la direction générale de la banque, entre le directeur général, son adjoint et le directeur des ressources humaines ont confirmé que les représentations du métier de moniteur de la relation commerciale varient, avec un véritable risque d’ambiguïté et de conflit de rôle, situation nuisible à l’efficacité et à l’efficience des pratiques de monitorat.

À l’heure actuelle, le fait que les moniteurs soient rattachés hiérarchiquement à un cadre intermédiaire du réseau les conduits naturellement à répondre prioritairement aux attentes de ce cadre, duquel leur avenir professionnel dépend, au détriment de tous les autres, ou presque. Cela est regrettable à divers titres et semble annonciateur de l’échec de la mise en œuvre de l’orientation-marché dans l’entreprise bancaire.

Une clarification du rôle de « moniteur de la relation commerciale » s’impose donc, à ce jour, afin de donner à ceux qui l’exercent une autorité renforcée, en situant plus précisément ce métier dans l’organisation des réseaux, vis-à-vis de l’ensemble des parties prenantes. Des études approfondies semblent nécessaires, afin de doter le métier de moniteur de la relation commerciale d’un statut à la hauteur du rôle qui lui est confié. Prenons le risque de réussir… tout le monde y gagnera.

1 La servuction est la production de services dans sa composante « relation avec le client », par opposition avec la production d’un produit classique, qui est essentiellement une problématique industrielle. 2 P. Eiglier et E. Langeard, « Servuction, le marketing des services », Paris, Ediscience International, 1987. 3 D. Côté, « Comment implanter une orientation-client. Le cas d’une caisse Desjardins », Gestion, vol. 33, n° 4-2009, pp. 71-80. 4 Negro Y. : « Moniteur de la Relation Commerciale, un métier à inventer en milieu bancaire », Revue Banque N° 739 Septembre 2011, pp. 74-75. 5 Y. Negro, « Le moniteur des ventes : pour faciliter la conversion à une culture “relation-client ” », Banque & Stratégie n° 295, daté de septembre 2011, pp. 28-37.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº741
Notes :
1 La servuction est la production de services dans sa composante « relation avec le client », par opposition avec la production d’un produit classique, qui est essentiellement une problématique industrielle.
2 P. Eiglier et E. Langeard, « Servuction, le marketing des services », Paris, Ediscience International, 1987.
3 D. Côté, « Comment implanter une orientation-client. Le cas d’une caisse Desjardins », Gestion, vol. 33, n° 4-2009, pp. 71-80.
4 Negro Y. : « Moniteur de la Relation Commerciale, un métier à inventer en milieu bancaire », Revue Banque N° 739 Septembre 2011, pp. 74-75.
5 Y. Negro, « Le moniteur des ventes : pour faciliter la conversion à une culture “relation-client ” », Banque & Stratégie n° 295, daté de septembre 2011, pp. 28-37.