L’innovation en monétique ces dernières années a plutôt été le fait de la filière émission : cartes affinitaires, « cobrandées », prépayées, débit-crédit, émission instantanée sur le lieu de vente… Du côté de la monétique commerçant, les contraintes réglementaires se succèdent (passage à
L’acquisition transfrontière : opportunité pour les grands remettants
Sur le marché des grands remettants, l’opportunité principale offerte par le SEPA est l’acquisition transfrontière centralisée des flux. Elle permet aux commerçants de traiter de manière uniforme et centralisée les paiements par carte effectués dans chacun des pays d’implantation. Le commerçant pourrait ainsi réduire globalement ses coûts monétiques et mieux maîtriser son activité. L’offre technique existe, proposée par les processeurs comme Atos, Monext ou autres. Certaines banques se sont déjà dotées de ces plateformes d’acquisition internationale, mais la demande de la part des grands remettants tarde à se concrétiser.
Les moyens remettants : un segment très convoité
Les moyens remettants sont une cible commerciale à fort enjeu pour les banques. Ils représentent 30% du PNB monétique acquéreur et, s’ils sont déjà plutôt multibancarisés, ils restent pour la plupart encore mono-acquéreurs. Les banques délaissent ce segment de marché, en ne leur proposant pas d’offre spécifique. Les moyens remettants ne sont ainsi pas assez gros pour bénéficier des services sur mesure offerts aux grands remettants, tandis que les offres standardisées basiques proposées aux petits commerçants ne répondent pas à leurs besoins.
Ces clients sont fortement courtisés par tous les opérateurs techniques (Atos, Monext, Ingenico, Hypercom…) qui leur installent des solutions de monétique centralisée. L'enregistrement de la transaction est ainsi effectué en temps réel sur le serveur « passerelle » et non plus dans la mémoire du terminal de paiement électronique (TPE), le commerçant pouvant à tout moment en consulter l'historique. La remise en banque est alors effectuée automatiquement, en général une fois par jour. C’est un premier pas, potentiellement, vers la mise en place de systèmes multibancaires pour l’acquisition, qui pourrait se traduire par une perte de flux pour la banque acquéreur principale.
Les petits commerçants : la cible privilégiée des nouvelles offres de TPE
Les petits commerçants représentent l’essentiel des 800 000 terminaux de paiement dits « autonomes » et environ 50 % du PNB total de la monétique acquéreur. Certaines banques comme le Crédit Agricole et le Crédit Mutuel sont particulièrement développées sur ce segment de marché. L’offre TPE est souvent indissociable de la relation bancaire principale. Cette offre aux petits commerçants pourrait connaître de nombreuses évolutions du fait d’innovations récentes et à venir.
Le déploiement en cours des TPE IP ADSL et GPRS
Les offres de TPE IP se déploient fortement sur le marché. Elles profitent de la diffusion de l'Internet à haut débit de type ADSL ou GPRS et de la connexion permanente. Cela permet de rendre la demande d'autorisation plus rapide et de diminuer le coût global au commerçant avec une facturation au forfait et non à l'acte. Les transactions sont acheminées vers les serveurs bancaires via une « passerelle » monétique, qui traduit les flux IP en flux X25, principal protocole utilisé par les front-offices bancaires. Il existe plusieurs passerelles monétiques en fonction actuellement : Atos Worldline, TNS, Lyra Network, Ipeo (Xileo), Monecam, Paybox Services et CMS. Ces sociétés proposent aux commerçants des boîtiers de conversion et des services de reporting des transactions et « désintermédient » pour partie la relation banque-commerçant sur le domaine de l’acceptation technique.
TPE léger : nouvelle génération de TPE d’ici 2012 ?
Le concept de TPE léger se traduit aujourd'hui par le développement d’offres de serveurs monétiques « full IP », type client-serveur, avec l'objectif de développer et gérer les applications du TPE depuis un serveur central. Les opérateurs techniques du secteur annoncent la mise au point d’un démonstrateur d’ici deux ans avec une architecture ouverte sécurisée, conforme aux standards EPAS (Electronic Protocol Application Software).
Pour les banques, l’architecture full IP et le TPE léger permettront une meilleure maîtrise du parc et des applications de paiement ainsi qu’une baisse des coûts : prix moins cher du terminal, coûts réduits de télécom, de maintenance et de télécollecte. C’est aussi une opportunité de diffuser de nouveaux services facturables auprès des commerçants, comme par exemple le reporting en accès Web sécurisé, sur Internet ou mobile, de l’activité des magasins, la capacité de charger le reporting d’activité pour faciliter les rapprochements avec les remontées de caisse, de paramétrer des messages promotionnels ou personnalisés sur le TPE, de mettre en place un programme de fidélité couplé avec l’encaissement ou encore la mise à disposition d’outils plus sophistiqués de gestion de la fraude.
Les banques ont pris conscience d’une nouvelle donne à exploiter avec le TPE léger sans, à ce stade, en définir l’offre associée, ni en planifier le déploiement. Un élément déclencheur du déploiement en TPE léger pourrait être la migration de X25 vers IP. L’offre technique Orange de service X25 va s’arrêter définitivement au 30 septembre 2011. Les banques devront donc abandonner définitivement X25 et migrer à l’IP d’ici l’année prochaine.
Vers un modèle d’App Store sur TPE ?
Le terminal IPA 280 d’Ingenico est un PayPDA. Il combine les multiples fonctionnalités d'un assistant numérique personnel (PDA) à des capacités avancées de paiement sécurisé et de services à valeur ajoutée en ligne. Grâce à ses deux systèmes d’exploitation distincts, les applications métiers n’ont pas besoin d’être signées et cohabitent aussi facilement qu’une caisse enregistreuse associée à un terminal PIN Pad de paiement sécurisé. Un équipement destiné à cinq marchés cible – livraison, commerce de détail, transport, restauration, jeu –, avec pour objectifs de diminuer le temps d’attente aux caisses et de multiplier les possibilités de services. Avec ce matériel, Ingenico ouvre la voie à la fourniture de PDA et d’applications vers les commerçants sur leurs terminaux selon la même logique que celle des App Stores dans le mobile. Un pari qui n’est pas encore gagné et qui dépendra de la valeur ajoutée des applications qui seront proposées et de l’adhésion des commerçants au concept.
L’avènement du « sans contact »
Le « sans contact » est beaucoup évoqué dans la presse au travers des cartes ou des téléphones mobiles, alors que les conditions de son déploiement et de son succès se trouvent du côté de l’acquisition. Deux problématiques freinent les banques : le renouvellement du parc TPE et la commission que doit payer le commerçant pour les paiements sans contact. Dès l’automne 2010, la fonction sans contact sera intégrée en standard dans les nouveaux matériels TPE à un coût marginal pour le commerçant. Après les efforts réalisés par les banques pour la mise en conformité PCI-DSS de leur parc de TPE, il n’est pas évident que le renouvellement du parc pour l’intégration du « sans contact » soit fortement accéléré au plan national. La bonne mesure pour les banques est de déployer sélectivement le « sans contact » auprès des commerçants que cela intéresse.
Au cœur du déploiement en masse du paiement sans contact dans le petit commerce se trouve aussi la problématique de la commission entre la banque et le commerçant pour les paiements de petits montants. Afin de ne pas répéter l’erreur Monéo, les banques doivent changer de formule de commissionnement et ne pas mettre de partie fixe. Un nouveau modèle de tarification est à inventer pour les transactions sans contact, les gains, à quantifier, résidant dans l’accroissement du volume de transactions monétiques de petits montants.
Le succès du « sans contact » passe aussi par le secteur du transport, qui concentre beaucoup de paiements de petits montants. L'effet d'usage quotidien peut stimuler l'utilisation des cartes de paiement sans contact auprès des autres commerçants. La Banque Postale et la Caisse d’Épargne se sont d’ores et déjà positionnées en signant des partenariats avec respectivement la RATP et Transdev. Les jeux ne sont pas encore faits et les projets concrets restent à faire aboutir.
Les programmes bancaires de fidélité commerçants
BarclayCard a lancé au premier trimestre de cette année un programme de fidélité baptisé Freedom. Il s’est ouvert au lancement à 30 000 commerçants, partenaires de BarclayCard et demain, sera étendu à ses 90 000 commerçants partenaires. Ce programme est « en temps réel » c'est-à-dire que le porteur de la carte acquiert et peut utiliser immédiatement ses points de fidélité. Le système est construit grâce la solution XLS de Welcom Real Time, société française basée à Aix-en-Provence.
L’opportunité d’un tel programme est particulièrement intéressante en France pour les quelques banques leader sur le marché des petits commerçants, car ces derniers n’ont pas les moyens de monter leurs propres programmes de fidélité. Cette solution apporte de la valeur ajoutée à la carte de la banque et peut ainsi répondre à l’enjeu de défense des cotisations cartes.
L’initiative d’un système de fidélité commerçant avait été lancée par le Crédit Agricole dans les années 2003 avec un programme baptisé TLJ offrant des réductions « tous les jours ». Il a cependant été arrêté, notamment parce que le système d’utilisation des points n’était pas temps réel, mais passait par l’utilisation de tickets reçus à domicile. La solution Welcome Realtime pourrait donc relancer des velléités.
En chiffres : le marché de la monétique commerçant
La monétique représente pour les banques environ 1 million de contrats commerçants pour 2 milliards d’euros de PNB. Il est dominé par cinq banques : Crédit Agricole, Crédit Mutuel, Banques Populaires, Société Générale et BNP Paribas. Le marché est segmenté en trois catégories de commerçants : les petits, les moyens et les grands remettants, auxquels on peut ajouter les e-commerçants, un segment de marché avec des besoins très spécifiques.