Quels sont les besoins de financement des exploitations agricoles ?
L’activité agricole contraint à immobiliser des capitaux importants aussi bien pour le foncier, les bâtiments, le matériel, que pour le fonds de roulement. Pour autant, son niveau de rentabilité s'est considérablement effrité au cours des années. Un fort besoin de capitaux conjugué avec une faible rentabilité de ces derniers constitue une équation problématique, source d'un certain nombre d'enjeux.
Le premier est de trouver des apporteurs de capitaux, ce qui n'est pas le plus difficile : les exploitations agricoles qui s'appuient sur un patrimoine foncier présentent pour des investisseurs un niveau de risque plus faible que dans d’autres métiers. Ce sont aussi des actifs, y compris le matériel agricole, qui peuvent être revendus dans des conditions relativement satisfaisantes : leur dépréciation est souvent plus faible que celle du matériel industriel. En revanche, les exploitations agricoles sont restées dans des schémas où le capital familial est très lié à l’outil de travail et à la rémunération. Et l’agriculteur a souvent l’impression d’être floué de la valorisation de son travail quand il doit rémunérer le capital au moment de la sortie des investisseurs, d’autant que la rémunération du travail de l'exploitant est très faible. Une solution pour éviter ces situations pourrait être de favoriser la constitution de fonds de garantie, qui permettraient à l’agriculteur d’emprunter plus et de moins recourir à des apporteurs extérieurs.
Le deuxième enjeu sur lequel travaillent les Chambres d’agriculture est celui du revenu. L'objectif est d’aller chercher toutes les valeurs ajoutées possibles sur les chaînes de transformation et de production. Pour cela, il faut tout d’abord rester très vigilant sur la répartition de la valeur ajoutée entre les acteurs, voire être co-investisseurs tout au long de la chaîne pour garantir un juste partage, ce qui est le rôle de nos coopératives. De nombreux outils de transformation sont ainsi portés par les coopératives dans le monde agricole. Il faut aussi avoir des organisations de producteurs fortes pour permettre à ces derniers de peser sur la répartition de la valeur ajoutée, même quand ils ne détiennent pas de parts dans les outils ou les entités de transformation. Ensuite nous devons également exploiter les valorisations de niches : par exemple l’agriculture biologique. Il faut aussi encourager les circuits courts ; ce que nous faisons au travers de la marque Bienvenue à la
Qu'attendez-vous des banques dans ce contexte ?
Elles doivent adapter leur dispositif d'évaluation des risques à la situation particulière des exploitants agricoles. Elles ne peuvent pas analyser le bilan d’un agriculteur comme celui d’un commerçant. Un agriculteur a une immobilisation de capital, un BFR, une valeur du foncier qui n’a rien à voir avec celle d’un commerçant et des niveaux de risque aussi très différents : le mobilier/aménagement d’un magasin de centre-ville ne vaut pas grand-chose à la revente. Le taux de défaillance des entreprises agricoles reste très faible parce que précisément un des rôles des Chambres d’agriculture est d’accompagner les jeunes agriculteurs en amont de leur installation, et ensuite d’assurer un suivi technique grâce à la formation permanente et un suivi régulier beaucoup plus structuré que ce qui se fait chez les commerçants. Le dernier point à prendre en compte est la nécessité de raisonner sur des pas de temps différents. Nous sommes dans une activité soumise à des aléas climatiques sur lesquels l'exploitant agricole peut s’assurer pour limiter les risques, mais qui peut enregistrer des fluctuations de revenus significatives : dans ce contexte, demander à un agriculteur ses deux derniers bilans pour savoir s’il peut emprunter n'est pas représentatif ; il faut prendre en compte des périodes plus longues.
Quelle peut être l'action des organismes publics de financement ?
Ils doivent aussi être capables d’accompagner l’agriculture autrement que ce qu’ils font avec les projets industriels. Ils sont face à des structures qui n’ont pas besoin de plusieurs millions d'euros, mais de montants beaucoup plus faibles, dont le financement peut s’avérer difficilement compatible avec le mode de fonctionnement de ces organismes.