Les marchés à terme de matières premières ou de marchandises, cette partie des marchés financiers qui permet par exemple de se couvrir contre le risque de fluctuation du prix des matières premières agricoles, et le monde agricole, entretiennent une très vieille relation, puisqu’il s’agit des premiers marchés, aussi bien physiques qu’à terme. Des historiens et des
Des tulipes au MATIF
Plus récemment, le XVII° siècle vit naître aux Pays-Bas les contrats bilatéraux établis devant notaire qui permettaient de convenir à l’avance le prix à terme de la tulipe. La cour du roi, à Versailles, était le principal client du marché de la tulipe. On retrouve des notions de l’offre et la demande et une première tentative d’organiser les choses, de pouvoir prévoir, prévenir, couvrir le risque avec des contrats sous seing privé, auxquels manquaient la transparence et la gestion du risque de contrepartie, cependant la gestion du risque de variation de prix était née de la rencontre de ceux qui spéculaient sur le prix de la tulipe et de ceux qui voulaient connaître à l’avance leur prix d’achat ou leur prix de vente. Au XIX° siècle, le marché des métaux de Londres et celui du maïs à Chicago verront naître la transparence, avec des prix à la criée, puis des premiers contrats à terme formalisés, appelés « futures » dès 1864. En France, une vingtaine d’années plus tard, un marché du blé et d’autres marchandises connaît un fort essor jusqu’à ce qu’un décret de 1936 voulant interdire la spéculation sur le blé n’y mette un terme, privant la filière agricole d’outils de couverture, jusqu’à 1994, date de leur réintroduction sur le MATIF, avec le contrat colza.
L’ère des plateformes électroniques
Aujourd’hui les marchés organisés de dérivés de matières premières sont des plates-formes électroniques, réglementées, sur lesquelles sont négociés des instruments financiers qui « dérivent » leur valeur d’un sous-jacent physique, marchandises ou matières premières, dont les caractéristiques techniques sont toujours définies par la plate-forme sur laquelle le contrat est négocié. Ces produits permettent aux acteurs de la filière de prendre une position, plusieurs mois voire plusieurs années à l’avance, afin de couvrir leur risque de variation du prix ou parfois d’en profiter. Différentes échéances sont proposées, avec des cours acheteurs et vendeurs, et dans le cas d’Euronext « MATIF », les contrats sur le blé, le colza et le maïs permettent de couvrir son risque de variation des prix, ou de prendre une position, si l’on veut bénéficier d’une opportunité d’arbitrage, en fonction d’échéances éloignées de trois ans (blé) à deux ans (maïs). La sécurité des transactions est assurée à la fois par des systèmes informatiques mis en place par les bourses et les règles imposées par les États, mais aussi par la novation, par laquelle la Chambre de compensation devient la contrepartie des opérations dérivées, qui permet les échanges de flux en solde net uniquement, et surtout garantit la bonne fin des transactions. Sur les marchés à terme réglementés, les effets du défaut sont donc pratiquement inexistants, à la différence des opérations de gré à gré ou des systèmes organisés de négociation, de la transaction initiale à terme, jusqu’à la livraison physique éventuelle. Outre les acteurs des filières et les grands marchands, les acteurs financiers, preneurs de risques, contribuent à la liquidité, c’est-à-dire à permettre aux acteurs du monde physique de transférer leur risque à tout moment en se portant contrepartie de leurs opérations. Ce qui rend possible la rencontre de ces acteurs du physique et des preneurs de risques qui spéculent, c’est la volatilité, car les seconds entendent profiter des soubresauts du cours d’une marchandise, des hauts et des bas de la tendance, afin de réaliser un profit, ce qu’ils ne peuvent faire sans volatilité. Si les cours suivaient des tendances régulières, ou si leur variation suivait des facteurs quantifiables, statistiques, soit il ne serait pas possible de couvrir, car personne ne voudrait prendre le risque, soit le profil de risque ressortirait d’une pure logique assurantielle, ce qui n’est pas le cas. Les acteurs financiers sont donc des contributeurs essentiels à la liquidité des contrats.
Un potentiel de croissance
Près de 25 ans après le lancement des premiers contrats agricoles sur le MATIF, les trois contrats les plus actifs sont tous liquides. Le contrat de blé meunier est particulièrement liquide, avec près de 42 000 lots de 50 tonnes traités chaque jour, soit l’équivalent de 2 millions de tonnes quotidiennes, et un record à 148 450 lots le 2 août 2018, soit 7,3 millions de tonnes et 5 % de la production annuelle européenne. En base annuelle, ce sont près de 522 millions de tonnes qui ont été traités sur le marché, soit trois à quatre fois la base de production européenne, mais la marge de progression reste importante : dans les années 1920, sur la bourse de commerce, il se traitait près de dix fois la production française, selon les archives du Syndicat de Paris. Il faut également garder à l’esprit que ce taux de rotation reste bien en deçà de ce que l’on peut observer lors des mises en filières et que le nombre d’acteurs couvrant son risque sur le marché est important : organisme de collecte pour le compte de l’agriculteur puis pour couvrir son prix de vente, puis un ou plusieurs transformateurs, négociant, marchand, etc. Le Matif possède donc encore un potentiel de croissance pour ces contrats phares, d’autant que le blé et le maïs restent d’excellents outils pour couvrir les céréales européennes dans leur acception la plus large, y compris pour le bassin de la mer Noire, la corrélation étant excellente. Comme pour toutes les matières premières, les contrats à terme du Matif n’ont atteint leur niveau actuel de liquidité qu’après de nombreuses années, comme l’illustre le graphique ci-dessous/ci-contre (v. Figure 2).
Sécuriser le système de livraison
Si la transparence et la liquidité sont des éléments indispensables au succès d’un contrat, il faut également garder à l’esprit que le succès d’un contrat à livraison physique tient aussi à la qualité de son système de livraison, garantie ultime de la convergence entre marché physique et marché à terme. Les opérateurs qui constatent un écart entre ces deux marchés se portent acheteurs ou vendeurs à terme et contribuent immédiatement à rétablir l’équilibre des prix. Dans certaines circonstances, le marché à terme peut également servir de marché de dernier recours pour dégager une marchandise. En tout état de cause, si rares que puissent être les livraisons physiques qui représentent généralement moins de 1 % des transactions, la fiabilité de ce prix de liquidation, constaté lors du dernier jour de transaction (dit jour d’échéance) est un élément majeur de confiance et d’intégrité du marché. Afin de moderniser le système de livraison de ses contrats, Euronext, avec son partenaire LCH, Chambre de compensation, a dans un premier temps dématérialisé les certificats d’entreposage, ces documents contractuels par lesquels les silos agréés permettent aux vendeurs à terme de prouver à la chambre qu’ils détiennent bien le grain, à partir de cinq jours avant l’échéance. Par une sorte de retour vers le futur, Euronext et LCH vont ensuite réactiver, sous une forme modernisée et dématérialisée, les warrants qui étaient autrefois utilisés pour les contrats de la bourse de commerce. Le Syndicat de Paris du commerce et des industries des grains, avec lequel Euronext collabore pour réintroduire ce facteur de sécurisation accrue du système de livraison, contribuera à la fiabilisation de la livraison en publiant un
Le renouveau du warrant
Au-delà de la sécurisation du système de livraison, les caractéristiques juridiques propres aux warrants en font un fantastique outil de financement pour les acteurs de la filière ne bénéficiant pas de l’aval de