Gestion d'actifs

Marchés émergents : l’âge de la maturité

Créé le

08.02.2017

-

Mis à jour le

02.03.2017

Les marchés émergents ont considérablement évolué ces vingt dernières années et de nouveaux fonds spécialisés ont fait leur apparition.

Les marchés émergents ont connu de profondes transformations ces vingt dernières années. Dans les années 1990, ils étaient à juste titre considérés comme une classe d’actifs exotique, réservée aux investisseurs les plus audacieux. Les marchés boursiers dans la plupart des pays émergents étaient encore balbutiants, peu liquides, difficilement accessibles aux investisseurs étrangers et principalement composés de petites et moyennes entreprises. Il suffit pour s’en convaincre de regarder les chiffres : au début des années 2000, la capitalisation boursière moyenne des fonds investis dans les marchés émergents se situait autour de 5 milliards de dollars, contre 30 milliards pour les fonds d’actions internationales des pays développés.

Aujourd’hui, la situation est différente. La capitalisation moyenne des fonds marchés émergents est proche des 25 milliards de dollars et n’est plus si éloignée de celle des pays développés. En moyenne, la catégorie Morningstar Actions Marchés Emergents est exposée à hauteur de 85 % au segment des grandes valeurs contre moins de 50 % il y a 15 ans. Les pays émergents ne sont plus synonymes d’investissement dans les petites et moyennes sociétés. Ils offrent aujourd’hui accès à des sociétés d’envergure mondiale telles que Samsung Electronics ou Alibaba.

La répartition sectorielle de ces marchés a aussi considérablement évolué. Aux États-Unis, là où nous disposons des données historiques les plus longues sur les fonds, on constate que les portefeuilles investis dans les pays émergents étaient largement exposés aux banques, aux télécoms, à l’industrie lourde et aux matériaux de base à la fin des années 1990 (voir Graphique). À l’inverse, la santé et la technologie étaient quasiment absentes. Avec une telle répartition sectorielle, ces marchés avaient un caractère cyclique plus prononcé que celui des pays développés.

Au cours de ces vingt dernières années, le poids de la technologie a fait un bond spectaculaire et constitue aujourd’hui l’un des secteurs les plus importants des marchés émergents avec les services financiers. À l’image de son évolution dans les indices, le poids des valeurs technologiques dans les portefeuilles est passé de moins de 5 % à plus de 20 % en moyenne. Les secteurs des télécoms, de l’industrie et des matières premières ont vu leur pondération nettement réduite. Les marchés émergents offrent désormais un paysage sectoriel beaucoup plus proche de celui des pays développés, à l’exception du secteur de la santé dont l’importance reste inférieure.

Quel impact pour les investisseurs ?

Sur le très long terme, les investisseurs dans les pays en développement ont bénéficié de performances spectaculaires à la condition, non négligeable, qu’ils n’aient pas lâché le train en cours de route. Sur les 15 dernières années (à fin décembre 2016), l’indice MSCI Emerging Markets a progressé à un rythme annualisé de 8,3 % (en dollars) contre 4,7 % pour l’indice MSCI World des actions de pays développés avec un meilleur ratio de Sharpe (0,46 contre 0,26), une mesure de sa performance ajustée des risques. Cela est d’autant plus impressionnant que les marchés émergents ont nettement sous-performé les marchés développés ces cinq dernières années.

Néanmoins, il semble légitime de se demander si un tel potentiel de surperformance n’est pas définitivement derrière nous, compte tenu des transformations que nous avons évoquées. En effet, même si cette classe d’actifs reste intrinsèquement risquée impliquant une « rémunération » supplémentaire sur le long terme, les primes de risque liées au manque de liquidité et la petite taille des sociétés ont fortement diminué. Ceci réduit mécaniquement leur potentiel de surperformance par rapport aux pays développés. D’autre part, à l’époque, les sociétés cotées des pays en développement étaient peu ou pas analysées et la classe d’actifs était rarement détenue dans les portefeuilles des investisseurs. Pour preuve, la catégorie Morningstar Actions marchés émergents comptait une cinquantaine de fonds en 1997, contre près de 650 à ce jour. La concurrence est donc plus rude que par le passé, et la capacité des gérants à exploiter les inefficiences de marché est aussi moins importante qu’elle ne l’a été.

Petites et moyennes capitalisations, marchés frontières… avec la plus grande prudence

Dans ce contexte, de nouvelles solutions d’investissement sont progressivement apparues ces dernières années avec la promesse d’apporter un surcroît de surperformance et une source de diversification aux investisseurs par rapport à l’offre « traditionnelle » sur les marchés émergents. On compte désormais une trentaine de fonds et d’ETF dont l’univers d’investissement est focalisé sur les petites et moyennes capitalisations des pays émergents ainsi qu’un nombre similaire de produits pour investir dans les marchés frontières. Tels que définis par MSCI, les pays frontières ont une taille de marché, une liquidité, et une ouverture aux capitaux étrangers inférieurs à celle des émergents. On y retrouve des pays comme le Vietnam, le Pakistan ou le Kenya.

Petites capitalisations comme marchés frontières sont prometteurs sur le papier. Ils sont encore ignorés par la plupart des investisseurs, le potentiel de croissance est important et dans le cas des pays frontières, moins intégrés à l’économie mondiale et leur performance est beaucoup moins corrélée aux pays développés que ne le sont les marchés émergents classiques. Mais tous ces attraits n’en font pas forcément de bons choix pour les investisseurs. En effet la plupart de ces fonds sont trop récents et n’ont pas encore fait leurs preuves, leurs frais sont souvent très élevés, et leur forte volatilité (notamment à cause du risque politique) rend leur utilisation ardue pour la plupart des investisseurs. Ceux qui souhaitent s’aventurer sur ces terrains doivent donc redoubler de vigilance, adopter une vision de long terme, réserver ces investissements à une part (très) modeste de leur portefeuille et bien s’assurer que la société de gestion qui leur offre ce type de produits dispose d’une réelle expertise dans ce domaine.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº806