Marché de matières premières : une utilité majeure pour couvrir les risques des producteurs et des consommateurs

Créé le

09.05.2011

-

Mis à jour le

24.08.2011

Dans leur fonctionnement, les marchés de matières premières sont proches des marchés financiers. Mais les actifs traités portent sur des matières ​physiques et leur dénouement peut se traduire par des livraisons de ​tonnes de produits. L’utilité de ces marchés est de couvrir les positions, notamment des producteurs et des consommateurs. Néanmoins, des progrès restent à faire en matière de transparence et d’information sur les volumes produits ou consommés, les stocks et les prix.

Dans le débat actuel sur le renforcement de la régulation des marchés financiers et des marchés de matières premières, il est important de ne pas tout mélanger. Si les amalgames et les raccourcis sont plus faciles à comprendre, ils ne permettent pas d’identifier, d’expliquer et de régler les problèmes de fonds rencontrés dans le monde des matières premières.

Ainsi, il est important de définir dans un premier temps ce que l’on entend par marché de matières premières, d’identifier les acteurs et leurs besoins, avant de répondre à la question de savoir si ces marchés permettent de couvrir les risques.

Les marchés de matières premières

L’objectif d’un marché financier est de faire se rencontrer les besoins de différents acteurs qui cherchent à acheter, à vendre ou à échanger des actifs : des actions, des crédits, des obligations ou des devises. Si les marchés de matières premières répondent à la même définition, ils se distinguent des marchés financiers par le fait que l’actif acheté, vendu ou échangé porte sur une matière extraite de la nature ou produite par elle : ce que l’on appelle, dans le jargon, le « physique ».

Il s’agit là d’une différence majeure car la livraison du physique va nécessiter des connaissances quant à la qualité de la matière première, sa durée de vie, son stockage, son transport ainsi que sa transformation. On va donc cumuler des informations financières attachées aux instruments financiers avec des informations techniques liées aux caractéristiques de la matière première sur laquelle porte cet instrument financier : ainsi, lorsque l’on traite d’une option sur cacao, il faudra non seulement comprendre le fonctionnement de l’instrument financier – c'est-à-dire de l’option – mais également maîtriser le comportement du sous-jacent – en l'occurrence le cacao. En fonction de la qualité du cacao, de sa provenance, de son stockage, de son transport, le prix de cette option pourra varier. À l’échéance, en fonction du mode de compensation, l’acheteur de l’option pourra se faire livrer un tonnage en fèves de cacao.

Chaque matière première aura donc ses propres caractéristiques qui seront prises en compte dans la définition des contrats futures, options, swaps, spots sur matières premières traités sur les différentes Bourses ou « over the counter » (OTC).

Des Bourses segmentées et spécialisées

Si l’on assiste à des consolidations stratégiques entre les différentes Bourses avec l’émergence d’un mastodonte – le Chicago Mercantile Exchange (CME) implanté aux États-Unis sera présent à partir du mois de mai en Europe à travers sa nouvelle structure le CMECE (CME ​Clearing Europe) –, les Bourses de matières premières restent segmentées et spécialisées. Ainsi le London Metal Exchange (LME) propose des contrats sur métaux non ferreux et dispose de ses propres centres de stockage de métaux ; ICE Europe négocie des contrats sur Brent (baril de pétrole de référence provenant de la Mer du Nord), le CME Nymex à New York des contrats sur WTI (baril de pétrole de référence produit dans l’ouest du Texas), le MDEX (Bourse de Malaisie) des contrats sur l'huile de palme.

On peut toutefois regrouper les marchés de matières premières en 3 ​familles :

  • le marché des produits agricoles et denrées alimentaires : grains (blé, maïs, colza…), produits tropicaux (cacao, sucre, café et coton) ;
  • le marché de l’énergie (pétrole et ses dérivés, gaz, électricité, charbon…) ;
  • le marché des métaux (industriels et précieux).
La valeur totale des transactions OTC sur matières premières a représenté en 2010 2,9 ​trillions de dollars, soit 0,5 ​% seulement du marché total des  OTC [1] . Faisant suite à la faillite de Lehman et à la crise de crédit, on assiste depuis trois ans à un transfert des transactions traitées bilatéralement sous la forme d’OTC vers des transactions OTC compensées par des chambres de compensation et gérées soit par le CME Clearport, ICE Clear, LCH ou Asia ​Clear. La mise en place du Dodd ​Frank Act aux États-Unis ou de nouvelles directives européennes en cours de préparation devrait accélérer cette tendance. Le fait que les transactions sur matières premières sont souvent standard facilite également ce mouvement de fond vers du «  on exchange ». En 2010, 2 500 millions de contrats sur matières premières étaient traités sur les Bourses, soit une hausse de 20 % par rapport à 2009 [2] .

Les acteurs et les instruments sur les marchés financiers sont-ils pour autant les mêmes que sur les marchés de matières premières ?

Les acteurs et les instruments financiers utilisés

Les acteurs naturels, que l’on appelle également acteurs finaux, sont les producteurs et les consommateurs de ces matières premières. Ils ont des cycles de production, de transformation et de consommation qui subissent différents risques qu’il faut couvrir. Ces acteurs finaux – ou « end users » pour reprendre la définition des régulateurs américains (par opposition aux intermédiaires, « swaps dealers » ou « majors swaps participants ») ​– ont besoin de protéger leur production ou leur consommation, ​principalement contre des variations de prix.

Parmi les intervenants, on distingue, à côté des consommateurs et producteurs, les institutions financières, les hedges funds et les investisseurs comme sur les marchés financiers, mais aussi les raffineurs, les sociétés de négoce, les industriels ou les sociétés de transports.

Il est intéressant de noter que la totalité des actifs de matières premières sous gestion a doublé en deux ans pour atteindre 380 milliards de dollars en 2010. La part des investisseurs ne cesse de croître. La matière première devient un actif au même titre qu’une action, une devise ou un produit de taux. Ces matières premières peuvent être vendues, achetées ou échangées sous différentes formes : au comptant, à terme ou à travers des produits dérivés. On retrouve ici les instruments financiers également utilisés sur des actifs financiers que sont les actions, taux ou devises.

Les risques rencontrés

Comme sur les marchés financiers, les principaux risques rencontrés sont ceux de marché et de crédit. Plus spécifiquement, si les risques climatiques et politiques peuvent être couverts par des assurances, les acteurs qui interviennent sur les marchés des matières premières devront faire appel aux marchés des matières premières pour se prémunir contre une variation du prix ou de la quantité des matières premières qu’ils produisent, consomment, échangent, transportent ou transforment.

Des couvertures sur le marché organisé…

Prenons l’exemple d’une coopérative qui collecte 1 million de tonnes de céréales auprès des agriculteurs et les revend ensuite sur le marché à des exportateurs, meuniers, fabricants d’aliments, etc. Elle effectue des ventes à terme sur le marché organisé appelé Euronext Matif pour couvrir ses achats de physiques.

En effet, le risque principal de la coopérative est d’acheter du blé meunier à un prix auprès de ses membres et de le vendre à un autre prix. Pour se protéger contre une baisse des cours sur le physique qu’elle possède, elle peut vendre des lots sur le marché à terme et déboucler sa position au moment où elle revend son physique. Ainsi, la perte potentielle sur le physique est compensée par le gain sur le marché à terme (le point de livraison du marché à terme Matif blé meunier est le port de Rouen).

Cette couverture n’est cependant pas parfaite : ​il subsiste un risque de base, qui est l’écart entre le prix du physique et le prix du marché à terme. Cette base évolue en fonction de l’offre et de la demande sur le marché physique et sur le marché à terme.

Par exemple, le 15 avril 2011, le blé physique à Rouen pour une livraison en novembre, est à 209 euros la tonne, 3 euros plus cher que le Matif pour la même échéance de novembre 2011. S’il y a une pression vendeuse sur le physique et acheteuse sur le marché à terme, la base peut s’inverser. Elle varie dans les faits de +/-10 %, soit un risque potentiel de 20 euros la tonne (voir Encadré 1)

…ou sur le marché over the counter

La coopérative agricole pourra également décider de couvrir son risque sur le prix en traitant une opération de couverture en OTC sans passer par une Bourse. Cette transaction sera calibrée pour tenir compte du volume exact à couvrir et des dates exactes de livraison du physique.

Si la coopérative agricole sait qu’elle va vendre le blé physique reçu des agriculteurs de façon échelonnée au cours de l’été, elle va pouvoir se couvrir d’une baisse des prix par un achat de puts [3] dont l'expiration va correspondre exactement aux dates de vente de la coopérative, alors même que le marché listé ne permettrait pas de faire correspondre précisément les dates d’achat physique et les dates d’expiration des puts (voir Encadré 2).

Des marchés transparents, liquides et contrôlés

En conclusion, les marchés de matières premières sont nécessaires afin de limiter les risques principaux de marchés et de crédits. Ils offrent aux acteurs différentes possibilités de couvertures qui sont nécessaires aujourd’hui à la bonne gestion de leurs activités.

Afin de remplir leurs rôles, les marchés de matières premières devront être transparents, liquides et contrôlés. Un des moyens d’assurer cette transparence est de favoriser la circulation des informations quant aux volumes du physique produit, consommé et stocké, aux prix traités, aux types d’acteurs et à leurs objectifs. Ce à quoi les législateurs européens et américains travaillent.

1 Source : Bank for International Settlements. 2 Source : City UK March 2011. 3 Option de vente.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº736HS
Notes :
1 Source : Bank for International Settlements.
2 Source : City UK March 2011.
3 Option de vente.