Gestion de la trésorerie

Le marché interbancaire européen au lendemain de la crise

Créé le

20.05.2011

-

Mis à jour le

31.05.2011

Le retour à la normale ne se profile pas encore sur le marché interbancaire européen. Il reste à plusieurs vitesses, et la Banque Centrale ne parvient toujours pas à le piloter par sa politique monétaire. Les précisions du bureau de l'Association française des trésoriers de banque (AFTB).

Héritage de la crise, le marché interbancaire européen reste aujourd’hui encore inefficient. Il est segmenté en trois catégories de banques, qui ne disposent pas des mêmes options pour se refinancer à court terme :

  • la catégorie 1, composée de banques solides dans des pays eux aussi solides ;
  • la catégorie 2, composée de banques relativement solides dans des pays fragiles ou de banques fragilisées dans des pays relativement solides ;
  • la catégorie 3, composée de banques au profil intermédiaire ou fragile dans des pays fragiles.
Les banques de catégorie 1 peuvent emprunter auprès de l’ensemble du marché. En revanche, elles prêtent essentiellement à des catégories 1. Les établissements de catégorie 2 prêtent prioritairement aux catégories 1 et se financent plus ou moins bien sur le marché interbancaire. Le complément de leurs besoins est fourni par la BCE. Quant aux banques de catégorie 3, elles ne peuvent se refinancer qu’auprès de la BCE.

Un recours à la BCE moins pressant

Avec le temps, la situation des banques s’améliore toutefois : celles qui étaient au plus mal commencent à reconstituer leurs fonds propres et se remettent à collecter auprès de leur clientèle retail, en s’appuyant sur la sécurité offerte par les systèmes de garantie des dépôts. Doucement mais sûrement, les besoins de ces banques auprès de la BCE diminuent. Autre facteur : le nombre de collatéraux éligibles à la BCE, lui aussi, diminue ; les ABS ne disposant pas d’une double notation « investment grade » ne sont ainsi plus acceptés depuis cette année. Ce moindre recours à la BCE des banques les moins solides ne signifie pas pour autant un accès plus aisé au marché interbancaire.

Un Eonia très volatil

Cela complique l’action de la Banque Centrale pour définir quel niveau d’excédent de liquidité est approprié pour un bon fonctionnement du marché. L’évolution de cet excédent a connu trois phases pendant la crise :

  • De juin 2009 à juin 2009, la BCE a offert des prêts de maturité plus longue (jusqu’à un an), en abandonnant le mécanisme d’enchères qui prévaut en temps normal pour passer à un système d’allocation illimitée (« full allotment ») des financements demandés par les banques. Tous les établissements se sont tournés vers le cash de la BCE et le marché s’est retrouvé en situation de grande surliquidité.
  • En juin 2010, les appels d'offres de la BCE sur la maturité d’un an ont commencé à maturer et les banques ont dû rembourser les 442 milliards d’euros empruntés lors de l’émission de juin 2009, la plus conséquente. À partir de là, seules les banques qui en avaient besoin sont allées à la BCE et l’excédent a fondu (voir Graphe 1).
  • Depuis juillet 2010, cette baisse s’est prolongée mais l’excédent de liquidité évolue par à-coups, au gré de la participation des banques aux appels d’offres.
Cela rend l’Eonia très volatil (voir Graphe 2). Lorsqu’il est au-dessus du taux directeur de la BCE, les banques retournent à l’appel d’offres de la Banque Centrale, ce qui conduit à une hausse de l’excédent. Cet afflux de liquidité finit par faire baisser l’Eonia, entraînant le retour des établissements vers le marché interbancaire. Cela réduit l’excédent, et fait à nouveau augmenter l’Eonia, jusqu’à ce qu’il dépasse le taux directeur… Mettre fin à ce mouvement de va-et-vient est quasiment impossible pour la BCE car cela signifierait supprimer l’allocation illimitée. Or, cette dernière est indispensable pour que les banques de catégorie 3 puissent se refinancer de façon certaine. En cas de retour à la procédure d’enchères, les banques les plus solides et disposant de beaucoup de collatéraux pourraient récupérer l’essentiel de l’allocation, mettant les plus vulnérables en difficulté. La BCE pourrait prendre ce risque, estimant que le marché serait capable de s’organiser. Mais il resterait très difficile pour elle de définir quel excédent de liquidité serait adéquat pour le marché aujourd’hui.

Cette situation fait que la BCE peine aujourd’hui à piloter l’Eonia, comme elle le faisait en temps normal, en donnant le taux directeur comme point d’entrée à la courbe des taux. Le marché interbancaire s’autopilote, fluctuant avec des à-coups dans une fourchette de 0,5 à 2 %, avec une moyenne comprise entre 1 et 1,25 %.

Les exigences prudentielles pénalisent le marché interbancaire

Le marché interbancaire des devises s’est, en revanche, stabilisé. Pendant la crise, nous avions assisté en effet à une certaine forme de nationalisme. En juin 2010, les banques américaines étaient ainsi très méfiantes vis-à-vis de leurs homologues européennes, grippant le marché du dollar. Aujourd’hui, la liquidité est revenue sur ce marché. C’est moins vrai pour le franc suisse qui ne se refinance plus que par de la dette sécurisée.

Il ne faut pas sous-estimer l’impact des règles de solvabilité sur le marché interbancaire. Faire un prêt à une banque, surtout si son rating est faible, nécessite une importante mobilisation de fonds propres, quelle que soit d’ailleurs la confiance que l’on a dans l’établissement. Une manière de réduire ce coût en fonds propres est d’opter pour du financement sécurisé, c’est-à-dire avec mise d’actifs en garantie. Mais cela contredit le concept même de coussin de liquidité tel que pensé par Bâle III. En effet, financer l’achat de titres liquides de manière sécurisée revient à mettre en garantie ces mêmes titres, qui ne sont alors plus disponibles comme réserve de liquidité. Le marché interbancaire doit donc être « unsecured », alors même que ce type de dette va se faire de plus en plus rare, du fait des contraintes prudentielles.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº737