Le marché des migrants : une approche clients fragiles et une opportunité de croissance

Créé le

13.01.2014

-

Mis à jour le

25.02.2014

Le marché des migrants est un excellent exemple d’une stratégie clients fragiles, contribuant à l’insertion des personnes tout en ouvrant un nouveau marché.

Plusieurs établissements bancaires ont perçu la nécessité de mieux prendre en compte leurs clientèles fragiles et élaborent des politiques favorisant l’insertion de ces clients : offres d’entrée de gamme adaptées, accompagnement budgétaire et financier, accompagnement dans l’usage des outils numériques, lutte contre le mal-endettement, etc. Le marché des migrants est un volet important de ce type de stratégies. Pour les banques qui ont des agences dans des quartiers à population très diverses ou tout simplement des portefeuilles de clients d’origines variées, cela constitue même une action essentielle. Adapter sa stratégie aux besoins des populations migrantes contribue à l’insertion de ces personnes, tout en ouvrant un nouveau marché.

En effet, les primo-arrivants sont souvent dans des situations de grande fragilité : absence de travail et de logement, non-maîtrise du français, voire illettrisme, difficultés administratives, y compris pour obtenir des titres de séjour, etc. L’absence d’adresse reconnue – même si la personne loge en permanence à l’hôtel ou dans un centre d’hébergement – est handicapante pour bien des démarches de la vie courante : ouverture de compte bancaire, mais aussi opérations simples comme l’abonnement à un téléphone portable. Le migrant doit payer en liquide, utiliser des services coûteux de cartes téléphoniques prépayées, aller dans un cybercafé, utiliser des opérateurs de transfert de fonds onéreux…

Envoyer de l'argent à sa famille

Car le premier besoin du migrant est, avant même de trouver un appartement, d’envoyer de l’argent à sa famille. Ce qui implique un travail rapidement obtenu, même précaire. Des banques de certains pays comme l’Espagne ou l’Irlande ont eu pour stratégie de répondre à ces premiers besoins : ouverture de compte facilitée, gratuité ou prix cassés sur les transferts de fonds, documents et conseillers financiers parlant dans la langue du migrant… Elles ont aussi capitalisé sur des services additionnels : création de centres téléphoniques et de services de courrier express dans les agences bancaires, « Bourses à l’emploi » mettant en relation des personnes d’une même communauté, etc. En France, le Livret A dématérialisé avec une carte de retrait est un outil pour donner un premier niveau de services financiers à des migrants très fragiles (généralement auprès de La Banque Postale), par exemple des demandeurs d’asile. Compte bancaire, transferts de fonds, moyens de paiement sont leurs premiers besoins.

En France, le Livret A dématérialisé avec une carte de retrait est un outil pour donner un premier niveau de services financiers à des migrants très fragiles (généralement auprès de La Banque Postale), par exemple des demandeurs d’asile. Ces derniers ne sont pas autorisés à travailler tant que leur demande d’asile n’est pas acceptée par les autorités. En revanche, ils reçoivent une aide financière de l’État, qui doit être versée sur un support financier. Ce rôle est donc souvent joué par le Livret A.

Plus généralement, l’accueil des primo-arrivants se fait dans des associations ou des instances de médiation sociale comme les Pimms [1] . La volonté de mieux les appréhender a conduit certains établissements financiers à bâtir des partenariats avec le monde associatif. Le plus souvent, l’impact économique et stratégique est très positif pour toutes les parties prenantes. En effet, les migrants bénéficiaires sont mieux accompagnés et plus rapidement équipés, la structure associative remplit sa mission avec le soutien d’une grande entreprise et la banque voit cette clientèle mieux prise en charge et à moindre coût : opérations plus rapides, relations meilleures, moins de SAV et de contentieux (les démarches sont mieux comprises), conseillers commerciaux pouvant davantage se concentrer sur des actes à plus forte valeur ajoutée, etc. Ces partenariats entre associations connaissant bien ces publics et les banques sont donc très féconds.

Un accompagnement à long terme

Enfin, bien prendre en compte les populations migrantes signifie aussi les accompagner tout au long de leur évolution. Elles ont souvent bravé de grands obstacles pour émigrer et peuvent être très entreprenantes. Les migrants mieux installés vont commencer à pouvoir économiser et emprunter pour des biens de consommation ou leur activité de petit entrepreneuriat. Puis certains vont vouloir acheter un logement en France et/ou dans leur pays d’origine, pour eux-mêmes ou leur famille. Les plus âgés vont parfois préparer leur retour au pays. Les besoins s’axent plus sur le crédit – immobilier et consommation –, le paiement en devises et les placements à l’étranger, la prévoyance, et même la préparation des obsèques avec rapatriement du corps au pays. Plusieurs banques africaines, telle Attijariwafa Bank, abordent dynamiquement des marchés de personnes originaires d’Afrique du Nord ou subsaharienne pour leur proposer des solutions adaptées, en particulier pour investir au pays en éliminant les risques de change et les coûts de transferts de fonds. L’arrivée sur le marché du compte Nickel, même s’il se veut très généraliste, intéressera peut-être ce segment de clientèle, surtout les travailleurs et entrepreneurs les plus nomades. De nouveaux entrants peuvent donc animer le marché et concurrencer les acteurs plus installés.

Un potentiel latent

La dynamique de ce marché s’ouvre donc plutôt sur des perspectives de développement, même si la crise touche aussi l’activité de ces personnes. Les migrations étant tendanciellement à la hausse [2] , ces clientèles sont vraiment des facteurs de croissance. En outre, l’approche des migrants peut ensuite se décliner sur d’autres marchés de personnes fragiles présentant aussi un potentiel latent : jeunes, petits entrepreneurs, silver economy, etc.


1 Points information médiation multi-services.  

2 http://www.oecd.org/fr/migrations/les-fluxmigratoires-reprennent-mais-lesimmigres-patissent-delamonteeduchomage.htm

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº770
Notes :
1 Points information médiation multi-services.
2 http://www.oecd.org/fr/migrations/les-fluxmigratoires-reprennent-mais-lesimmigres-patissent-delamonteeduchomage.htm