Si l’on en croit Aristote, toutes les substances ou éléments naturels sont un mélange de matière et de forme, et l’argent ne fait pas exception à la règle, puisqu’il est un potentiel qui ne s’actualise, c’est-à-dire qui ne devient réel, qu’avec son association avec le travail et l’effort. Dans cette vision hylémorphique du monde, il est contre nature que l’argent se reproduise par parthénogenèse, ce qui est en soi une dénonciation de la financiarisation de l’économie. Mais ce couplage ontologique entre l’argent et le projet qu’il finance explique aussi pourquoi la maîtrise des risques est l’enjeu majeur de la banque.
Établir une classification des risques
Gérer le risque, c’est en effet s’assurer :
- que l’on connaît et comprend les menaces auxquelles on s’expose, en les recensant de façon claire et structurée ;
- que l’on met en œuvre un dispositif visant, au mieux à prévenir les sinistres, au pire à en réduire l’incidence.
- le risque de crédit ou risque de contrepartie, qui est le risque que l'emprunteur ne rembourse pas sa dette à l'échéance fixée ;
- le risque de marché, qui est le risque de perte qui peut résulter des fluctuations des prix des instruments financiers qui composent un portefeuille ;
- et le risque opérationnel, qui est le risque de pertes directes ou indirectes dues à une inadéquation ou à une défaillance des procédures de l'établissement, de son personnel, des systèmes internes, ou à des risques externes.
Une autre vision des risques opérationnels
Les référentiels RSE permettent ainsi de mieux cerner les risques de fraude interne et externe (catégories 1 et 2 de Bâle II) qui restaient encore flous aux yeux de certains responsables métiers. En effet, l’ISO 26000 accorde une place importante à la lutte contre la corruption et la loyauté des pratiques (gouvernance responsable, « éthique des affaires », etc.), permettant au champ de la fraude et à ses implications en termes de réputation de considérablement s’élargir, allant bien au-delà du risque financier unitaire et de la conception juridique de la « fraude ». De même, les référentiels RSE permettent d’intégrer de nouveaux risques de type catastrophe naturelle et changement climatique, impliquant la mise en place de plans d’adaptation ad hoc, à l’approche des dommages aux actifs corporels (catégorie 5 de Bâle II) qui se limite actuellement à l’implantation physique du siège social et des centres informatiques.
Une lecture élargie des risques bâlois
Le rapprochement des référentiels permet également un renforcement du champ d’application et du poids des risques bâlois, en les considérant du point de vue de « l’impact sur autrui » et non plus seulement du point de vue de « l’impact sur la banque/l’établissement financier ». Ainsi, alors que l’approche retenue par Bâle II des pratiques en matière d’emploi et de sécurité sur le lieu de travail (catégorie 3) porte principalement sur le respect de la réglementation et du droit du travail, l’optique RSE englobe les questions liées à la promotion de la diversité et de l’égalité professionnelle et, d’une manière générale, le respect de « normes internationales » (conventions de base de l’
Pour de bonnes pratiques commerciales
De même, dans la catégorie 4 relative aux clients et pratiques commerciales, les bonnes pratiques RSE confortent la lecture bâloise de ces risques en soulignant l’importance de la connaissance du client, de son écoute et de sa protection. Les bonnes pratiques comprennent la prise d’engagements en faveur de l’intérêt du client, la mise en place de processus de médiation ou d’un dialogue avec les
Dans la catégorie 6, qui concerne l’interruption et la défaillance des systèmes, l’approche RSE permet de sortir d’une vision exclusivement technique et de considérer ces risques sous l’angle de la fourniture d’un « service essentiel », à savoir d’une part, la capacité à assurer la continuité de ce service dans le temps, c’est-à-dire par exemple des distributeurs automatiques de billets disponibles sans discontinuité et, d’autre part, la fourniture de services bancaires de base et la garantie donnée à tout un chacun de pouvoir y accéder.
Les interactions entre l’entreprise et ses parties prenantes externes
Enfin, dans la catégorie 7, qui concerne l’exécution, la gestion et la livraison des processus, l’approche
- de se prémunir contre les pratiques inadéquates de fournisseurs qui, par ricochet, impacteraient l’entreprise ;
- de ne pas imposer de conditions d’achats léonines qui déséquilibreraient la relation entre les deux parties (responsabilité des donneurs d’ordre/fournisseurs).
Une meilleure gestion du risque de réputation
In fine, on constate que l’approche ESG conduit à une vision étendue du risque d’image susceptible d’affecter la réputation des établissements bancaires et pouvant aller jusqu’à la remise en cause de leur « licence to operate ». La réputation étant devenue l’un des actifs immatériels majeurs des entreprises bancaires, dans un secteur où la confiance est reine, on mesure toute l’importance d’une démarche visant à préserver ce capital en se protégeant des risques qui pourraient l’impacter, qu’ils soient financiers ou extrafinanciers.
Le tableau I donne une vision synoptique des référentiels correspondants aux deux approches. Il propose une revue synthétique des risques opérationnels de niveau 2 de Bâle II, une mise en regard avec les principes de l’ISO 26000 et les indicateurs répertoriés par la
La mécanique de prise en compte des risques ESG définie a pour ambition d’aider le management à décider en toute connaissance de cause. L’indispensable condition est bien entendu son implication dans le processus de maîtrise des risques enrichi. La prise en compte de critères ESG dans la gestion du risque devient alors un pas de plus dans l’intégration de la RSE dans les démarches d’aide au management des organisations, et vers une meilleure gestion du risque d’image et de réputation.
Agir avec anticipation
En effet, quand on agit une fois que les risques se sont matérialisés, au lieu d’être actif, voire pragmatique (tourné vers l’action), on n’est au mieux que réactif. La RSE permet a contrario d’être théorique, c’est-à-dire de « contempler la formation » des risques, et donc d’agir avec anticipation. Warren Buffet avait certainement en tête ce lien entre RSE et maîtrise du risque lorsqu’il avançait : « We can afford to lose money – even a lot of money. But we can’t afford to lose reputation – even a shred of