Banque centrale

La lutte contre le changement climatique est un impératif qui nous engage

Créé le

16.06.2021

La Banque de France rappelle les différents aspects de la mobilisation des banques centrales dans la lutte contre le changement climatique. Elles cherchent à mieux intégrer les risques climatiques dans leurs missions de supervision et de stabilité financière, à être elles-mêmes des investisseurs responsables, mais aussi à adapter la conduite de la politique monétaire.

À l’image de la Banque de France, la communauté des banques centrales est de plus en plus mobilisée dans le combat contre le dérèglement climatique : ce n’est pas un effet de mode mais une nécessité. La prise en compte du changement climatique par l’Eurosystème n’est pas un abus de mission, ni une simple conviction militante, comme le rappelle régulièrement le Gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. C’est un impératif que nous devons poursuivre au nom même de notre mandat.

Risques climatiques

En premier lieu, parce que les risques climatiques constituent une source importante de risques macroéconomiques et financiers. En particulier, les établissements financiers sont exposés aux risques climatiques pesant sur les actifs qu’ils financent. Ces risques sont de deux ordres : il peut s’agir de risques dits « physiques » (multiplication des événements extrêmes, stress chronique) ou dits « de transition » (risques induits par le changement de la structure d’une économie carbonée vers une économie bas-carbone). Il est donc essentiel que les banques centrales intègrent mieux les risques climatiques dans leurs missions de supervision et de stabilité financière, car ils se matérialiseront de façon croissante et sont porteurs de risques systémiques.

C’est la démarche portée au niveau international par le Réseau pour le verdissement du système financier (NGFS – Network for Greening the Financial System), depuis sa création en 2017. Ce réseau, dont la Banque de France assure le secrétariat mondial, permet à ses désormais 90 membres, comprenant la Banque Centrale Européenne (BCE) et la totalité des banques centrales de l’Eurosystème, d’avancer de manière collaborative sur la définition du rôle que le système financier peut jouer face aux enjeux liés au changement climatique. Le NGFS a déjà beaucoup œuvré, en développant des guides pratiques en matière de supervision microprudentielle, de conception et d’usage de scénarios de stress tests, d’investissement responsable et de politique monétaire. Collectivement, les banques centrales peuvent amener le système financier à mieux comprendre et intégrer ces enjeux, à mieux gérer leurs expositions à ces risques et, de ce fait, à ce qu’il contribue mieux au financement de la transition vers une économie soutenable.

L’action du NGFS dans l’élaboration de scénarios climatiques a permis d’accélérer le développement de l’analyse des risques grâce à des « stress-tests climatiques ». L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) a ainsi conduit en 2020-2021 un exercice pilote d’évaluation des risques associés au changement climatique. Cet exercice, visant à la fois les banques et les assureurs, s’est appuyé sur les travaux du NGFS sur le développement de scénarios. S’il suggère que l’exposition des institutions financières françaises aux risques liés au changement climatique reste a priori modéré et gérable [1] , il a également mis en évidence des lacunes dans notre capacité à bien appréhender ces risques et le chemin restant à parcourir pour atteindre les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. La BCE prévoit un exercice du même type en 2022 pour l’ensemble des banques de la zone euro et déploie également un stress-test plus large sur l’économie réelle.

Investissement responsable

Ensuite, face au défi du dérèglement climatique, les banques centrales doivent être des investisseurs exemplaires et des institutions monétaires prudentes.

La Banque de France a ainsi été depuis 2019 la première banque centrale de l’Eurosystème à publier un rapport annuel sur sa politique d’investissement responsable sur la base des dispositions de l’article 173 de la loi de transition énergétique pour la croissance verte [2] et des recommandations de la Taskforce on climate-related financial disclosure (TCFD), qu’elle a choisi volontairement de s’appliquer à elle-même de façon adaptée.

L’objectif est d’aligner nos investissements avec les engagements de l’Accord de Paris, et aller au-delà du seul climat en intégrant des critères ESG dans la gestion de nos portefeuilles d’actifs pour compte propre. Dans le cadre de sa stratégie d’investissement responsable, la Banque de France sortira complètement du charbon d’ici à 2024, limitera très sensiblement ses investissements dans le pétrole, le gaz et les hydrocarbures non conventionnels, et s’opposera à tout nouveau projet de développement liés aux énergies fossiles de la part des entreprises dont elle est actionnaire.

Cette initiative essaime désormais au niveau international. En février 2021, l’Eurosystème a annoncé la mise en place d’une approche commune (common stance) dans l’application de principes d’investissement responsable sur ses portefeuilles non monétaires [3] . Ainsi, d’ici début 2023, la BCE et les 19 banques centrales nationales de la zone euro commenceront à publier de manière harmonisée des informations en lien avec le changement climatique, comme les émissions de gaz à effet de serre, sur les portefeuilles dont elles ont la responsabilité, en suivant les recommandations de la TCFD.

Politique monétaire

Enfin, l’impact potentiel du changement climatique sur la croissance et l’inflation incite les banques centrales à adapter la conduite de la politique monétaire. Ainsi, la BCE a été la première banque centrale à inscrire la lutte en faveur du climat au sein de sa revue stratégique, ce qui devrait l’amener à prendre des actions concrètes sur tout l’éventail de son cadre conceptuel et opérationnel. Il apparait nécessaire d’adapter les modèles de prévision utilisés par l’Eurosystème afin d’y intégrer plus finement les conséquences du changement climatique, en particulier, son impact sur la conjoncture, la croissance potentielle et la stabilité des prix. Les exigences de transparence introduites par la réglementation européenne doivent être soutenues et généralisées à tous les acteurs, financiers et non financiers, afin d’affiner l’appréhension des enjeux climatiques et de permettre une intégration proportionnée de critères climatiques dans les instruments de politique monétaire.

Les cadres de politique monétaire se doivent également de prendre en compte les risques que représentent le dérèglement climatique pour les actifs que les banques centrales sont amenées à détenir. Ils peuvent être pris en considération dans la politique d’achats d’actifs comme la politique de collatéral, sous deux angles : à la fois dans une perspective de maîtrise des risques et par cohérence avec l’objectif d’un bon déroulement de la transition climatique.

Avec ce programme d’actions ambitieux dans le domaine de la politique monétaire, l’Eurosystème viserait ainsi des effets directs – mieux mener sa politique monétaire et réduire ses propres risques –, mais aussi des effets indirects – contribuer à une évolution souhaitable du comportement des entreprises et institutions financières, par sa politique de publication et d’achat d’actifs comme de collatéral. De la sorte, ses actions répondraient aux enjeux de la double matérialité des risques liés au changement climatique et seraient de nature à favoriser une meilleure prise en compte, dans le prix des actifs, des externalités « climatiques » négatives.

 

1 https://acpr.banque-france.fr/sites/default/files/medias/documents/20210504_as_exercice_pilote_changement_climatique.pdf.
2 Désormais article 29 de la loi de 2019 relative à l’énergie et au climat.
3 https://www.ecb.europa.eu/press/pr/date/2021/html/ecb.pr210204_1~a720bc4f03.en.html

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº858
Notes :
1 https://acpr.banque-france.fr/sites/default/files/medias/documents/20210504_as_exercice_pilote_changement_climatique.pdf.
2 Désormais article 29 de la loi de 2019 relative à l’énergie et au climat.
3 https://www.ecb.europa.eu/press/pr/date/2021/html/ecb.pr210204_1~a720bc4f03.en.html