Le renminbi (RMB), qui signifie littéralement « la monnaie du Peuple » en chinois et dont le yuan est l’unité de compte, constitue aujourd'hui l’une des devises qui focalisent le plus d'attention. Ceci est certainement dû à la place grandissante de son pays émetteur, la Chine, qui est devenue la deuxième puissance économique du monde en 2010, et à son faible degré de flexibilité, considéré comme l'une des causes des déséquilibres mondiaux. Quelques tentatives d'internationalisation du RMB de la part des autorités chinoises laissent penser qu’un processus profond est déjà entamé. Cependant, de l'internationalisation du RMB au RMB international, il doit y avoir un long chemin à parcourir.
Les premiers pas de l’internationalisation
Ce processus s’accomplit grâce, d’une part, à la promotion du RMB en tant que moyen de règlement du commerce extérieur et d’autre part, au développement d'un centre off-shore du RMB à Hong Kong. Concernant le RMB en tant que moyen de paiement du commerce transfrontalier, la Banque centrale de Chine (PBoC) a déjà signé des accords de règlement en monnaies domestiques avec les banques centrales de huit pays voisins : Vietnam, Mongolie, Laos, Népal, Russie, Kirghizistan, Corée du Nord et Kazakhstan. À partir du 8 avril 2009, le règlement en RMB a été étendu du commerce transfrontalier au commerce international avec le programme pilote qui autorise l'utilisation du RMB pour le règlement du commerce extérieur entre deux types d’entités : d’un côté Shanghai et quatre villes de la province du Guangdong, de l’autre Hong Kong, Macao et les pays d'ASEAN. En juin 2010, ce programme a été élargi aux importations et exportations effectuées entre 18 provinces (ou municipalités) supplémentaires chinoises et tous les pays du monde. Entre-temps, la PBoC a signé successivement des accords de swap de monnaie avec la Corée du Sud, Hong Kong, la Malaisie, la Biélorussie, l'Indonésie et l'Argentine, pour un montant total de 650 milliards de yuans. Ainsi, le montant des transactions réglées en RMB est passé de seulement 600 millions de yuans par mois en 2009 à 68 milliards de yuans en novembre 2010.
La ville de Hong Kong elle aussi évolue à grands pas. Ses débuts en tant que marché off-shore de RMB datent de 2004. Les opérations des particuliers en RMB ont alors été autorisées à Hong Kong, et le RMB circulait surtout de manière officieuse. De grandes avancées ont été obtenues en été 2010, avec la signature de la version révisée du « Settlement Agreement on the Clearing of RMB Businesses » entre la PBoC et la BOCHK (Bank of China (Hong Kong), la seule banque de compensation du RMB à Hong Kong) et celle d'un mémorandum de coopération entre la PBoC et HKMA (Hong Kong Monetary Authority) ; depuis lors, Hong Kong est appelé clairement à devenir LE centre off-shore de RMB. En décembre 2010, les dépôts bancaires en RMB atteignant 315 milliards de yuans, le montant a quadruplé par rapport à décembre 2009. Hong Kong totalise 75 % du commerce extérieur réglé en RMB. Plusieurs produits libellés dans cette devise y sont disponibles : obligations, certificats de dépôt, produits d’assurance et produits structurés, etc. Seize institutions (chinoises ou étrangères) ont émis au total 36 milliards de yuans d'obligations à Hong Kong en 2010 ; chacune des émissions a été largement suivie et très commentée par les médias, notamment celle de la Banque Mondiale en janvier 2011.
Des résultats à relativiser
Il est certain que le développement a été très rapide concernant l'utilisation du RMB en tant que moyen de paiement et de réserve de valeur à l'échelle internationale. Malgré cet essor, le RMB n'intervient aujourd'hui que dans moins de 3 % des transactions du commerce extérieur de la Chine. Les dépôts en RMB représentent seulement 6 % du total des dépôts bancaires de Hong Kong. Le RMB n'est qu'à l'étape primaire de son processus d'internationalisation. Les premiers résultats étant positifs, la non-convertibilité du RMB (il n'est convertible que pour les opérations courantes) demeure un obstacle majeur à ce que le processus soit finalement faisable et mené avec réussite. En attendant, le développement du centre off-shore est une solution clef intermédiaire.
En effet, lorsqu'une monnaie se veut internationale, il faut assurer son offre à travers le monde, ainsi que l'intérêt à la détenir. Pour le RMB non convertible, c’est Hong Kong qui assure partiellement ces fonctions. Pour l'instant, l'offre de RMB provient essentiellement des règlements liés au commerce extérieur (plutôt les importations que les exportations) de la Chine mainland (hors Hong Kong et Taiwan) réglées en RMB via Hong Kong, et des opérations de consommation des touristes principalement venus de Chine mainland et dépensant des RMB à Hong Kong. La motivation à détenir du RMB est dans un premier temps plutôt justifiée par sa tendance à l'appréciation que par le rendement des possibilités de placement (produits financiers libellés en RMB). Par conséquent, le premier développement très rapide peut être ralenti s'il n'y a pas davantage d'avancée dans l'offre de RMB et dans l'intérêt à détenir du RMB, sachant que ces deux aspects interagissent.
Les prochaines étapes
Deux axes d’évolution sont donc à prévoir :
- élargissement des sources d'offre de RMB afin d'assurer la création de liquidité, notamment le crédit en RMB off-shore, qui pour l'instant est très limité ;
- maintien du développement du marché obligataire et des produits de gestion de risque (produits dérivés de change et de taux par exemple).
La solution du centre off-shore est une stratégie d'internationalisation originale et Hong Kong est devenu le premier centre off-shore du monde pour une monnaie non convertible. Dans un tel contexte, le pilotage du processus est d'autant plus important. Lorsque la liquidité du marché off-shore croît, le risque pour une économie dont la monnaie est seulement partiellement convertible est exactement la raison pour laquelle elle reste inconvertible : le reflux des liquidités du marché off-shore (vers mainland) ainsi que sa volatilité peuvent perturber le marché domestique et présenter des risques macroéconomiques. Or un certain degré de reflux sera nécessaire pour augmenter l'attractivité de la détention du RMB off-shore. Pour le moment, seuls certains mécanismes de reflux sont autorisés : les règlements liés au commerce extérieur (les exportations chinoises) et les investissements de certaines institutions étrangères sur le marché obligataire interbancaire de la Chine. Les projets de
Pour le reste du monde, il existe deux configurations majeures :
- la Chine ne réussit pas le processus d'internationalisation du RMB pour diverses raisons ; le RMB devient au mieux comme le yen japonais et le franc suisse ; son influence sur le reste du monde serait donc limitée.
- le RMB devient une grande monnaie internationale, seule ou avec d'autres monnaies internationales ; alors, le plus grand risque pour le reste du monde serait l'absence d'une gestion responsable de la liquidité mondiale.
Enfin, il n'y a pas vraiment une feuille de route précisément définie pour l'internationalisation du RMB. Théoriquement, les autorités chinoises visent à ouvrir progressivement les comptes de capitaux c’est-à-dire les opérations financières dont la gestion de portefeuille et à rendre la monnaie graduellement flexible, sachant que la réalisation de ces deux objectifs nécessite que le marché financier domestique soit suffisamment développé. Nous savons que cela prendra du temps, et même beaucoup de temps. Les estimations officielles évoquent une grande avancée dans la convertibilité de la monnaie d’ici 5 ans, ce qui nous permet d’estimer la pleine (ou quasi) convertibilité du RMB d’ici 10 ans – sachant que ceci n’est qu’une condition nécessaire pour qu’une monnaie acquière le statut de monnaie internationale. Rappelons que si les États-Unis sont devenus la première puissance économique mondiale vers la fin du 19e siècle, ce n'est qu'avec le système de Bretton Woods, mis en place après la Seconde Guerre mondiale, que le dollar est devenu une monnaie internationale.