Financement des entreprises

La loi Macron crée une dynamique de financement

Créé le

09.07.2015

-

Mis à jour le

01.09.2015

La loi Macron ouvre la possibilité pour les entreprises de se financer entre elles. Éric Da Silva estime que cette loi conduira ainsi à définir une nouvelle façon d'évaluer les risques sur les entreprises, moins centrée sur les critères financiers et plus attentive à ceux liés à l’activité économique. Elle pourrait également dessiner de nouveaux services pour les assureurs crédit.

Pouvez-vous rappeler rapidement les grands principes de la loi Macron sur les possibilités de financement inter-entreprises ?

Les entreprises pourront proposer à d’autres entreprises des financements, au-delà des formes déjà connues comme les délais de paiement ou les avances de trésorerie, mais à l'exclusion de certains types de crédit, comme l'affacturage. Le grand principe de la loi Macron est de considérer que les entreprises pourront, dans certaines conditions, assumer les financements que les banques ne prennent pas en charge. Le milieu des affaires a en effet le sentiment que si les grandes entreprises – du CAC 40 au SBF 120 – et désormais les plus grandes ETI ne manquent pas de financements, le reste de la population d'entreprises – petites ETI ou PME –, qui offrent peut-être moins de garanties, sont délaissées par le monde bancaire, ce dernier cherchant aujourd’hui, dans le cadre de la réglementation bâloise à préserver ses fonds propres. Pourtant, ces entreprises ont des business intéressants, sont souvent très dynamiques, innovantes, vont à l'export, etc., mais en prenant des risques commerciaux, qui sont nécessaires pour développer leur activité, elles tombent dans des mécanismes antinomiques avec le financement bancaire.

La loi Macron vient remplir ce « vide » de financement. D'ores et déjà apparaissent des plates-formes en B to B, arrivées d'outre-manche, qui se positionnent sur le financement participatif pour les PME et TPE. La loi va plus loin, pour donner carrément la liberté aux entreprises de faire des opérations de financement.

Le législateur a compris que cette ouverture pouvait créer une dynamique de financement et entraîner au final même les banques, qui ne pourront pas rester à l'extérieur d'un marché, à l'instar du mouvement créé par Bpifrance, la banque publique d'investissements, dans le partage de risques avec les banques pour les inciter à faire plus.

Pourquoi les entreprises sont-elles mieux à même d'assurer ces financements ?

Les entreprises vont être obligées de se faire leur propre idée du risque de contrepartie et elles se fonderont sur d'autres critères que les banques, enfermées par la réglementation dans des mécanismes de calcul de ratio et d'indicateurs purement financiers. Les entreprises vont s'intéresser à la qualité des projets industriels, aux débouchés commerciaux, et aller beaucoup plus loin dans les réflexions sur l'activité des contreparties à financer, de même que sur la prise en compte des aspects humains, des compétences du chef d'entreprise.

La loi Macron précise que les deux entreprises, prêteuse et emprunteuse, doivent avoir une certaine proximité… cette condition n'est-elle pas un peu restrictive ?

C'est au contraire une bonne condition : l'idée n'est pas de transformer les entreprises en banques, et qu'elles se mettent à spéculer sur des activités diverses et variées. Le succès de cette loi viendra précisément de la bonne compréhension du business, donc du lien commercial ou d'activité entre les deux entreprises.

Quel peut être votre rôle en tant que courtier en assurance crédit dans cette nouvelle approche ?

En tant que courtier en assurance crédit, nous entendons jouer un rôle auprès des entreprises, d'abord en les aidant à prendre des décisions de risques. En effet, nous savons estimer un risque de contrepartie, non seulement d'un point de vue financier, mais aussi d'un point de vue plus global, au travers d'un benchmarking permettant de situer la contrepartie dans les bons ou les mauvais critères au sein de son secteur d’activité. Les entreprises prendront mieux en considération le risque industriel en tant que tel, puis nous pourrons les aider à structurer les opérations, à gérer le risque, voire éventuellement à le transférer sur le marché.

Plus généralement, les assureurs crédit peuvent aussi travailler, comme nous avons commencé à le faire, sur des mécanismes d'engagement unitaire, c’est-à-dire la capacité de proposer des couvertures déglobalisées, plutôt que des stratégies de couverture intégrale du chiffre d’affaires. Cela peut se faire en déléguant l'évaluation du risque à l'entreprise vis-à-vis de son client, une démarche proche de celle issue de la loi Macron.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº787