Épargne

Livret A : respectons l’esprit de la règle ou, mieux encore, changeons de règle

Créé le

19.01.2012

-

Mis à jour le

30.01.2012

Comme l’a demandé le gouvernement, le taux du Livret A n’a pas été augmenté le 2 février dernier. Pour quelles raisons ? Cette décision est-elle opportune ?

Une fois de plus, la question de la fixation du taux du Livret A refait surface à l’occasion de la non-augmentation par le gouvernement de son taux au premier février dernier, compte tenu de l’avis négatif et plutôt opportuniste ou téléguidé du gouverneur de la Banque de France. L’argument invoqué repose sur le fait que si le taux du livret A avait été augmenté début février, de 0,50 % tout de même (passant de 2,25 à 2,75 %), il aurait dû être baissé début août, en raison de la prévision d'une diminution du taux de l’inflation dans les mois à venir (elle a été arrêtée à 2,50 % sur les 12 derniers mois). Selon les arguments qui ont milité pour le statu quo, il faudrait éviter ces mouvements de yo-yo. Mais on se demande pourquoi… Les épargnants risqueraient-ils d’être déçus ? Contrariés ? Si c’était le cas, ils pourraient s’en remettre, car la somme en jeu porte sur 500 millions d’euros en plus sur leur compte (et sur 6 mois). L’argument ne tient donc pas.

Les raisons du statu quo

Les vraies raisons sont à chercher ailleurs : par exemple, faire quelque peu pression sur le niveau du taux d’épargne qui est plutôt élevé et pèse sur la consommation, moteur de la croissance française ; ou encore, favoriser l’épargne longue dans le cadre de l’assurance vie. De fait, un livret A à 2,75 % hors impôts et taxes de toutes natures est un meilleur placement, sur le plan de la rentabilité, qu’un contrat d’assurance vie : en moyenne, celui-ci ne rapporte plus que 3 % hors impôts et prélèvements sociaux (sur une durée de 8 ans et sans tenir compte des frais d’entrée ou de versement). De plus, cette épargne longue confiée aux assureurs est très largement investie dans l’achat de dettes souveraines.

Un principe raisonnable

Les règles de fixation du taux du livret A (modifiées une dernière fois par un arrêté en janvier 2009) permettent au gouverneur de la Banque de France de faire état de « circonstances exceptionnelles » pour ne pas proposer au gouvernement une modification du taux (il faut traduire une augmentation – voir Encadré 1). La réforme intervenue en 2008 sur les règles de fixation indique que le taux retenu doit être celui est qui le plus élevé entre :

  • l'inflation des 12 derniers mois, augmentée d'un quart de point ;
  • la moyenne arithmétique entre, d'une part, l'inflation des 12 derniers mois et, d'autre part, la moitié de la somme de la moyenne mensuelle de l'EURIBOR 3 mois + la moyenne mensuelle de l'EONIA (pour le dernier mois connu).
Au-delà de la lettre de la règle, le législateur a voulu que le pouvoir d’achat des épargnants soit préservé. C’est pour cela que, quoi qu’il en soit, le taux doit être au moins du niveau de l’inflation (+0,25 %), ce qui est d’ailleurs un peu « chiche ».

Veut-on ou non respecter ce principe raisonnable (car sinon, à quoi bon épargner si c’est pour perdre de l’argent ?), même si ponctuellement, des interférences peuvent voir le jour avec d’autres produits d’épargne à plus long terme ou d’autres objectifs (par exemple, celui de peser sur la consommation des ménages) ? Il s’agit, sur ce plan aussi, d’une question de crédibilité, de confiance et de respect des engagements.

Plus de clarté

Le prochain gouvernement aurait tout intérêt à revenir sur cette règle, à la simplifier et surtout à la respecter. On pourrait alors indiquer que :

  • le livret A doit au moins rapporter le taux de l’inflation constaté de + 0,50 % ;
  • ce taux est revu 2 fois par an (et non plus 4 fois, dont 2 en option) ;
  • il ne sera plus fait état de circonstances exceptionnelles, ce qui est la porte ouverte à beaucoup de tentations et manipulations.
Le produit d’épargne le plus souscrit par les Français mérite mieux que le traitement législatif et réglementaire qu’on lui fait subir. Il demande de la clarté. Celle-ci sera profitable à tous…

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº745