Malgré un passage à vide de quelques années suite au départ de Madame Christine Lagarde qui avait vivement soutenu les travaux de Place sur le sujet, alors qu’elle était ministre de l’Economie et des Finances, le retard accumulé en matière de finance islamique est en passe d’être rattrapé. Mais pour le comprendre, il ne faut pas adopter une vue « d’en haut » – des tours de la Défense ou du microcosme parisien –, mais se plonger dans la réalité du terrain. Il faut aussi accepter le fait que ce ne sont pas les poids lourds traditionnels qui tirent le marché, le vide ayant été comblé par des petites structures, des entrepreneurs et des start-up qui souhaitent voir l’émergence d’une finance différente, non spéculative et adossée à l’économie réelle.
De l’innovation produit…
L’approche retenue par le petit écosystème français de la finance islamique est celle de l’innovation à double titre. Tout d’abord, une innovation produit, pour la différencier de son équivalent conventionnel, à l’image du contrat d’assurance vie Salam Épargne et Placement de Swiss Life ou de notre offre de financement immobilier Murabaha (crédit-vendeur), en partenariat avec différentes banques, dont la Chaabi Bank notamment.
Pour l’accession à la propriété selon les principes de la finance islamique, le marché cible est estimé à 300 000 foyers. Le financement conçu pour répondre à cette demande est la Murabaha, qui consiste en l’achat du bien par la banque qui le revend ensuite à l’acquéreur suivant un échéancier de paiement. Environ 300 familles sont devenues propriétaires par le biais de la plate-forme 570easi, pour un montant moyen de financement frôlant les 180 000 euros. Au vu de l’accélération des projets déposés en ligne (voir Graphe 1), la tendance laisse penser que la barre des 1 000 premiers clients sera atteinte d’ici les trois prochaines années.
L’autre face de la conquête de ce nouveau marché, et c’est ce qui nous intéresse le plus, est une innovation qui emprunte à de nouveaux usages et business models. Comment, en effet, une
La réponse est simple, mais elle implique, d’une part, de ne pas avoir peur de parler des préjugés et d’en tirer les leçons avec pédagogie et patience et, d’autre part, de remettre en cause l’approche classique du métier des services financiers pour la repenser à l’aune de la nouvelle économie numérique. C’est ce qui est en passe d’être réalisé avec
…à l’invention d’un nouveau modèle
Le projet HomEasi consiste à inventer le covoiturage de l’accession à la propriété, grâce aux nouvelles plates-formes de financement et d’épargne participatifs (crowdfunding). Il s’agit ni plus ni moins de moderniser le vieillissant Plan épargne logement (PEL) sacrifié au profit d’autres produits bancaires maison, pour véritablement répondre à l’enjeu d’une plus grande solvabilité de potentiels accédants à la propriété aux côtés d’outils comme le PTZ+.
L’idée est d’offrir aux emprunteurs la possibilité d’augmenter leur capacité d’achat par le crowdfunding, en mobilisant leurs réseaux d’amis et de pairs pour collecter des fonds qui viendraient compléter leur apport. Du point de vue de la gestion actif-passif bancaire, ce sont autant de ressources supplémentaires pour la couverture d’un projet. L’épargne serait ainsi fléchée sur l’actif immobilier objet du financement et permettrait d’accéder au partage de la marge économique de l’opération, redistribuée aux différents contributeurs, au prorata des montants et durées.
La banque est ainsi invitée à répondre de façon plus proactive et transparente à la candidature (notez qu’on ne parle pas d’intermédiation classique) d’acquéreurs et de potentiels épargnants qui se sont auto-validés pour mieux crédibiliser leur projet commun, épargne durable d’un côté, financement responsable de l’autre.
Changer d’approche
Mais quels liens avec la finance islamique ? Justement, tout se justifie par l’approche retenue :
- celle de l’innovation pour le consommateur final, dont on simplifie le parcours et dont on fluidifie la relation client en toute transparence ;
- celle du procédé, qui permet de faire intervenir l’assurance-emprunteur en amont de la souscription du crédit, permettant de renforcer le profil du risque du client par une prégarantie et ainsi augmenter son pouvoir de négociation ;
- celle de la finalité, à savoir favoriser l’accession participative à la propriété sous cette forme de crédit-vendeur qui a plusieurs vertus pour le vivre ensemble et l’engagement social sur le long terme.
Même si, aujourd’hui, la plate-forme 570easi se focalise sur la clientèle musulmane, ce genre d’offres a vocation à répondre à l’ensemble des besoins du marché du crédit habitat en France et ailleurs, marché qui n’a pas encore connu de véritables bouleversements tant il est protégé par le monopole bancaire spécifiquement français.
Des marques d’intérêt tangibles
Mais les prémices de cette plus grande ouverture, via l’émergence d’un nouveau modèle plus participatif et en innovation ouverte, sont là. La plate-forme 570easi dispose actuellement de plus de 40 000 membres, ayant réalisé près de 450 000 simulations de financement immobilier Murabaha.
Le plus intéressant à noter réside dans les taux de progression de l’usage de la plate-forme et l’accélération des modalités de partage. À l’annonce de l’augmentation de la durée de financement de notre produit crédit habitat de 10 à 15 ans, nous avons enregistré près de 70 000 partages sur le blog communautaire ayant publié l’article, un record dans ce
Ainsi, à partir d’une finance d’inspiration religieuse avec ses fondements éthiques forts en termes de garde-fous pour ne pas tomber dans le virtuel, le spéculatif ou l’inéquitable, la technologie numérique permet de renouer de façon concrète avec les consommateurs, en repartant de leurs besoins initiaux et sans volonté de construire des offres complexes, souvent nocives pour la société.
Au final, la finance peut redevenir simple (easi), vertueuse et au service de l’économie réelle en répondant aux préoccupations prioritaires des Français, qui passent notamment par l’accession à la propriété, rêve de près de la moitié d'entre eux. Peu importe la religion du client, c’est la proposition de valeur qui fait foi.