Prospective

Les usages de la blockchain Bitcoin appliqués au paiement

Créé le

02.09.2016

-

Mis à jour le

08.09.2016

Selon le cofondateur de Paymium, Place de marché et prestataire de services de paiement en bitcoins, la blockchain Bitcoin va dépasser les limitations actuelles aux paiements en ligne. Et permettre de déployer de nouveaux protocoles et de faciliter et fluidifier les transactions, tout en apportant de nouveaux usages.

En janvier 2009, Bitcoin fit son apparition dans le cercle restreint d’une communauté de développeurs, après la publication – par le fameux et secret Satoshi Nakamoto – d’un document de sept pages décrivant le fonctionnement de cette nouvelle technologie : Bitcoin : A Peer-to-Peer Electronic Cash System [1] .

Cette spécification est fondatrice du logiciel libre Bitcoin, dont les trois grandes caractéristiques sont :

  • un réseau de transactions peer to peer, complètement libre et accessible à tous ;
  • une base de données distribuée enregistrant l’ensemble des transactions de façon transparente, communément nommée blockchain ;
  • une unité de compte émise en quantité limitée (21 millions de bitcoins) dont l’émission est pilotée par le protocole en contrepartie du travail fourni par les opérateurs du réseau (les mineurs) pour valider les transactions.
L’innovation que constitue Bitcoin repose sur son autonomie, son caractère libre ( open-source) et sur une sécurité incrémentale assurée par la puissance de calcul de ce réseau.

Fragilité des paiements

Au moment où apparaît Bitcoin, les paiements font face à une série de limitations, en partie dues au nombre d’intervenants sur ce secteur – banques, schemes, opérateurs privés de paiement –, en partie à la difficulté de faire évoluer rapidement des technologies multi-décennales.

La première limitation est causée par l’absence d’interopérabilité des moyens de paiement. À l’heure où le nombre de wallets mobiles se multiplie, comment justifier qu’il soit toujours impossible d’envoyer 10 euros d’un wallet A à un wallet B ? De même que l’email permet de s’affranchir de l’opérateur, le paiement en bitcoin est universel et indépendant des solutions proposées par les acteurs de l’écosystème.

La seconde fragilité des paiements fondés sur la carte bancaire tient davantage à la sécurité du moyen de paiement. Conçue à une époque où Internet n’existait pas, la carte bancaire s’est adaptée pour offrir un service efficace pour les paiements en ligne. Des solutions ont été déployées pour limiter les risques de fraude et d’usurpation de numéros de cartes (3DS par exemple), mais tant que ces solutions ne seront pas universelles, il semble vain de vouloir endiguer la fraude. Évidemment, Bitcoin n’est pas exempt de risques pour son utilisation, mais sa proximité avec la notion de cash électronique empêche par exemple la possibilité de répéter des achats après une transaction.

Les coûts des moyens de paiement actuels, souvent dérivés de la carte bancaire, constituent un troisième frein au développement du paiement électronique. La structure même des frais de transaction, avec leur partie fixe, empêche la réalisation de microtransactions. Car au-delà d’un parcours client trop long pour accéder au paiement d’un bien numérique qui réclamerait de l’instantanéité (achat d’un article de presse par exemple), c’est le modèle économique du moyen de paiement qui empêche les éditeurs de vendre leurs biens.

Haute disponibilité

Le quatrième sujet de frustration concerne les délais liés aux virements bancaires. Sans oublier les coûts des virements internationaux qui demeurent souvent opaques, qui n’a pas expérimenté l’attente d’un virement lointain, sans qu’aucune information ne soit disponible de la part de sa banque ou des banques correspondantes ?

Une transaction par carte bancaire est certes réalisée en temps réel, et même le week-end ou les jours fériés ! En revanche, votre virement devra attendre les heures d’ouverture de bureau.

Finalement, trop d’intermédiaires ont le contrôle de votre argent lorsque vous souhaitez en disposer.

Depuis le 3 janvier 2009, le réseau Bitcoin a été perturbé en tout et pour tout pendant 6 heures (le 12 mars 2013), soit une disponibilité de 99,99 % sur plus de 7 ans de fonctionnement ininterrompu.

Cette haute disponibilité contraste avec celle des banques qui s’interrompent 48 heures par semaine.

Et enfin, que penser du respect de la vie privée pour les transactions en ligne ? Devons-nous obligatoirement déclarer notre identité pour tout type d’achat ? Ne pouvons-nous pas conserver le même contrôle sur nos données que lorsque nous achetons un journal dans un kiosque avec une pièce de 2 euros ? La libération des usages de paiement passera notamment par des moyens de paiement adaptés aux biens ou services disponibles en vente à distance.

Instantanéité des transactions

Bitcoin n’a pas été créé pour apporter des réponses aux problèmes soulevés. L’avènement de cette technologie apporte de nouvelles voies d’appréhension des paiements et de l’argent. Nous ne traitons d’ailleurs ici que du paiement sans aborder la réflexion sur la monnaie.

La vision de Paymium sur la technologie Bitcoin appliquée aux paiements se résume dans notre baseline : Money Over IP.

Nous pensons que Bitcoin va faciliter et libérer les transactions, apporter de nouveaux usages, faciliter les parcours clients, et fluidifier l’ensemble des transactions financières.

L’instantanéité des transactions et leur universalité bouleverseront les transferts d’argent internationaux, soulignant l’illégitimité ressentie des frais captés sur la plupart des corridors où les populations sont des proies captives (d’un point de vue marketing).

Le réseau Bitcoin doit être compris comme une infrastructure sécurisée sur laquelle de nouveaux protocoles de paiement peuvent être déployés, en particulier les « payment channels ». Un payment channel est une surcouche protocolaire dite « off-chain » du réseau Bitcoin fonctionnant avec des nœuds de réseaux en compétition les uns avec les autres pour la validation de transactions. Le réseau Bitcoin devient alors un étalon sécuritaire pour la compensation des transactions réalisées off-chain.

Les payment channels permettront donc en particulier de traiter les flux de micropaiements sans supporter de coûts fixes.

Lightning Network, premier payment channel Bitcoin, apportera au réseau Bitcoin des capacités transactionnelles nettement supérieures à l’ensemble des réseaux existants.

Argent programmable

Soulignons d’ailleurs que les payment channels représentent une des premières implémentations des smart contracts (transactions automatisées en fonction de paramètres ou conditions particulières), qui permettent à l’argent de devenir programmable. Des transactions peuvent donc être automatisées sur des critères de temps, de nombre de signataires, ou de critères exogènes. Dans ce dernier cas, ces sources externes appelées « oracles » vont (co)signer des transactions en fonction de facteurs qu’ils auront dû surveiller. Un exemple fréquemment utilisé pour illustrer cette fonctionnalité est l’assurance retard : le voyageur est automatiquement indemnisé dès que les oracles détectent un retard de train ou d’avion sur la base de plusieurs sources, publiques ou privées.

Après le web, l’email et la voix sur IP, Bitcoin est l’innovation technologique qui va modifier en profondeur le secteur des paiements encore dominé par des services privatifs.

Bitcoin est un réseau de paiement libre, le bitcoin sera une méta-devise libre (une devise pivot) dont le cours n’aura d’ailleurs aucune incidence sur le paiement en euro, dollar ou toute autre devise.

Les limites de Bitcoin sont en passe d’être levées ou corrigées ; demeurera ensuite le socle de l’innovation technologique qui apportera l’interopérabilité nécessaire au développement des moyens de paiement.

1 https://bitcoin.org/bitcoin.pdf.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº350
Notes :
1 https://bitcoin.org/bitcoin.pdf.