Qui l’eût cru ? L’année 2020 s’ouvrait, malgré les gilets jaunes et les grèves des transports, sous de bons auspices : un climat des affaires serein, des chiffres du tourisme excellents, des crédits aux entreprises avec des taux bas, une palette de financements très ouverte, un dialogue permanent entre les banques et les entreprises, des délais de paiements qui s’améliorent sous surveillance institutionnelle. Les problèmes de financement des entreprises n’étaient plus vraiment d’actualité ! C’est pourquoi ces problèmes de financement des entreprises venaient après ceux de stationnement, déplacements, logement et sécurité pour les entreprises de Paris et d’Ile-de-France (Sondage IFOP-CPME Paris-IDF Municipales 2020). La Covid-19, les confinements et les fermetures d’entreprises viennent rebattre les cartes. Et cette année 2020 qui devait être un « bon cru » devient une « annus horribilis ». Tous nos espoirs se tournent donc vers 2021.
Le chef de filât des régions
La communication immédiate sur la Covid-19, les difficultés à avoir du gel hydro-alcoolique et des masques, la querelle du monde médical n’ont pas aidé nos entrepreneurs, comme les Français, à trouver de la sérénité dans une période de doutes. La crise sanitaire, et la médiatisation des informations contradictoires ont fait naître une « légitime préoccupation » chez les petits entrepreneurs par rapport à la justesse de la parole publique et renforcé la “lassitude démocratique”. Et si les chefs de TPE-PME se sont inquiétés, d’abord, de financer le social (chômage partiel, congés payés, formations…), la durée de la crise a fait apparaître « un risque d’existence » pour les entreprises avec un risque financier et de trésorerie durable pour régler les charges récurrentes. D’autant que les pertes d’exploitation des contrats d’assurance n’ont pas joué (risque pandémie). L’arrivée en début d’année 2021 des vaccins est un espoir sanitaire mais aussi une chance de reprise de l’activité économique. Mettre fin aux mauvaises nouvelles que sont les confinements et les couvre-feux.
Dans la crise sanitaire les régions, particulièrement la Région Ile-de-France, ont affirmé un chef de filât territorial. Elles ont montré qu’elles étaient une oreille attentive, un soutien logistique indispensable et une aide financière pour l’État au service des TPE-PME comme des indépendants. Ainsi le budget 2021 de la Région IDF prévoit une augmentation très importante du budget « Développement économique et Innovation » justifié par les conséquences de la crise épidémique, soit une augmentation de 37 % en investissement et 7,4 % en fonctionnement. Et l’affirmation de trois priorités essentielles : la poursuite des mesures de relance, le soutien à l’innovation, le financement des entreprises et en particulier les PME-TPE.
Des dispositifs innovants
On pensait la palette des financements des TPE-PME définitivement gravée dans le marbre. L’arrêt de certains secteurs d’activité a été brutal en 2020. Pour y remédier, l’État et les Régions, dans un dialogue permanent avec les acteurs économiques, ne pouvaient pas compter sur l’existant. Ils ont dû faire aussi bien que les FinTechs et trouver des solutions innovantes, rapides et efficaces pour soutenir, immédiatement, la vie économique. Et si l’anticipation n’a pas toujours été au rendez-vous nous avons assisté à un « work in progress » salutaire. Ces dispositifs ad hoc ont été très utiles. Et l’on doit se demander ce qu’il adviendra demain du Prêt garanti par l’État (PGE), du Fonds de solidarité, du Fonds résilience, du Prêt rebond et du Prêt d’amorçage et du chèque numérique. Il convient de maintenir ces dispositifs pour 2021 le plus longtemps possible. Une enquête de la CPME nationale de septembre 2020 montre que 57 % des entrepreneurs ont utilisé le report des charges fiscales et sociales et que 28 % estiment ne pas pouvoir les rembourser. 54 % ont bénéficié du PGE et 34 % pensent ne pas pouvoir le rembourser. La part des dettes accumulée par les TPE-PME est donc très significative d’autant que les entreprises vont devoir faire face en plus de la période de remboursement ou d’amortissement du PGE aux charges récurrentes : loyers, échéances fournisseurs, crédits bancaires…
Dans ce contexte très tendu, on pourrait envisager la mise en place d’un « Prêt de consolidation » qui permettrait aux entreprises de contracter un prêt (ou un PGE complémentaire) à raison du montant des charges reportées qu’elles auront à rembourser sur l’année 2021. Il pourrait être consenti dès l’octroi sur un profil amortissable sur 5 ans et à des taux avantageux. Le talon d’Achille de nos TPE-PME est leur faiblesse de fonds propres. Depuis 2014 leur situation s’est légèrement améliorée avec un ratio fonds propres/bilan qui gagne 4 % selon une étude de l’INSEE. 2021 doit voir revenir les investisseurs privés au capital des PME ainsi que la redynamisation de la Bourse des PME.
Financer le travail et organiser le télétravail
Un accord national interprofessionnel (ANI) sur le télétravail vient d’être signé par les partenaires sociaux mais il ne règle pas tout pour 2021. Notamment la difficulté de gérer les emplois et les compétences dans les entreprises, dans les grands bassins d’emplois, en période de pandémie longue. Alors que toutes les activités ne sont pas télétravaillables les TPE-PME ont bien réagi face à l’urgence et aux recommandations de « travailler en dehors de l’entreprise ». 63 % des télétravailleurs étaient des primo accédants à l’occasion du premier confinement. L’incertitude de la reprise, la faiblesse du carnet de commandes, le mal d’être d’un télétravail non préparé, ne doivent pas entraîner une ubérisation des relations de travail ni de l’instabilité dans les forces de ventes des TPE-PME qui doivent pouvoir financer la mise à disposition de nouveaux matériels mobiles, les formations, l’achat de nouveaux logiciels. Les banques, l’État et les régions doivent mettre en place des dispositifs ad hoc, pour soutenir cette évolution des entreprises et y parvenir en 2021 et 2022.
La résilience des PME pour amorcer la relance
La situation des indépendants, travailleurs non salariés, traditionnellement mal protégés par le modèle social français, est particulièrement préoccupante dans les territoires. Seuls, ils sont les grands perdants des différents dispositifs. L’État doit corriger cela ! On attend de 2021 la reprise. Elle passe par une réouverture rapide des hôtels, cafés et restaurants. Parmi les 112 000 restaurants, 9 entreprises sur 10 sont des TPE, 39 000 sont des entreprises d’hôtellerie et d’hébergement touristique. 20 % de ces professionnels exercent en Ile-de-France. Comme les autres TPE-PME, ils ont fait preuve de résilience. L’annonce du plan « France relance », 100 milliards d’euros, adossé aux budgets de l’État pour 2021 et 2022, va dans le bon sens. Mais le plan de relance ne doit pas éclipser le plan de soutien. Ils doivent coexister. Beaucoup d’entreprises ont bénéficié des aides, d’autres pensent ne pas y avoir droit ou ont essuyé un refus, d’autres enfin se sont abstenues par crainte de surendettement. L’État et les régions doivent rester le plus longtemps possible au chevet de toutes les entreprises les deux prochaines années et activer la garantie de Bpifrance. Le temps des TPE-PME n’est pas le temps de l’État.
Nos commerces depuis 2018 ont vécu des « samedis noirs ». 2021 doit tourner la page des pillages, des saccages et des fermetures administratives. Et si dans les territoires, les Français ont montré leur attachement pour les activités et l’emploi de proximité, la modification des habitudes de consommation est engagée. Elle oscille entre un soutien à l’économie de proximité et l’attrait des « Cyber Monday » ou « Black Friday » du e-commerce. Nos entreprises doivent donc s’engager, sans délai, dans la révolution de la proximité augmentée et trouver auprès des banques et des dispositifs publics les moyens de financer le numérique et les data. C’est pour ces raisons que la mise en œuvre du plan de relance doit être territorialisée, se fonder sur l’expertise des régions, et travailler sur l’accompagnement 4.0 des TPE-PME.
La crise sanitaire ne doit pas tourner la page de la loi PACTE, de la redynamisation des centres-villes et des quartiers. Tout au long de 2021, et au-delà, les TPE-PME devront faire face à de nouveaux défis : réussir le passage à l’économie circulaire et à une économie plus verte. Pour y parvenir, elles auront besoin d’un contexte politique stable, d’un climat social apaisé et d’un soutien de long terme des établissements financiers.