Sauf grande surprise, 2021 devrait s’inscrire dans l’ombre de 2020. Naturellement, nous aspirons tous à un « retour à la normale » et, ce désir se traduira du point de vue des banques, par la volonté de laisser l’élastique se détendre légèrement, afin que les équipes de direction et les membres du personnel stressés et éreintés puissent se remettre quelque peu de l’année écoulée.
Toutefois, en tirant sur un élastique, une énergie potentielle se crée, capable de transformer la tension en une soudaine poussée vers l’avant. Cette mise en tension du secteur bancaire en 2020 a ainsi fortement stimulé l’improvisation et l'innovation : on a vu de nombreuses banques réaliser l’équivalent de plusieurs années de progrès technologiques et d’amélioration des business models en seulement quelques mois.
Aussi, la grande question pour les dirigeants des banques est désormais de savoir jusqu’à quel point relâcher l’élastique pour éliminer progressivement la tension engendrée ? Et, en parallèle, comment exploiter les expériences de l’année passée pour projeter son institution en 2021, à la manière d’un lance-pierre ? En outre, dans cette recherche de la meilleure voie, les dirigeants des banques doivent se méfier d’un potentiel retour d’élastique qui peut être d’autant plus brutal et douloureux que la cible visée est éloignée.
Compte tenu de ces enjeux, dix tendances déterminantes en 2021 pour les banques commerciales et de détail peuvent être identifiées.
Grossir et rester chez soi
Les bénéfices des banques seront faibles au cours des prochaines années et la reprise consécutive à la pandémie tiendra plus du marathon que du sprint. Un phénomène de « winner-takes-all » apparaissant dans la banque de détail, les actionnaires seront donc peu attirés par les institutions de petite taille qui peinent à offrir des rendements supérieurs au coût du capital. En parallèle, les banques resteront sous pression pour réduire les coûts, tout en continuant à investir dans des technologies qui leur permettent de se démarquer. 2021 pourrait alors donner lieu à une série de consolidations domestiques qui refaçonneront le paysage bancaire aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Italie et dans d’autres marchés. Là où ce sera possible, il faut ainsi s’attendre à voir un intérêt renouvelé pour la vente croisée via la bancassurance, la gestion de patrimoine intégrée et des partenariats avec contrôle de la distribution.
La néonormalité
En 2020, les banques traditionnelles ont profité de la recherche de placements sûrs par les consommateurs et d’un intérêt renouvelé pour le crédit, tandis que les néobanques ont connu une période mitigée. En 2021, le recul des investissements en capital-risque continuera d’affecter les néobanques qui ont besoin de ces financements pour survivre, (comme le montre l’exemple de la néobanque Xinja en Australie qui a renoncé à sa licence bancaire et à ses activés dans les services bancaires, notamment faute d’avoir pu recevoir des fonds annoncés par des investisseurs des Émirats Arabes Unis, en raison de la crise pandémique). En parallèle, ce sera le lancement de la nouvelle génération de néobanques sur des marchés comme Singapour et Hong Kong qui auront pour ADN le meilleur de la BigTech chinoise. La barre sera donc encore plus haute pour les banques traditionnelles qui ne sont pas parvenues à maturité sur le plan digital.
Le crépuscule des applications bancaires
Le lancement du compte bancaire Plex de Google en 2021 et l’évolution probable du service bancaire d’Apple, qui devrait devenir un acteur des services financiers au sens large, pourraient conduire le monde occidental à suivre la même voie que la Chine, où la banque de détail a disparu au profit de larges plateformes digitales de gestion des activités quotidiennes. 2021 pourrait ainsi jeter les bases d’un monde dans lequel toutes les banques, à l'exception des banques digitales les plus grandes et les plus connues, commencent à se considérer comme des vendeurs de produits intégrés au sein d’une expérience client tierce, plutôt que comme des marques orientées client en tant que telles.
Transparence radicale
En 2021, les banques de détail traditionnelles devront faire face à la concurrence des FinTechs et des BigTechs dans un contexte de marges réduites, de pertes liées aux défauts de crédit et d’atonie économique. Les optimistes voudront se concentrer sur les conseils personnalisés et la part de portefeuille client, mais les banques n’y parviendront pas sans avoir gagné la confiance des consommateurs, ce qui impliquera forcément un changement radical en matière de transparence pour de nombreux acteurs historiques. Par exemple, Revolut a lancé aux États-Unis un compte chèque qui relie les intérêts calculés sur les soldes au volume des paiements, de la même manière que les cartes de crédit avec remises en argent se voient créditées des commissions d’interchange.
Gagner la bataille du crédit
En 2020, la question était de savoir à quel point les élastiques de la qualité du crédit avaient été tendus, et combien d’entre eux craqueraient. Suite à la mise en œuvre des plans de relance des gouvernements, les indicateurs traditionnels de la qualité du crédit ne permettent plus de prévoir correctement les pertes futures. En 2021, ces pertes vont en revanche commencer à apparaître dans les comptes des banques. La gestion intelligente du crédit, axée sur les données, devient alors un facteur différenciant en termes de performance, au risque qu’une nouvelle génération de prêteurs alternatifs ne prenne le relais.
Le cash n’est plus roi
Il est tentant de considérer l’apparition de la Covid-19 comme un jet de lance-pierre vers un monde sans cash, étant donné que l’utilisation des espèces a baissé de 30 à 40 % à l’échelle européenne. Cette tendance va ainsi se poursuivre, puis s’accélérer à mesure que les monnaies digitales de banques centrales sous forme tokenisée seront disponibles pour remplacer les espèces. Néanmoins, la suppression des espèces restera un projet de long terme.
Un point d’inflexion vert
Alors que les banques centrales et les régulateurs reconnaissent que l’inaction face au changement climatique produirait des conséquences macroéconomiques désastreuses, 2021 constituera un point d’inflexion en matière de finance durable. Les projets liés aux énergies fossiles vont continuer à être financés, mais le coût de ce capital va augmenter, et les prêteurs vont s’exposer aux risques grandissants de ternir leur réputation et d’enfreindre les réglementations.
De plus, alors que les banques se tournent déjà vers la finance verte, on peut s’attendre à des pressions visant à prioriser et à communiquer sur des critères ESG plus larges, comme l’aide financière aux entreprises détenues par des minorités ou des femmes, qui ont été touchées de manière disproportionnée par la pandémie de Covid-19.
Le monde incertain des réglementations américaines
En 2021, nous pourrons mesurer l’impact de l'élection présidentielle de 2020 sur le secteur bancaire américain. Si certaines choses semblent écrites, comme le fait que le Bureau de protection des consommateurs de produits financiers, dont le directeur sera nommé par Joe Biden, s’attaquera aux frais de découvert bancaire, d’autres changements sont plus incertains, comme la position sur les fusions et acquisitions des banques et la délivrance de nouvelles chartes, ou bien une législation régissant l’open banking et le partage de données.
L’ascension du régulateur digital
2021 sera l’année de l’émergence généralisée d’un nouveau type de régulateur digital. À mesure que la pandémie s’estompera, les banques centrales devront en effet trouver le bon équilibre entre régulation et innovation stimulante. Elles sont notamment en train de revoir leur communication, et plus important encore, la façon dont elles « écoutent » l’économie au sens large, en recourant par exemple à l’analyse des réseaux sociaux pour mieux comprendre les tendances de court terme. Ces types de flux d'informations pourraient rapidement servir de base pour scruter la conformité de chaque prêt en temps réel, et remplacer la traditionnelle approche périodique basée sur l’historique.
Où sont les gros nuages moelleux ?
La pandémie a propulsé l’adoption du cloud. Cependant, les qualificatifs tels que privé, public, hybride, virtuel, communautaire et bien d’autres peuvent donner lieu un cloisonnement de la réflexion, qui pourrait empêcher les banques de comprendre l’ampleur des avantages qu’offre le cloud computing. Ce dernier évolue et doit être perçu comme un ensemble flexible et paramétrable d’options informatiques, d’analyse et de sécurité pouvant être adaptées à des besoins organisationnels très variés, plutôt que comme un ensemble d’options technologiques distinctes.
Pour résumer, le monde des banques commerciales et de détail était déjà complexe et en mutation rapide. Désormais, le pilotage des organisations y sera encore plus difficile en raison des répercussions de la pandémie de Covid-19.
Tentez votre chance, mais ne faites pas sauter la banque
La capacité à faire des compromis en tant que leader plutôt que suiveur fera la différence entre les institutions qui vont creuser l’écart de compétitivité en 2021 et celles dont l’élastique va casser ou qui, suite à un catapultage raté, se retrouveront dans l’embarras. Le monde des banques va rester complexe et incertain mais va accélérer sa mutation. Les dirigeants des banques ont tous les outils en main pour réinventer la banque de demain.