En janvier 2017, le guide de l’AFG sur « la transformation digitale des sociétés de gestion de portefeuille en SGP 3.0 » montrait, en l’illustrant avec de nombreux exemples d’acteurs français et étrangers, que la transformation digitale des SGP était en marche (voir Encadré 1). En un an, les SGP ont bien progressé dans la digitalisation de leurs infrastructures. Un sondage mené en 2017 par l’Agefi auprès des professionnels de la finance révèle quelques réponses éclairantes sur l’intégration des nouvelles technologies dans leurs métiers (cf Schéma 1). Il est intéressant de constater la lucidité des professionnels sur l’impact, présent et futur, des ruptures technologiques sur leur métier. Cela montre aussi l’enjeu de la formation à organiser par les entreprises, afin de permettre à leurs collaborateurs de monter en compétence.
Un accélérateur d’adoption
Les contraintes réglementaires sont vécues comme un accélérateur d’adoption de ces nouvelles technologies. À titre d’illustration, dans le cadre de MIF 2 et PRIIPs, la vente d’un fonds à un client particulier doit respecter le marché cible déterminé par la société de gestion et être adéquate avec la connaissance, l’expérience du client et bien sûr son appétence au risque. Les tableaux Excel ne sont plus suffisants pour permettre aux distributeurs (sociétés de gestion, banques, assureurs…) de répondre à ces obligations tout en contrôlant leurs coûts opérationnels. L’utilisation des technologies comme les Big Data et l'intelligence artificielle devient indispensable.
Une logique de partenariat avec les FinTechs
Un autre enseignement est que les partenariats FinTechs-entreprises financières vont se multiplier, ce qui est tout à fait logique. Les FinTechs ont besoin de clients et de fonds propres pour se développer, ce que les entreprises financières peuvent apporter. Celles-ci ont besoin d’accéder très vite à ces nouvelles technologies déployées à travers des applications, raison d’être des FinTechs.
À titre d’exemple, en septembre 2017, l’AFG a organisé une conférence où trois sociétés de gestion (Groupama AM, La Financière de l’Échiquier et OFI AM) ont fait part de leur projet d’utilisation de l’infrastructure blockchain afin d’améliorer leur connaissance clients. Après avoir rédigé le cahier des charges, les six sociétés de gestion à l’origine de ce
Un gain de simplification
Comme le montre le schéma 2, l’industrie de la gestion d’actifs a beaucoup à gagner en simplification de sa chaîne de valeur et de son écosystème. La technologie blockchain permet à l’industrie de la gestion d’actifs de s’affranchir de beaucoup d’intermédiaires, notamment pour la gestion du passif, connectant directement le client d’un fonds avec le producteur du fonds (comme le montre la création de la plate-forme Iznes).
Au deuxième semestre 2018, deux initiatives de blockchain de Place sur la gestion du passif, Iznes en France et FundsDLT au Luxembourg, seront en production, après une phase de test démarrée au deuxième semestre 2017 avec de vrais ordres de souscriptions-rachats entre différents dépositaires. FundsDLT a été créée à l’initiative de KPMG Luxembourg, de la société technologique InTech et de Fundsquare, filiale de la Bourse du Luxembourg et plate-forme de distribution de fonds.
Alors que les deux projets peuvent aussi bien traiter des fonds de droit français, luxembourgeois, ou autres, ils diffèrent sur le règlement. En effet, FundsDLT, développé avec la technologie Ethereum, utilise le crypto-actif ether, qui est converti dans la devise du fonds au moment du règlement. En revanche, pour Iznes, le règlement passe par le circuit traditionnel, ce qui évite la problématique de conversion d’un crypto-actif en monnaie fiduciaire.
Pour que ces plates-formes se développent et embarquent plus de sociétés, il faudra qu’elles offrent d’autres services qui simplifient et sécurisent les process des SGP. Ainsi la mise à disposition de KYCs sera la prochaine étape. FundsDLT élabore depuis plusieurs années un KYC de Place qui se trouvera dans le « KYC hub » de la plate-forme. Puis devraient suivre les reportings aux clients, institutionnels, distributeurs et non professionnels.
Un enjeu d’interopérabilité
Enfin, un autre enjeu sera l’interopérabilité entre les plates-formes. Natixis AM, qui a décidé de travailler avec les deux plates-formes et de façon indifférente pour ses fonds de droit français et luxembourgeois, devra pouvoir passer de façon transparente et en toute fluidité d’une plate-forme à l’autre.
On voit bien à travers ces exemples à quel point la transformation digitale des sociétés de gestion est rapide parce que stratégique pour leur croissance. Et la digitalisation des acteurs s’effectue dans un climat favorable de la part des autorités de tutelle.