Gestion d'actifs

Les sociétés de gestion face à la digitalisation

Créé le

20.04.2018

-

Mis à jour le

29.05.2018

Pour Jérôme Coirier, président fondateur de BeeAM, les facteurs de changement susceptibles de modifier en profondeur les activités des sociétés de gestion sont plus d’ordre organisationnels ou réglementaires que technologiques ou digitaux.

En France, le marché de la gestion d'actifs est très éclaté, entre quelques gros acteurs, principalement bancaires, et de très petites sociétés de gestion.

Les grands acteurs bancaires investissent dans les nouvelles technologies, robo-advisors ou intelligence artificielle, mais ils le font principalement dans une approche industrielle de leur métier, pour faire baisser les coûts de leurs chaînes de traitement, car les marges sont aujourd’hui en baisse. Les entrepreneurs, de leur côté, voient davantage ces nouvelles technologies comme le moyen de rajouter de l’intelligence, du service dans le process de décision et d’allocation. Quant aux FinTechs qui, comme Yomoni, tentent de s'implanter dans la gestion d’actifs et se positionnent directement en rupture par rapport au marché en faisant du BtoC, elles auront peut-être raison à terme, mais je ne crois pas que les clients finaux soient réellement prêts aujourd'hui pour cela en France. Cette activité reste encore très majoritairement intermédiée par les banques. Nous sommes encore installés dans un monde BtoB. Les FinTechs qui ont voulu attaquer le marché des clients finaux n'ont pas réussi à s'imposer, car les clients ne les connaissaient pas, et l’acquisition de ces derniers prend du temps et coûte très cher. La gestion d’actifs réclame un savoir-faire que les acteurs issus de la technologie maîtrisent moins. Ceux qui sont assez malins pour s’allier avec une société de gestion pourraient faire bouger le marché… mais cela prendra du temps.

Certaines sociétés de gestion ont testé la vente de parts de fonds via une blockchain, comme OFI Management, Groupama Asset Management, La Financière de l’Echiquier, Arkéa Investment Service ou encore Natixis. Ils pourront ainsi avoir plus directement des informations sur leurs clients, mais il sera difficile de s’affranchir des acteurs bancaires pour la vente de leurs produits, car souvent le client veut avoir un accès à toutes les offres, comme dans un supermarché. La vraie rupture serait que tous les entrepreneurs se réunissent pour créer leur propre Place de marché, mais cela relève plus d'une volonté stratégique et organisationnelle que de la technologie.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº821bis