Vieillissement de la population

Les réponses métiers aux besoins de la clientèle retraitée

Créé le

17.10.2013

-

Mis à jour le

31.10.2013

Selon l’Insee, les personnes âgées de plus de 60 ans représenteront près d’un tiers de la population à l’horizon 2060. Les stratégies patrimoniales que peuvent leur proposer leurs conseillers financiers doivent répondre à leurs besoins spécifiques, comme la création de revenus complémentaires de leur retraite, la préparation d’un éventuel état de dépendance ou encore la transmission aux enfants ou petits-enfants.

Au 1er janvier 2013, les plus de 60 ans représentaient près d’un quart de la population totale (23,8 %). Sous l’effet du vieillissement de la cohorte du baby-boom et de l’accroissement de l’espérance de vie, cette proportion devrait atteindre 32 % en 2060 [1] . Ces clients essentiellement retraités, plus riches en moyenne que les actifs, ne peuvent évidemment être délaissés par les stratégistes des établissements bancaires. Il s’agit de plus d’une clientèle que ces établissements sont susceptibles de conserver longtemps, l’espérance de vie des hommes à 60 ans s’élevant aujourd’hui à 22,6 années et celle des femmes à 27,2 années ! Néanmoins, comme pour la clientèle des actifs, il convient de prendre en compte les inégalités importantes entre retraités du même âge et les évolutions des besoins au cours de cette dernière phase du cycle de vie. Notre analyse portera plus spécifiquement sur la clientèle patrimoniale des retraités.

Revenu, niveau de vie…

Lorsque l’on étudie le revenu disponible brut des retraités ou leur niveau de vie (obtenu en rapportant le RDB au nombre d’unités de consommation), plusieurs faits marquants apparaissent. Tout d’abord, à la faveur d’un effet de génération, qualifié de « noria », les pensions ne se sont pas dégradées au cours des vingt dernières années en dépit des réformes de 1993 et 2003. Ce résultat, lié notamment à la fois à l’amélioration des carrières, à la généralisation des retraites complémentaires obligatoires et à la mise en place de droits familiaux et minima sociaux, a pour conséquence que les niveaux de vie moyens des actifs et des retraités évoluent en parallèle [2] .

Au-delà de cette dynamique commune, il convient de préciser d’une part que le niveau de vie moyen des retraités est légèrement inférieur à celui des actifs et que, d’autre part, il tend à se réduire considérablement avec l’âge. Il faut dire que se combinent avec le temps les conséquences négatives du veuvage et un effet de génération pour les plus âgés dont les carrières sont plus souvent incomplètes (ce qui, dans les deux cas, touche particulièrement les femmes). Pourtant, le taux de pauvreté, mesuré par l’Insee en dessous de 60 % de la médiane des niveaux de vie, reste à un niveau très inférieur à ce que l’on observe chez les actifs : 10,4 % pour les plus de 60 ans contre une moyenne globale de 12,6 %. Seuls les plus de 75 ans présentent un taux proche de 12,1 % pour les raisons présentées ci-dessus.

…et patrimoine des retraités français

En termes de patrimoine (voir Tableau 1), les plus de 60 ans ont en moyenne un patrimoine brut supérieur à la moyenne des ménages. Le pic est atteint pour la classe d’âge 60-69 ans et, sans qu’il soit possible de préciser clairement ce qui relève d’un effet de génération ou de la désaccumulation (dépenses de grande dépendance, donations…), ce patrimoine brut moyen diminue chez les plus de 70 ans. Comme, par ailleurs, l’endettement moyen se réduit fortement à la retraite, il n’est pas surprenant d’observer que l’écart entre les patrimoines moyens des retraités et actifs grandit nettement lorsqu’il est mesuré en net.

Au-delà de cette vision globale de la population retraitée, il faut noter une surreprésentation dans la catégorie clientèle aisée. En effet, parmi les 10 % des ménages dotés des plus gros patrimoines bruts (au-delà de 552 300 euros), les plus de 60 ans représentent 39 % de cette population (voir Tableau 1).

Une clientèle bien équipée

Dans la mesure où il existe une assez forte corrélation entre la taille du patrimoine et le taux de détention des différents actifs patrimoniaux, il n’est guère surprenant de constater que la population des retraités présente des taux de détention élevés des principales catégories d’actifs (voir Tableau 2). En premier lieu, et il s’agit d’un élément essentiel en matière de gestion de patrimoine, cette clientèle est propriétaire de son logement à plus de 70 %, cette proportion demeurant relativement stable durant la retraite. A contrario, si les jeunes retraités possèdent un taux de détention d’un second logement élevé (résidence secondaire ou bien locatif), cette proportion diminue très nettement chez les plus de 70 ans.

Du côté des actifs financiers, nous observons là encore des distinctions selon l’âge des retraités. Alors que les plus jeunes d’entre eux sont de gros détenteurs de valeurs mobilières, celles-ci sont moins présentes chez les plus de 70 ans. Une forte décroissance est naturellement observée pour les produits d’épargne logement. Dès lors, les plus de 70 ans concentrent leur patrimoine financier sur l’assurance vie et les livrets (voir Tableau 2).

Par ailleurs, conformément à ce que l’on observe pour d’autres catégories d’âge, le niveau de diversification va croissant avec celui du patrimoine (voir Graphique 1). Ainsi, les 10 % des retraités les plus riches disposent d’un patrimoine de rapport très diversifié. C’est dans ce dernier décile que l’on retrouve la sous-catégorie des clients patrimoniaux qualifiés de « fortunés ». Suivant les établissements bancaires français, cette segmentation correspond à des avoirs minimums confiés oscillant entre 1 et 3 millions d’euros, contre 150 000 euros et 300 000 euros pour le reste de la clientèle patrimoniale.

Des stratégies patrimoniales répondant à des besoins spécifiques

Ces constats posés, intéressons-nous aux besoins spécifiques de la clientèle patrimoniale retraitée et aux stratégies qu’elle adopte. Les objectifs relèvent de trois grandes préoccupations : la sécurisation du patrimoine et la création de revenus de remplacement, la protection du couple, l’aide financière à la famille et la préparation de la transmission.

Les stratégies dépendent pour partie du niveau de patrimoine, comme le laisse supposer le Graphique 3, mais aussi de l’âge des retraités. Un premier âge très actif, jusqu’à 75-80 ans, doit être distingué d’un second, caractérisé par une altération plus ou moins forte des facultés corporelles et/ou mentales.

La sécurisation du patrimoine et la création de revenus de remplacement

Les pensions de retraite étant significativement inférieures aux derniers appointements professionnels, les retraités retirent des revenus complémentaires de leurs actifs patrimoniaux. Si les besoins sont différents selon le régime auxquels les retraités ont adhéré, ils varient également au cours du temps. Schématiquement, trois phases se succèdent : une forte consommation (voyages, loisirs), une baisse des dépenses (retour chez soi) et une hausse des frais liés au grand âge (santé, hébergement, assistance).

Pour sécuriser leur source de revenus complémentaires, les retraités procèdent à des arbitrages tout au long de la dernière étape de vie. Àl’aube de la retraite, les crédits peuvent être remboursés par anticipation, les actifs financiers les plus risqués délaissés au profit de supports sécuritaires et des investissements immobiliers locatifs réalisés. Au fil du temps, certains actifs immobiliers difficiles à gérer ou à entretenir sont vendus ou donnés.Par ailleurs, les stratégies patrimoniales doivent tenir compte des transmissions dont bénéficient les retraités. Les plus de 60 ans reçoivent en effet 56 % des héritages et 30,5 % des donations selon l’ Insee [3] .

Au final et en moyenne, comme nous l’avons vu précédemment, les actifs patrimoniaux sont concentrés sur l’immobilier et l’assurance vie (la clientèle fortunée se distingue par un patrimoine plus complexe avec un pourcentage non négligeable de valeurs mobilières). L’immobilier de rapport procure des loyers réguliers et indexés sur l’inflation tandis que des rachats modulables sur les contrats d’assurance vie permettent d’ajuster le budget tout au long du cycle de vie du retraité. Une autre explication à cette concentration patrimoniale est le meilleur traitement fiscal réservé à ces produits. L’optimisation fiscale est en effet parfaitement intégrée aux stratégies patrimoniales des retraités. C’est particulièrement vrai pour la clientèle fortunée frappée par l’impôt sur la fortune, dont certains investissements ou schémas fiscaux permettent d’alléger le poids.

La protection du couple : décès prématuré du conjoint et situation de dépendance

Outre la recherche du maintien de leur niveau de vie, les couples de retraités tentent de se protéger mutuellement et individuellement. Deux situations les préoccupent particulièrement : le décès du conjoint et l’état de dépendance.

Une transmission non préparée est potentiellement très risquée. Le niveau de vie est altéré par une pension de réversion nettement inférieure à la retraite du prédécédé. D’éventuels droits de succession amputent le niveau total des avoirs et, de facto, les revenus complémentaires. De plus, la gestion peut devenir compliquée lorsque le prédécédé s’occupait seul des affaires ou quand les enfants héritent de la nue-propriété d’une fraction du patrimoine. Pour limiter ces difficultés, des dispositions doivent être prises en amont. Celles-ci sont avant tout d’ordre juridique, telle la modification du régime matrimonial pour augmenter les droits du conjoint survivant ou la rédaction de mandats en vue de gérer le patrimoine successoral. À cela s’ajoutent l’assurance vie au bénéfice du conjoint et parfois un contrat obsèques.

Par ailleurs, observant la situation de leur entourage (dont parfois celle de leurs propres parents !), les retraités sont de plus en plus sensibles à la préparation d’un éventuel état de dépendance. La première disposition, à l’orée du second âge de la retraite, est le changement de résidence principale ou son adaptation. Le lieu d’habitation se veut alors plus fonctionnel et proche des commodités ainsi que de la famille. De plus, la souscription d’une assurance dépendance lors du premier âge de la retraite ou avant, permet de disposer de prestations, essentiellement financières, en cas de situation de dépendance ultérieure. Enfin, la rédaction d’un mandat de protection future permet de déléguer la gestion du patrimoine à des personnes de confiance lorsque l’état de dépendance est avéré.

L’aide financière à la famille et la préparation de la transmission du patrimoine

Niveaux de vie et de protection assurés, les retraités se soucient de la situation financière de leurs enfants et petits-enfants ainsi que de la transmission à terme de leur patrimoine.

Les générations suivant celle du baby-boom connaissent des fortunes diverses : précarité de l’emploi, chômage, divorce, prix élevés de l’immobilier… En conséquence, il n’est pas rare que les retraités aident financièrement leurs enfants, voire leurs petits-enfants majeurs. Plusieurs techniques patrimoniales sont utilisées : présents d’usage, prêts et donations. Par ailleurs, les clients patrimoniaux peuvent avoir à cœur d’anticiper un soutien futur à leurs petits-enfants mineurs en leur transmettant un capital avec impossibilité d’utilisation avant un certain âge.

Au-delà, le niveau potentiellement élevé des droits de succession, notamment pour la clientèle fortunée avec une taxation marginale pouvant atteindre 45 % en ligne directe, justifie la mise en place de schémas d’optimisation. Au cœur de ces dispositifs, on retrouve les donations et l’assurance vie, dont nous avons vu qu’elle est conservée jusqu’aux âges les plus avancés. La pression fiscale successorale peut alors être réduite de plus de 50 %. Pour ce faire, en l’état actuel de la législation, l’enveloppe de l’assurance vie doit être alimentée avant l’âge de 70 ans et les donations en nue-propriété réalisées avant 71 ans ou, plus efficacement encore, 61 ans. À nouveau, la dynamique temporelle des stratégies patrimoniales est soulignée.

Les retraités méritent un suivi particulier

La clientèle patrimoniale et fortunée, source de PNB et de faibles risques, est privilégiée par l’ensemble des établissements ; en témoigne la généralisation des banques privées. Parmi celle-ci, les retraités méritent un suivi particulier. Certes, il s’agit d’une clientèle plus fidèle que les générations suivantes. Pour autant, comme nous venons de le voir, les conglomérats financiers ont intérêt à adapter leur offre de placements, d’assurance et de services à leurs besoins spécifiques. En outre, face aux problématiques de protection et de transmission, les conseillers en gestion de patrimoine des banques doivent être capables de travailler en interprofessionnalité avec les notaires, les avocats et les experts-comptables. Pour la clientèle fortunée, les établissements financiers ont même tout intérêt à développer des structures de Family Office apportant des services complémentaires et intégrant les enfants et petits-enfants. Enfin, l’ingénierie financière doit être mobilisée. Face à la faiblesse actuelle du rendement des placements, notamment des fonds en euros et de l’immobilier, des innovations seraient les bienvenues. Nous pensons à la conception de produits susceptibles de générer des revenus garantis s’adaptant au cycle de vie des retraités, dont nous avons rappelé qu’ils n’étaient pas forcément linéaires. Quant aux contrats d’assurance dépendance, le chantier de leur amélioration ne fait que s’ouvrir.



1 Source : Insee 2 E. Crener, « Le niveau de vie des retraités : conséquences des réformes des retraites et influence des modes d’indexation », La documentation française, Retraite et société n° 56, 4-2008. 3 Bertrand Garbinti, Pierre Lamarche et Laurianne Salembier, « Héritages, donations et aides aux ascendants et descendants » ; Insee, Revenus et patrimoine des ménages, édition 2012.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº765bis
Notes :
1 Source : Insee
2 E. Crener, « Le niveau de vie des retraités : conséquences des réformes des retraites et influence des modes d’indexation », La documentation française, Retraite et société n° 56, 4-2008.
3 Bertrand Garbinti, Pierre Lamarche et Laurianne Salembier, « Héritages, donations et aides aux ascendants et descendants » ; Insee, Revenus et patrimoine des ménages, édition 2012.