Le régulateur des assurances, au travers des règles dites de solvabilité II, a rendu plus coûteuse en fonds propres la détention d’actions et, dans une moindre mesure, d'obligations à long terme. Le régulateur banques incite, via le ratio de solvabilité, à un accroissement des fonds propres et donc potentiellement, à des augmentations de capital ou à de la conservation de résultats qui ne viendront pas grossir le flux d’épargne à moyen terme. Le ratio de liquidité conduit à un allongement de la durée du passif des banques et donc à une transformation de l’épargne à court terme en épargne à moyen terme. Les mouvements de capitaux consécutifs à ces changements de réglementation sont considérables. Les compagnies d’assurance qui ont pu avoir jusqu’à 30 % de leur portefeuille en actions au début des années 2000, 23 % en 2006 et aujourd’hui moins de 5 %, n’ont plus désormais la même contribution au développement de l’épargne longue. Les 94 établissements qui dans le monde, ont un capital supérieur à 3 milliards vont devoir augmenter leurs fonds propres de 577 milliards.
Le risque d’en faire trop !
L’exigence de liquidité supplémentaire requise par le nouveau ratio à 1 an qui sera mis en œuvre en 2018 représente 25 % du PIB de l’Union européenne. Au total, l’épargne à moyen et long terme va être mobilisée pour assurer la stabilité du système financier. Et le mouvement est d’autant plus significatif que chaque régulateur fixe ses règles de son côté, qu’il n’y a pas de coordination globale ni, bien évidemment, de mesure d’impact de l’ensemble de ces dispositions. Le risque d’en faire trop existe, il n’est pas à ce jour mesuré, et l’on peut très bien se retrouver dans une situation où la contrainte financière est telle, et la sécurité financière fixée à un niveau tellement élevé, que la croissance économique en est ralentie.
Cette affectation par voie réglementaire de l’épargne risque en outre d’aller à l’encontre d’objectifs de plus longue période. Les besoins liés au vieillissement des populations, qu’il s’agisse de la retraite ou de la dépendance, ainsi que l’accroissement des besoins liés à la santé génèrent un passif de longue période, qui pour être financé doit être adossé à une épargne de longue période. Or celle-ci risque de n’être pas suffisante. Une grande partie de l’épargne mondiale vient aujourd’hui des pays émergents, et de la Chine en premier lieu. Ces pays verront vraisemblablement leur taux d’épargne diminuer au fur et à mesure de la croissance de leurs revenus, comme cela s’est historiquement produit dans la plupart des économies. Comme, dans le même temps, leurs besoins d’investissements resteront à un niveau élevé, il est à prévoir qu’ils seront progressivement moins exportateurs d’épargne que par le passé. Les pays développés vont donc devoir de plus en plus compter sur leur propre épargne pour satisfaire leurs besoins de financement. L’épargne, et surtout l’épargne à moyen et long terme, sera donc de plus en plus un produit recherché. Raison de plus pour éviter de l’affecter en excès au secteur financier.
Renforcer la surveillance plutôt que le capital
La tendance actuelle qui consiste à faire des exigences de fonds propres des banques une sorte de panacée propre à résoudre toutes les difficultés rencontrées doit donc être appréhendée avec circonspection. Il va nous falloir apprendre à économiser notre épargne. Et dans le système financier, à renforcer la surveillance plutôt que le capital.