Shorebank

Les leçons de la faillite

Créé le

10.02.2011

-

Mis à jour le

02.03.2011

Le point de vue de Kent Hudson, président de KHNET, société  franco-américaine de conseil aux institutions financières.

Les difficultés rencontrées par Shorebank tiennent principalement à des facteurs exogènes : l’éclatement de la bulle immobilière, la concurrence déloyale d’acteurs financiers non-régulés, la crise économique qui s’en est suivie. L'expérience de Shorebank est donc celle de centaines de banques de sa catégorie et de nombreux établissements plus importants, aux États-Unis et ailleurs. Elle montre que les actionnaires des banques de toute taille font opérer les institutions financières sans valorisation réelle des risques, sans mécanismes de couverture et de diversification effectives, et donc sans réserves adéquates.

Mais dans le cas de Shorebank, ​les facteurs exogènes ont été aggravés par des facteurs internes. En premier lieu, la concentration de l’activité de Shorebank sur une ligne de produits quasi unique : le financement de la réhabilitation des logements sociaux et de leur remise sur le marché locatif. Ces produits liés à sa mission sociale ont été très rentables pendant 35 ans, ce qui est sans doute apparu, pendant cette période, comme une confirmation de la stratégie de Shorebank. Ce choix ne s’est révélé dangereux que dans l’exceptionnelle double crise américaine : ​crise immobilière et éclatement de la fraude du système des subprimes.

En second lieu, Shorebank a conservé l’ensemble de ses crédits immobiliers dans son bilan. Or recourir, au moins partiellement, à des titrisations lui aurait sans doute permis de survivre à cette crise, comme elle avait pu survivre aux deux précédentes. Pour autant, ces difficultés ne prouvent pas que les marchés où intervenait la banque ne sont globalement pas porteurs.

Un dernier facteur a également joué dans la chute de la banque, d’ordre plus politique : la banque avait réussi à réunir 150 ​millions de dollars pour se recapitaliser, auprès d’autres établissements et de fondations (qui sont aujourd’hui les actionnaires [1] de la nouvelle structure UBP). Pourtant le Tresor américain n’a pas apporté, via le Troubled Asset Relief Program (TARP), ​les 75 millions de dollars nécessaires pour compléter ce tour de table. Pour certains, la raison en est simple : Shorebank ne faisait pas partie des banques systémiques relevant en priorité de l’aide du TARP. Pour d’autres, ce refus s’explique par le climat politique aux États-Unis, extrêmement tendu suite à la réaction violente d'une partie du leadership républicain lors des débats sur le passage de la Loi Dodd-Frank. Ainsi, certains estiment que les pouvoirs publics craignaient, en se portant au secours de la très médiatique Shorebank, de renforcer les critiques sur une utilisation inadéquate de l’argent public et un soutien abusif de l’établissement : son siège social était proche de la maison du président Barack Obama et Shorebank vantait sur son site les liens avec la présidence…

1 Goldman Sachs Group, Général Electric Co, JP Morgan Chase, Citigroup ainsi que différentes fondations.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº734
Notes :
1 Goldman Sachs Group, Général Electric Co, JP Morgan Chase, Citigroup ainsi que différentes fondations.