Les biais comportementaux des investisseurs ont un impact déterminant sur la manière dont ceux-ci utilisent les fonds de placement. L’une des informations les plus fréquemment regardées avant de choisir un fonds est sa performance passée, alors même que celle-ci n’a que très peu de pouvoir prédictif – voire aucun – sur les résultats futurs. Les investisseurs ont tendance à investir après les périodes où les actifs en question ont déjà bien performé, donc au pic du marché. Souvent, ils sont aussi encouragés en cela par des campagnes publicitaires agressives mettant en avant telle ou telle classe d’actif « en vogue ». À l’inverse, la plupart des investisseurs sont averses au risque et ont tendance à surréagir aux pertes de court terme, donc à vendre leurs fonds dans les périodes de panique boursière. Or, en vendant au plus bas du marché, ils se privent du rebond ultérieur, souvent très rapide, de ces titres.
Si les investisseurs plus sophistiqués sont généralement mieux armés pour tempérer ces biais comportementaux, il n’en reste pas moins que le timing des souscriptions-rachats peut avoir des conséquences néfastes pour les portefeuilles.
Un « manque à gagner » significatif
Ce phénomène est bien illustré par une mesure que l’on appelle la performance de l’investisseur ou « investor return ». Cette performance est calculée en prenant en compte les flux entrants et sortants sur le fonds considéré. Prenons l’exemple d’un fonds qui avait une valeur liquidative (VL) de 10 euros au 1er janvier 2016, qui monte progressivement jusqu’à 20 euros à la fin du 1er semestre, pour ensuite redescendre à 10 euros en fin d’année. La performance annuelle du fonds sera de 0 %. En revanche, en fonction du moment où vous avez acheté et/ou vendu vos parts, votre « performance investisseur » sera très différente de la performance affichée par le fonds. Dans le pire des cas, si vous avez acheté le fonds le 1er juillet 2016 pour le revendre le 31 décembre, vous avez réalisé une « performance investisseur » de -50 %.
Une étude publiée par Morningstar en octobre 2016 a mis en évidence l’écart entre les performances affichées par les fonds et la performance moyenne perçue par l’ensemble des investisseurs dans ces mêmes fonds : au cours des cinq dernières années, les investisseurs européens ont perdu en moyenne 34 points de base de performance par an, uniquement à cause du mauvais timing de leurs entrées et sorties de capitaux.
Cet écart varie considérablement selon les classes d’actifs. Il est d’autant plus large que la classe d’actifs considérée est volatile, donc susceptible d’alterner des périodes de forte hausse avec des dévissements spectaculaires. On constate ainsi que l’écart moyen est de 40 points de base sur les fonds actions, alors que sur les fonds obligataires, plus défensifs, les investisseurs ne ratent en moyenne que 20 points de base de performance.
Les dispersions sont également très importantes au sein de chaque classe d’actifs. Au sein des fonds actions, ce sont les fonds investis sur les marchés émergents et concentrés sur un seul pays ou région (fonds Russie, fonds Asie émergente, etc.) qui affichent l’écart le plus important entre la performance totale et la « performance investisseur » : 138 points de base par an. Ils sont suivis de près par les fonds sectoriels (tels que les fonds énergie ou matières premières), avec un écart de 105 points de base. On constate en effet que, si ces fonds ont bénéficié d’un effet de mode au cours de ces dernières années, ils restent très volatils et sont donc difficiles à utiliser pour les investisseurs.
Il est également instructif d’examiner cette mesure dans le contexte de l’essor des fonds passifs en Europe. On constate en effet que les investisseurs font globalement une meilleure utilisation des ETFs actions par rapport aux fonds activement gérés. La « performance investisseur » y est légèrement supérieure à la performance totale, signe que les investisseurs utilisent de plus en plus les ETFs en cœur de portefeuille, et sont moins tentés par le trading de court terme.
Garder un horizon d’investissement de long terme
Au-delà des biais comportementaux qui sont souvent procycliques, l’attitude des sociétés de gestion est importante pour améliorer l’expérience des investisseurs. Certaines d’entre elles encouragent des stratégies de court terme et font la promotion de gains rapides, qui encouragent l’investisseur à prendre de mauvaises décisions. Les sociétés de gestion qui, à l’inverse, développent leurs produits dans une logique de long terme et font attention aux risques qu’elles font courir à leurs clients s’inscrivent dans un cercle vertueux : les investisseurs prennent moins de décisions qui leur sont dommageables et ont donc beaucoup plus de chances de leur rester fidèles dans la durée.
Pour maximiser la performance qu’ils peuvent espérer de leur placement, les investisseurs ont tout intérêt à être vigilants sur leur construction de portefeuille. Pour ce qui est des classes d’actifs exotiques et très volatiles, il est préférable de leur réserver au mieux une petite proportion des actifs, afin de pouvoir y supporter des pertes de court terme sans compromettre l’ensemble du portefeuille. Plus généralement, les investisseurs ont tout intérêt à conserver leurs placements sur un cycle de marché complet, plutôt qu’à essayer d’identifier des points d’entrée et de sortie attrayants, un exercice notoirement difficile et le plus souvent dommageable.