Les biais comportementaux des investisseurs ont un impact déterminant sur la manière dont ceux-ci utilisent les fonds de placement. L’une des informations les plus fréquemment regardées avant de choisir un fonds, est sa performance passée, alors même que celle-ci n’a que très peu, voire aucun, pouvoir prédictif sur les résultats futurs. Les investisseurs ont tendance à investir après les périodes où les actifs en question ont déjà bien performé, donc au pic du marché. Souvent, ils sont aussi encouragés en cela par les arguments marketing des sociétés de gestion, mettant en avant telle ou telle classe d’actif « en vogue ».
À l’inverse, la plupart des investisseurs ont tendance à surréagir aux pertes de court terme, donc à vendre leurs fonds dans les périodes de chute boursière. Or, en vendant dans les creux de marché, ils se privent du rebond ultérieur, souvent très rapide, de ces titres.
Un « manque à gagner » significatif…
Ce phénomène est bien illustré par une mesure que l’on appelle la performance de l’investisseur ou « investor return ». Cette performance est calculée en prenant en compte les flux entrants et sortants sur le fonds considéré. Prenons l’exemple d’un fonds qui avait une valeur liquidative de 10 euros au 1er janvier 2018, qui monte progressivement jusqu’à 20 euros à la fin du 1er semestre, pour ensuite redescendre à 10 euros en fin d’année. La performance annuelle du fonds sera de 0 %. En revanche, en fonction du moment où vous avez acheté et/ou vendu vos parts, votre « performance investisseur » sera très différente de la performance affichée par le fonds. Dans le pire des cas, si vous avez acheté le fonds le 1er juillet 2018 pour le revendre le 31 décembre, vous avez réalisé une « performance investisseur » de -50 %.
Morningstar publie régulièrement des études mettant en évidence l’écart entre les performances affichées par les fonds et la performance moyenne perçue par l’ensemble des investisseurs dans ces mêmes fonds. La dernière étude en date, publiée en décembre 2019, montre que sur les périodes de 5 ans glissants allant de 2010 à 2018, les investisseurs européens ont perdu en moyenne 53 points de base de performance par an, uniquement à cause du mauvais « timing » de leurs entrées et sorties sur les fonds.
…variable selon les classes d’actifs
Cet écart varie selon les classes d’actifs. On constate ainsi que sur la période 2010 à 2018, la perte moyenne imputée au mauvais « timing » a été de 32 points de base sur les fonds actions et de 41 points de base sur les fonds obligataires.
Mais l’inverse est vrai pour les fonds d’allocation : en moyenne, les investisseurs ont engrangé une performance 32 points de base plus élevée (par an) que la performance calendaire affichée par les fonds. Ceci semble s’expliquer par la popularité croissante des fonds d’allocation, qui n’ont cessé de collecter des souscriptions au cours des 8 dernières années, sans crises de décollecte massive. Ces fonds qui investissent à la fois sur les actions et les obligations offrent généralement une bonne diversification et un profil de risque mesuré : ceci a aidé investisseurs à mieux contrôler leurs « mauvais instincts » et à rester investis tout au long de la période.
Plus surprenant, les fonds alternatifs affichent également un écart positif, de 8 points de base. Ce résultat est étonnant compte tenu de la volatilité élevée de ces produits et de leur complexité, qui les rendent difficiles à utiliser pour les investisseurs. Le résultat est donc à nuancer. D’une part, cette cohorte ne comporte qu’un petit nombre de fonds. Et d’autre part, les résultats des fonds alternatifs ont globalement été décevants en termes absolus (moins d’1 % par an sur les périodes considérées) et par rapport aux autres classes d’actifs. Il n’y a donc pas là de quoi se réjouir pour les investisseurs.
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Les dispersions sont également très importantes au sein de chaque classe d’actifs. Au sein des fonds actions, ce sont les fonds les plus volatils qui affichent l’écart le plus important entre la performance totale et la « performance investisseur ». Ceci inclut notamment les fonds investis sur les marchés émergents et concentrés sur un seul pays ou région (fonds Russie, fonds Asie émergente, etc.), ainsi que les fonds sectoriels (tels que les fonds énergie ou matières premières). On constate en effet que, si ces fonds ont bénéficié d’un effet de mode au cours de ces dernières années, ils sont susceptibles d’afficher des gains spectaculaires à court terme suivis de pertes tout aussi spectaculaires. Cela incite malheureusement les investisseurs à faire tourner leurs positions plus que de raison, et aggrave donc le manque à gagner sur le long terme.
Garder un horizon d’investissement de long terme
Au-delà des biais comportementaux qui sont souvent procycliques, l’attitude des sociétés de gestion est importante pour améliorer l’expérience des investisseurs. Certaines d’entre elles encouragent des stratégies de court terme et font la promotion de gains rapides, qui encouragent l’investisseur à prendre de mauvaises décisions. Les sociétés de gestion qui, à l’inverse, développent leurs produits dans une logique de long terme et font attention aux risques qu’elles font courir à leurs clients s’inscrivent dans un cercle vertueux : les investisseurs prennent moins de décisions qui leur sont dommageables et ont donc beaucoup plus de chances de leur rester fidèles dans la durée.
Quant aux investisseurs, on ne peut que les encourager à la prudence dans la construction de leurs portefeuilles. Pour ce qui est des classes d’actifs exotiques et très volatils, il est préférable de leur réserver au mieux une petite proportion des actifs, afin de pouvoir y supporter des pertes de court terme sans compromettre l’ensemble du portefeuille. Et plus généralement, les investisseurs ont tout intérêt à conserver leurs placements sur un cycle de marché complet, plutôt que d’essayer d’identifier des points d’entrée et de sortie attrayants, un exercice notoirement difficile et le plus souvent dommageable.