Considérant les matières premières comme un bon moyen de profiter de la croissance du monde émergent alors que la réglementation ou leurs règles internes leur rendent difficile l’accès aux marchés financiers de ces pays, les investisseurs institutionnels ont largement renforcé leur exposition aux commodities. Cependant, une gestion matières premières en direct implique le recours à des futures et la mise en place d’un programme de rolling des contrats futures lourd administrativement. Les ETF, mais également les Exchange Traded Certificates (ETC) et les Exchange Traded Commodities (ETC), par leur simplicité d’utilisation, ont largement contribué à l’augmentation sensible des expositions des investisseurs institutionnels sur les matières premières.
Une professionnalisation des directions des investissements
Historiquement, le placement des réserves des investisseurs institutionnels européens était effectué par le biais de fonds dédiés ou mandats diversifiés indexés sur un indice de référence mixte, par exemple 70 % en obligations européennes et 30 % en actions européennes. Cette délégation de la gestion des réserves (allocation, choix de titres, de secteurs, sensibilité, crédit) représentait un avantage indéniable pour des structures peu équipées en moyens de gestion internes. Ces gestions diversifiées ont cependant montré certaines limites à l’usage :
- difficulté pour l’investisseur de distinguer la plus-value des gérants ;
- allocation tactique peu active de la part des gérants ;
- difficulté de sélectionner des gestionnaires compétitifs dans tous les domaines.
Dans ce contexte, les investisseurs institutionnels européens ont été séduits par les ETF auxquels ils ont parfois recours pour piloter leur allocation tactique d’actifs en lieu et place de réallocations dans les fonds spécialisés par classe d’actifs de leur dispositif d’investissement, et ce pour plusieurs raisons :
- l’ETF est négociable en cours continu et à cours minimum ou maximum ;
- il représente un moyen efficace et rapide d’acheter (ou vendre) du pur beta ;
- l’entrée et la sortie dans ce produit sont impersonnelles ; il n’est pas nécessaire d’appeler son gérant pour lui annoncer une sortie de x % de l’actif qui lui était confié en raison d’une réallocation tactique en faveur d’une autre classe d’actifs que celle qu’il a à gérer. Il suffit de passer son ordre de vente.
Diversifier les allocations
Cette tendance à une plus grande spécialisation est également accompagnée d'une plus grande diversification des investissements sur des classes d’actifs périphériques, notamment les matières premières. Celles-ci sont en effet largement considérées comme un bon moyen de s’exposer à la croissance des pays émergents en évitant les problématiques réglementaires qui pourraient peser sur des expositions non-OCDE, les difficultés d’accès de certains marchés financiers émergents, ou la couverture de change.
Sur ces diversifications, les montants absolus concernés ne justifient plus, pour un investisseur institutionnel, la création de fonds dédiés ou de mandat pour optimiser les coûts. De plus, dans beaucoup de cas, ces expositions sont considérées comme tactiques et pouvant être amenées à évoluer rapidement. Leur simplicité d’achat et de vente, leur faible coût de gestion et les larges gammes disponibles ont naturellement attiré ces investisseurs vers les ETF.
Un processus autoréalisateur ?
Les investisseurs institutionnels, en se positionnant sur les matières premières de façon structurelle afin de protéger une partie de leurs réserves d’une inflation soudaine, ne participent-ils pas finalement à un processus autoréalisateur en soutenant leurs cours et indirectement un certain niveau d’inflation importée dans les pays dépendants ? En effet, les flux massifs de capitaux sur les matières premières enchérissent leurs prix, cette inflation se propageant ensuite aux biens fabriqués, donnant raison aux investisseurs couverts par leurs investissements en commodities.