C’est dans un contexte économique et social agité par les prévisions alarmistes du Conseil d’orientation des retraites et par les projets de réforme du système des retraites que le Groupe HSBC a publié fin février le premier volet de l’édition 2013 de son
Depuis 8 ans, cette étude est menée chaque année auprès de 15 000 personnes, actives ou retraitées, dans 15 pays : économies matures (Royaume-Uni, États-Unis, France, Canada, Australie) et émergentes (Chine, Inde, Hong Kong, Singapour, Brésil, Taïwan, Émirats Arabes Unis, Mexique, Malaisie, Égypte). L’enjeu de ce programme est de comprendre les répercussions de l’allongement de l’espérance de vie sur le comportement des individus face à la retraite et la façon dont ils s’y préparent.
Les aspirations des retraités…
Plusieurs décalages ont ainsi été mis en lumière. Le premier apparaît entre les aspirations formulées par les individus pour leur retraite, et la conscience des difficultés financières auxquelles ils seront confrontés.
La vision « fantasmée » de la retraite comme un âge d’or pour profiter de la vie est une tendance récurrente au fil des ans : un Français sur deux (54 %) souhaite voyager (voir Graphique 1), alors qu’ils ne sont que 40 % dans le monde, et 54 % souhaitent également passer du temps avec leurs proches (contre 58 % dans le monde).
D’une manière générale, les individus à travers le monde aspirent à une retraite active, avec plus d’un individu sur trois (35 %) qui souhaite continuer à travailler dans une certaine mesure. En 2006, deux tiers des Français déclaraient vouloir poursuivre une activité professionnelle avec flexibilité pendant leur retraite ; ils ne sont plus que 19 % en 2012. En outre, seulement 4 % des Français veulent profiter de leur retraite pour créer une entreprise, alors que c’est le souhait d’un quart des personnes dans le monde. En revanche, le bénévolat est une aspiration de plus en plus prégnante, pour près d’un Français sur trois. Cela confirme le fort engagement déjà identifié par l’étude de 2008, qui montrait que 35 % des sondés français (40-79 ans) étaient bénévoles (contre 34 % dans le monde).
…confrontées au risque de précarisation
S’ils ont de fortes attentes vis-à-vis de leur retraite, les individus sont pourtant inquiets quant à leur capacité à pouvoir réaliser leurs projets. Ils sont conscients des risques financiers encourus et expriment leur peur de la précarisation. Plus d'un individu sur deux dans le monde redoute de rencontrer des difficultés financières (57 %) et cette crainte prime même sur les problèmes de santé (54 %). Les Français redoutent aujourd’hui autant les difficultés financières que les problèmes de santé (62 %). Ils sont notamment très inquiets concernant la capacité à pouvoir subvenir à leurs besoins primaires, puisque près d’un Français sur deux (43 %) pense qu’en conséquence d’une mauvaise préparation, il aura des difficultés à se nourrir et à se chauffer, et un Français sur trois (31 %) estime que son état de santé en pâtira (voir Graphique 2).
Une dichotomie entre économies matures et émergentes
Il est intéressant d’observer qu’il existe aujourd’hui une dichotomie entre économies matures et économies émergentes. Les Européens craignent surtout d’avoir des difficultés à satisfaire leurs besoins primaires (55 %) : ils sont notamment 62 % au Royaume-Uni, contre seulement 15 % en Inde ! Les pays asiatiques redoutent avant tout de ne pas pouvoir réaliser leurs projets et vivre la vie active à laquelle ils aspirent (43 %).
Déjà marquées par des inégalités en termes de montant de pensions de retraite, les femmes sont d’autant plus fragiles face au risque de précarisation. Dans le monde, deux femmes sur trois craignent les difficultés financières, contre un homme sur deux. En Europe, une femme sur deux pense qu’elle aura des difficultés à assumer ses dépenses alimentaires et énergétiques (35% des hommes), et 42 % craignent pour leur état de santé (20 % des hommes).
Une préparation insuffisante à la retraite
Par ailleurs, l’étude montre un décalage entre le niveau de revenus projeté par les individus pour leur retraite et leur effort d’épargne réel. Les sondés souhaitent disposer de plus des trois quarts (78 %) de leur revenu actuel pour jouir d’une retraite confortable. Mais plus de la moitié des individus (56 %) s’attendent à voir ses revenus diminuer, dont 13 % pensent que leur revenu sera divisé par deux.
Les Français, s’ils témoignent d’une grande inquiétude quant à leur confort financier à la retraite, font par ailleurs preuve d’un certain optimisme – voire d’un certain irréalisme – quant à leurs espoirs en termes de revenus à la retraite. Ils estiment en effet que le revenu idéal devrait s’élever à 26 000 euros par foyer. Or, ce montant est nettement supérieur au revenu médian d’un ménage de retraités qui se situe autour de 18 370 euros, et même au revenu médian d’un ménage d’actifs de 20 080 euros en 2010. Pour obtenir ce revenu, il leur faudrait épargner 500 euros par mois à partir de 25 ans pour un départ à la retraite à 65 ans. Ce montant est totalement déconnecté de la réalité, puisque la moyenne d’épargne mensuelle individuelle est de 86 euros (110 euros pour les hommes et 63 euros pour les femmes) !
Paradoxalement, 70 % des Français estiment que leurs revenus à la retraite seront en réalité inférieurs à leurs revenus d’actifs (de 25 % à plus de 50 %), et près de la moitié des Français (46 %) estime que ses dépenses seront équivalentes, voire supérieures.
Pourtant, malgré cette conscience aiguë des risques encourus, les individus ne préparent pas correctement, ou suffisamment, leur retraite. En effet, plus d’un individu sur deux (56 %) dans le monde ne se prépare pas du tout, ou pas suffisamment, pour sa retraite. Et c’est plus d’un tiers des Français (36 % – voir Graphique 3) !
Les conséquences de la crise économique
Mais comment expliquer ce manque de préparation ?
Certains n’ont tout simplement pas les moyens d’épargner. Dans un contexte économique dégradé, le chômage, la crise économique ou une baisse des revenus ont conduit un Français sur cinq (et un quart des individus dans le monde) à se priver d’épargne retraite. Ainsi, 50 % des Français (contre 38 % dans le monde) préfèrent constituer une épargne de précaution pour parer à un coup dur. Des événements plus positifs de la vie ont également un impact sur l’épargne retraite : un quart des Français ont renoncé à épargner pour leur retraite parce qu’ils ont acheté leur maison ou parce qu’ils ont dû rembourser leur emprunt immobilier. C’est le cas de plus d’un tiers des personnes dans le monde. D’autres, moins prévoyants, ont tendance à faire un arbitrage en faveur d’objectifs d’épargne à court terme. En effet, près d’un individu sur deux choisirait d’épargner pour des vacances plutôt que pour sa retraite s’il devait, pendant une année, n’épargner que dans un seul de ces objectifs.
Quelles que soient les raisons qui conduisent les individus à cesser d’épargner pour leur retraite, en moyenne, ils ont dû arrêter d’épargner pendant 4 ans, ce qui implique une perte en épargne très importante : 12 000 euros pour un homme (9 600 euros en France) et 9 000 euros pour une femme (6 240 euros en France).
Enfin, ce faible taux d’épargne retraite peut aussi s’expliquer par l’âge moyen auquel les Français commencent à épargner dans cet objectif, qui est le plus tardif au monde puisqu’ils commencent à 30 ans, contre 26 ans dans le reste du monde. Ils épargnent également peu, avec un montant moyen mensuel de 86 euros, contre 214 euros dans le monde.
Globalement, les individus ont conscience que leur manque de préparation aura de graves conséquences, puisqu’ils estiment vivre 8 ans sans épargne retraite ! Les Français pensent vivre 19 ans à la retraite, mais pensent que leur épargne ne durera que 9 ans. C’est donc 10 années de vie qu’il restera à financer sans épargne, et ce au moment où les dépenses, notamment liées à la santé, risquent d’augmenter.
La confiance en l’État Providence
Enfin, il est intéressant de comprendre sur quelles sources de financement les individus comptent pour leur retraite, et notamment comment a évolué la confiance qu’ils placent en l’État. En France, il est frappant de constater un surprenant regain de croyance en l’État providence. En 2011, 22 % des Français estimaient que l’essentiel de leurs revenus de retraités proviendrait des différents dispositifs mis en place par l’État. Cette proportion est passée à 44 % en 2012, soit un retour au niveau de 2006. C’est le score le plus important dans le monde et la plus forte progression (contre 16 % dans le monde). Près d’un Français sur deux s’attend à ce que l’État soit sa principale source de revenus à la retraite, à hauteur de 57 % en moyenne.
Néanmoins, il est important de noter que la confiance en la capacité de l’État Providence à financer la retraite est fonction des générations, qui n’ont pas été soumises aux mêmes conditions économiques, ni aux mêmes discours sur l’avenir de la protection sociale. Seuls 30 % des 25-34 ans citent l’État comme l’une de leur source de revenus à la retraite, contre 56 % pour les 55-64 ans, et 86 % des 65 ans et plus. Par ailleurs, quand on les interroge plus largement sur les sources de financement anticipées pour leur retraite, les plus jeunes ont conscience que ces sources seront diversifiées. Pour financer leur retraite, les 25-34 ans font surtout confiance à leur épargne court terme (38 %).
À l’image de la France, on observe que les pays où la confiance dans le soutien de l’État est très élevée sont paradoxalement ceux dont le modèle de financement de régime des retraites pose problème. Par exemple, malgré la menace que fait peser le vieillissement la population sur le système des retraites – les plus de 65 ans pourraient représenter 25 % de la population totale –, les Chinois sont encore 40 % à compter sur l’État.
La nécessité d’une planification financière
Malgré certaines réalités inquiétantes révélées par l’étude, il est important de souligner que la nécessité de planifier sa situation financière et de fixer des objectifs est largement admise puisque 77 % des individus ont mis en place un plan financier. La planification informelle est deux fois plus répandue que la planification formelle. Lorsque l’on demande de quelle manière les individus ont planifié leur retraite, la réponse « selon mes propres réflexions » a été citée par 40 % et « selon mes propres calculs » par 36 %.
L’âge maximum auquel les individus estiment qu’ils peuvent commencer à planifier pour la retraite tout en conservant un niveau de vie décent en fin de vie est, en moyenne, 34 ans. Parmi ceux qui épargnent déjà, le fait de mettre en place un plan financier a pour conséquence directe d’encourager près de la moitié d’entre eux (44 %) à augmenter le montant mensuel de leur épargne retraite. En outre, les bénéfices de leur planification augmentent si celle-ci est faite avec l’aide de professionnels : 55 % d’épargne retraite supplémentaire et 59 % si en plus la prise de conseil est accompagnée par la rédaction d’un plan financier !
Les acteurs financiers doivent donc intégrer cette donne et en tirer le meilleur parti, en proposant notamment des solutions autonomes alternatives (simulateurs en ligne et « to do list » d’objectifs financiers) afin d’aider leurs clients à réaliser leurs « propres calculs » d’une manière plus éclairée et réaliste.