Gestion d'actifs

Les frais de gestion ont baissé en Europe : une bonne nouvelle pour l’investisseur

Créé le

10.12.2020

Les investisseurs européens n’ont jamais payé des frais aussi bas pour accéder à la gestion collective. L’intensification de la concurrence dans l’industrie de la gestion, le développement des fonds indiciels à bas coûts, l’évolution du modèle économique des conseillers financiers, et la prise de conscience des investisseurs sont autant de facteurs qui tirent les frais de gestion vers le bas.

Les investisseurs en Europe paient des frais de gestion sur leurs fonds d’investissement de moins en moins élevés, une excellente nouvelle pour la santé de leur portefeuille. Notre recherche montre de façon systématique que les frais de gestion sont l’un des critères prédictifs les plus fiables de la performance future d’un fonds. Les fonds les moins chers ont également plus de chances de survivre sur le long terme.

Les investisseurs paient moins cher, toutes classes d’actifs confondues

Notre étude [1] se base, sur la période 2013-2020, pour les fonds distribués en Europe dans dix catégories Morningstar Actions et deux catégories Morningstar Obligations qu’un investisseur type pourrait détenir dans un portefeuille diversifié. Ces catégories regroupent fonds actifs et fonds indiciels. L’analyse s’appuie sur les frais courants indiqués par les sociétés de gestion dans le document clé pour l’investisseur (DICI) des fonds et collectés par Morningstar. Nous avons calculé d’un côté les frais moyens pondérés par les actifs des fonds, qui mesurent le prix moyen payé par les investisseurs, et de l’autre les frais moyens équipondérés, qui donnent une idée des frais pratiqués par les sociétés de gestion sur leurs fonds, indépendamment de leur taille (v. Graphique 1).

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Les frais de gestion payés par les investisseurs s’établissent en moyenne à 0,69 % à fin octobre 2020, ce qui représente une baisse de 31 % par rapport à 2013. Les frais ont diminué de façon régulière, chaque année. Rien que depuis fin 2019, la facture a baissé en moyenne de 3 %. Le déclin est plus prononcé au sein de la gestion passive, où les flux de souscriptions se font en majorité sur les fonds et ETFs les moins chers, et où la guerre des prix est également plus intense. En moyenne, l’investisseur paie des frais annuels de 0,19 % pour la gestion passive à fin 2020, comparé à 0,35 % en 2013, soit une baisse de 44 %. C’est 1,12 % et 1,32 % respectivement pour la gestion active. Il est intéressant de noter que la baisse s’est opérée sur toutes les classes d’actifs mais avec quelques nuances. Ainsi la diminution des frais a été plus marquée pour les fonds actions jusqu’en 2017, puis ce sont les coûts de la gestion obligataire qui ont baissé plus sensiblement. La concurrence sur la gestion obligataire passive s’est en effet intensifiée ces dernières années. De nombreux fournisseurs d’ETFs ont tiré les prix vers le bas pour attaquer la position dominante de iShares dans l’univers obligataire, lequel a répondu par des baisses tarifaires. Vanguard, un autre géant de la gestion indicielle, s’est aussi montré plus agressif. Par exemple, son ETF qui réplique la performance du marché des obligations d’État en euros a vu ses frais passer de 0,25 % à 0,12 % en 2019, sur sa part grand public.

Vanguard n’est pas un cas isolé. La guerre des prix est particulièrement visible dans la gestion indicielle. Entre 2013 et 2020, les sociétés de gestion ont en moyenne baissé les frais de leur gamme passive de 30 %. Pour la gestion active, la baisse est de 19 % sur la même période. Tous types de gestion confondus, les frais moyens équipondérés des fonds sont passés de 1,39 % en 2013 à 1,17 % en 2020.

Les investisseurs prennent conscience de l’importance des frais

Les investisseurs font des choix de plus en plus éclairés en matière d’investissement en privilégiant les fonds et les parts les moins chères. Ils sont aussi aidés par des conseillers financiers sensibilisés à la question des frais et dont le revenu, dans certains pays d’Europe, n’est plus lié aux rétrocessions qui alourdissent considérablement la facture pour l’investisseur final. Depuis 2013, les statistiques de collecte dans les catégories que nous avons analysées montrent que les investisseurs ont privilégié massivement les options les moins chères. Au sein de chaque catégorie, les fonds parmi les 25 % les moins chers ont engrangé une collecte nette chaque année, alors qu’à l’inverse les 75 % les plus chers ont décollecté (V. Graphique 2).

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Encore du chemin à parcourir

La baisse des frais payés par les investisseurs en Europe est une bonne nouvelle. De ce fait, ils augmentent mécaniquement leur chance de surperformance sur le long terme. Cependant, l’industrie de la gestion d’actifs reste encore très fragmentée en Europe, avec une offre pléthorique de petits fonds, dont le modèle économique n’est viable qu’à l’aide de frais de gestion élevés. De ce point de vue là, la consolidation du secteur de la gestion d’actifs pourrait encore améliorer la situation pour les investisseurs si les économies d’échelle sont partagées. Les investisseurs européens paient en effet toujours des frais plus élevés que ceux pratiqués outre-Atlantique. Aux États-Unis, les investisseurs paient en moyenne 0,45 % de frais annuels (à fin 2019) toutes classes d’actifs et type de gestion confondues. Les investisseurs américains paient en moyenne 0,13 % par an pour accéder à la gestion indicielle contre 0,19 % en Europe, mais c’est surtout pour la gestion active qu’ils s’en sortent mieux avec des frais à 0,66 %, soit presque deux fois moins qu’en Europe (1,12 %).

 

1 Pour l’étude complète, voir European Fee Study, Dimitar Boyadzhiev et Jose Garcia-Zarate, Morningstar, décembre 2020.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº851
Notes :
1 Pour l’étude complète, voir European Fee Study, Dimitar Boyadzhiev et Jose Garcia-Zarate, Morningstar, décembre 2020.