La gestion passive connaît un véritable essor en
Un choix grandissant à la disposition des investisseurs
Le nombre de fonds à béta stratégique a considérablement augmenté ces dix dernières années en Europe. À fin juin 2018, on comptait 456 fonds et ETF utilisant un ou plusieurs facteurs pour construire leur portefeuille. Plus de la moitié de ces fonds ont été lancés au cours des cinq dernières années. Ils représentaient 70 milliards d’euros d’encours en Europe à fin juin 2018 contre deux milliards il y a dix ans.
Faire le tri
Les travaux de recherche provenant du monde académique ou d’acteurs de l’industrie financière ont essayé de mettre en avant plus d’une centaine de facteurs individuels qui joueraient un rôle dans la surperformance de certains actifs financiers. En réalité, seuls cinq facteurs – taille de capitalisation, momentum, qualité, faible volatilité et valorisation – peuvent à ce jour se targuer d’une légitimité testée et validée par des chercheurs et les investisseurs sur différentes classes d’actifs et sur différentes zones géographiques. Le Graphique 2 montre la performance de ces cinq facteurs tels que représentés par les déclinaisons de l’indice MSCI World sur les 15 dernières années. Sur cette période, tous sauf un – le facteur « value » – ont surperformé la version capi-pondérée de l’indice et affichent également une meilleure performance ajustée du risque telle que mesurée par le ratio de
La performance de long terme de ces facteurs masque néanmoins leur caractère cyclique : ils connaissent tous des phases plus ou moins favorables. Par exemple, le facteur « value » est dans une phase de sous-performance depuis une dizaine d’années, à l'exception de quelques rebonds sporadiques.
Des produits qui restent difficiles à utiliser… et relativement chers
Comme les fonds actifs, les produits à béta stratégique auront donc tendance à surperformer ou sous-performer le reste du marché de façon régulière. Par exemple, le facteur « faible volatilité » a sous-performé massivement l’indice traditionnel entre 2012 et 2013 puis à nouveau en 2016 et 2017. En 2009, l’indice « momentum » a sous-performé de 15 %. En moyenne, plus un facteur va s’écarter de la performance du marché tel que représenté par l’indice traditionnel, plus l’expérience de l’investisseur va être difficile. La tentation est alors grande d’essayer de rentrer et de sortir au bon moment, en fonction de la performance des différents facteurs. Mais une telle allocation tactique risque de se révéler désastreuse étant donné la grande difficulté de prédire le cycle de performance de tel ou tel facteur. Seuls les investisseurs capables de rester investi dans ces produits sur le long terme et quel que soit l’environnement de marché peuvent espérer en bénéficier.
Les frais de gestion sont par ailleurs à scruter avec attention. La plupart des ETF à béta stratégique sont plus chers que les ETF et fonds indiciels classiques même si leur tarif reste compétitif par rapport à la gestion active classique. En fonction des classes d’actifs, on constate en moyenne des écarts de frais entre 5 et 10 points de base entre les ETF traditionnels et les ETF à béta
On ne peut que recommander aux investisseurs d’utiliser les fonds à béta stratégique avec prudence. Même si leur stratégie d’investissement semble crédible, tout du moins pour ceux qui répliquent des facteurs éprouvés, la plupart d’entre eux ont des historiques de performance encore relativement courts. À l’instar des fonds gérés activement, il y a de grandes chances que ces ETF traversent à un moment donné des périodes de sous-performance. La capacité des investisseurs à tirer profit de ces produits est fortement liée à leur aptitude à les détenir sur le long terme, dans les bonnes périodes comme dans les mauvaises.