Financement

Les FinTechs continuent de séduire les investisseurs

Créé le

12.06.2019

-

Mis à jour le

17.06.2019

Les levées de fonds captées par les FinTechs atteignent des montants qui continuent de croître. Deux activités séduisent plus que les autres : les paiements et les services de financement.

Le rythme de croissance de la FinTech s’est accéléré au cours de l’année 2018 en France comme dans le reste du monde et l’année 2019 vient confirmer et accentuer cette tendance avec d’importantes opérations. L’attrait des investisseurs pour ce secteur se confirme ainsi très nettement, dans un contexte international toujours très porteur en termes de levées de fonds (notamment en Asie avec Ant Financial pour 14 milliards de dollars en 2018) et de consolidation d’acteurs principalement dans le paiement avec l’acquisition de Worldpay par FIS en 2019 pour 43 milliards de dollars.

Notre étude KPMG « Pulse of Fintech France », qui revient chaque semestre sur les résultats et les tendances marquantes de la FinTech en France, porte une attention particulière sur les principales levées de fonds, sur les métiers les plus porteurs, et sur l’attractivité du secteur pour les investisseurs et les corporates : banques, assurances et Asset Management.

Des tendances à la hausse

Si l’année 2018 s’était achevée en confirmant la progression observée en France dans les levées de fonds FinTech pour atteindre 370 millions d’euros levés à travers 74 opérations sur l’année, les premiers mois de 2019 laissent présager une année encore meilleure avec déjà, parmi la trentaine d’opérations recensées, 4 levées de fonds avec des montants supérieurs à 30 millions d’euros. Mécaniquement, le ticket moyen s’en fera ressentir avec ce qui devrait ressembler à un quasi-doublement par rapport à l’année 2018. Cela témoigne à la fois du dynamisme et de la maturité de la FinTech en France, résultant à la fois de projets plus matures et d’une quantité importante de nouveaux projets innovants.

Les principales opérations

Les 5 principales opérations de l’année avaient capté en 2018 un peu plus de 40 % des fonds levés en France : Ledger, spécialisé dans la sécurisation des cryptoactifs, se démarquait avec une levée de 61 millions d’euros en série B. Trois autres opérations présentaient des tickets d’investissement importants pour des séries B ou C :

  • le spécialiste du financement alternatif October, avec 32 millions d’euros de fonds levés en série C;
  • Qonto, avec son offre de néo-banque pour les professionnels, avec 20 millions d’euros en série B;
  • IbanFirst, avec 15 millions d’euros en série B pour sa solution de paiement en devises.
Alan dans l’AssurTech venait compléter ce top 5, avec 23 millions d’euros de fonds levés en série A.

L’année 2019 s’annonce prometteuse avec d’ores et déjà une trentaine d’opérations dont 5 affichent un montant levé en cumul de 215 millions d’euros :

  • Wynd se distingue avec une levée de 72 millions d’euros en série C afin de se développer davantage à l’international
  • la seconde levée en série C à hauteur de 53 millions d’euros est à mettre à l’actif de Shift Technology
  • les trois autres opérations, toutes en série B, concernent Alan pour 40 millions d’euros (Assurtech), LunchR pour 30 millions d’euros (paiements) et Bankin pour 20 millions d’euros (services bancaires 2.0, agrégation de comptes bancaires).
Ces sociétés rejoignent le podium des FinTechs les plus capitalisées en France, aux côtés de:

  • Younited Crédit (financement alternatif de crédits à la consommation), avec 113 millions d’euros de fonds levés
  • Tinubu Square (solutions de gestion du risque de crédit commercial pour les banques et les assurances), avec 73 millions € de fonds levés
  • Ledger (solutions de sécurisation cryptoactifs), avec 69 millions d’euros de fonds levés.

Les principaux métiers de la FinTech aujourd’hui en France

La France ne fait pas exception, à l’instar de ce qui est observé au plan international, ce sont les métiers historiques du paiement et du financement qui ont capté la majeure partie des financements au cours de ces 8 dernières années : ces deux métiers ont capté en cumulé 43 % des financements (respectivement 32 % et 21 %) et ont représenté sur la dernière année 35 % des fonds levés (respectivement 23 % et 12 %).

Le secteur des néo-banques vient après et poursuit sa progression avec de nouveaux acteurs arrivant sur le marché. Enfin, les investisseurs privés s’orientent à présent vers des sources d’innovation plus récentes et les métiers associés émergents, tels que la Blockchain avec le développement de Ledger, l'Assurtech avec Alan et Shift Technology ou encore la RegTech avec Payfit et Universign.

Evolution du financement

Nous recensons depuis plusieurs années les levées de fonds réalisées par les acteurs utilisant les nouvelles technologies pour offrir des services financiers innovants, les FinTechs. Ainsi à compter de l’année 2015, la FinTech a dépassé en France les 100 millions d’euros de fonds levés, pour approcher 200 millions en 2016, dépasser 300 millions d’euros en 2017 et s’établir à 370 millions d’euros en 2018.

En cumul à fin 2018 depuis 2010, la FinTech en France aura levé 1,2 milliard d’euros auprès de fonds d’investissement, de corporates (banques, assurances, Asset Management) et de Business Angels, les deux premières catégories apportant la part la plus importante des financements.

La tendance est comparable dans le reste du monde avec une hausse significative des fonds levés, même si la consolidation dans certains secteurs de la FinTech, associée à la valorisation croissante des actifs financiers dans le monde, a contribué à une stabilisation du nombre d’opérations entre 2017 et 2018.

Les investissements réalisés proviennent principalement des fonds de capital-risque (VC) dont l’objectif est de prendre des participations dans des sociétés en cours de développement. Les autres fonds de capital-investissement (PE) se montrent légèrement en retrait, se concentrant davantage sur des sociétés dont les activités sont plus matures. Le rythme d’investissement s’accélère tout de même et nous observons que les fonds s’exposent de plus en plus tôt pour prendre des participations minoritaires.

Le cycle des fusions-acquisitions dans la FinTech a terminé en force le dernier trimestre 2018, malgré une baisse des volumes. La FinTech est caractérisée par des méga-transactions en raison de la consolidation et également du nombre croissant de géants qui mise sur la dimension de taille critique par l’acquisition de FinTechs pour se développer. Le début d’année 2019 confirme cette tendance avec notamment l’acquisition de Worldpay par FIS pour 43 milliards $ aux États-Unis.

Les institutions financières participent elles aussi activement à la croissance de la FinTech, en investissant de façon minoritaire ou majoritaire dans de nombreux projets, en direct ou à travers leurs fonds dédiés à l’innovation. En complément, les dispositifs de collaboration et de partenariats se démultiplient, visant à tirer le meilleur parti des domaines d’excellence des différents acteurs de l’écosystème. Enfin, les investisseurs industriels et commerciaux s’intéressent désormais à ce secteur en raison des propriétés uniques et des opportunités commerciales offertes par les FinTechs.

L’ensemble de ces investissements ne sont pas systématiquement motivés par la rentabilité immédiate lorsqu’il s’agit d’actionnaires corporate. Les prises de participation s’inscrivent pour ces cas dans des logiques d’accélération de l’innovation, pour répondre aux besoins de transformation des modèles opérationnels et organisationnels, ou de développement de nouvelles offres. La rapidité du retour sur investissement est naturellement plus déterminante lorsque la prise de participation est réalisée par un fonds d’investissement. Les critères qui sont pris en compte dans la décision d’investissement tiennent dans ce cas à :

  • la taille du marché visé ;
  • la proposition de valeur (souvent fondée sur la connaissance et l’exploitation des données clients) ;
  • la scalabilité et au potentiel d’accélération ;
  • la qualité du management.
En complément, les projets dits « first mover » [1] sur un segment bénéficient généralement dans l’analyse d’une prime d’entrant leader sur un marché.

Les prédictions pour 2019

Les perspectives pour 2019 que nous avons publiées sont prometteuses pour l’ensemble des métiers de la FinTech, dans un contexte où les sociétés sont à la recherche de capitaux supplémentaires afin d’accélérer leur croissance et leur internationalisation, de lancer de nouvelles offres et de mener à bien la consolidation des secteurs plus matures. Ainsi, nos principales prédictions pour 2019 se traduisent de la façon suivante :

  1. Consolidation : nous assisterons à une intensification des processus de consolidation dans les secteurs matures de la FinTech, tels que les paiements et le financement – ainsi que dans des domaines émergents comme la Blockchain – les FinTechs devant désormais changer d’échelle et s’internationaliser. L’objectif de ces regroupements est de permettre aux FinTechs d’accroître leur taille et d’encourager leur développement international.
  2. Deals plus importants : la taille des transactions devrait continuer à progresser, les investisseurs cherchant à réduire le risque lié à leurs prises de participation et se focalisant sur les FinTechs dont le stade de développement est plus avancé.
  3. Essor mondial : les néo-banques continueront de diversifier leurs offres de services et de se développer à l’international.
  4. Open banking : les réglementations relatives à l’open banking en Europe et partout dans le monde continuent d’être une opportunité pour les géants de la technologie et pour les FinTech, tout en jouant leur rôle de contrôle dans l’offre de services financiers.
  5. Blockchain : nous observons une augmentation considérable des investissements dans les FinTechs dédiées à la construction de produits et solutions fondés sur la technologie Blockchain.
  6. Accélération dans l’AssurTech : l’Asie connaîtra une croissance substantielle des investissements dans l’Assurtech, venant en partie d’assureurs traditionnels basés aux États-Unis et en Europe pour développer en Asie des solutions alternatives d’assurance.
  7. Croissance des RegTechs : les investissements dans les Regtechs vont fortement s’accélérer en 2019 en raison des évolutions réglementaires qui induisent une hausse des coûts de conformité pour les institutions financières.
  8. Institutions financières : l’investissement des établissements traditionnels/corporate demeurera élevé en raison du développement de partenariats liés à l’open banking et à la poursuite des stratégies M&A de ces institutions.
  9. Collaborations en Asie : les collaborations entre les FinTechs et les banques en Asie devraient continuer à se développer, en particulier dans les domaines du KYC, de la Lutte antiblanchiment et la gestion de l'identité numérique, notamment la reconnaissance faciale et vocale.
  10. Digital banking : les acteurs bancaires traditionnels poursuivront la digitalisation de leurs services, en soutenant l’essor de néo-banques/banques en ligne autonomes et agiles, pouvant fonctionner de manière autonome et de façon indépendante des systèmes existants.
 

1 « First mover » : définit une société qui est la première à disrupter ou à pénétrer un nouveau marché.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº381
Notes :
1 « First mover » : définit une société qui est la première à disrupter ou à pénétrer un nouveau marché.