Environnement, business model, coverage

Les family offices et les banques

Créé le

12.12.2016

-

Mis à jour le

22.12.2016

Les relations entre family offices et les banques d’investissement ont été peu analysées, alors que les family offices sont devenus des acteurs financiers importants et de plus en plus recherchés. C’est l’objet de cet article, qui s’intéresse plus particulièrement aux family offices français.

Un family office (Single family office) a pour vocation de structurer, préserver et favoriser le développement d’un patrimoine familial en assurant sa transmission, dans le respect de l’intérêt de chacun des membres de la famille.

Les family offices sont apparus d’abord aux États-Unis, au XIXe siècle, comme forme d’organisation de grandes fortunes familiales comme les Rockefeller ; ils se sont depuis fortement développés. On en compte aujourd’hui 3 000 à 3 500 aux États-Unis [1] , 400 en Europe, une cinquantaine en France. Ils supposent, pour pouvoir justifier l’existence d’une structure et d’une équipe dédiée, un minimum d’actifs sous gestion de 25 à 50 millions d’euros.

Les family offices sont des investisseurs recherchés car ils ont une perspective de long terme dans un monde de plus en plus court-termiste. Tout en étant professionnels, ils ont aussi des circuits de décision courts et souvent rapides. Ils apportent également leur notoriété à un tour de table et peuvent contribuer à attirer d’autres investisseurs ou séduire un vendeur.

En France, il existe une association professionnelle des family offices, l’AFFO (Association française du family office) créée en 2001.

Les family offices, même s’ils ont leurs équipes propres, travaillent en liaison avec un certain nombre de spécialistes externes qui forment un écosystème : notaires, avocats, fiscalistes, gestionnaires d’actifs, banques privées et banques d’affaires. C’est l’interaction avec les banques d’affaires (BFI) qui fera l’objet de cet article.

Les family offices français reflètent les caractéristiques propres de la richesse familiale nationale.

Les fortunes familiales en France

La comparaison au niveau international de l’origine des richesses familiales met en évidence qu’il existe en France (voir Schéma 1) :

  • moins de milliardaires qu’en Allemagne ou au Royaume-Uni (voir Schéma 2) ;
  • une proportion significative d’anciennes familles (« héritières »), comme dans le cas de L’Oréal, Hermès ou Chanel (voir Schéma 3) : 30 % vs 13 % au Royaume-Uni et 23,5 % en Allemagne ;
  • une proportion significative d’héritiers développeurs (Bolloré, LVMH, Kering, Dassault, Bouygues, Auchan…) : 30 % vs 43,5 % en Allemagne et seulement 7 % au Royaume-Uni ;
  • enfin, une proportion encore plus importante (40 %) d’« entrepreneurs » : moins qu’au Royaume-Uni ou aux États-Unis, mais plus qu’en Allemagne. On trouve en particulier dans cette catégorie les nouvelles fortunes issues des secteurs Tech (Drahi/Altice, Niel/Iliad…)

Family office/holdings : une catégorisation

Il n’existe pas beaucoup de grands family offices en France (une trentaine). Seuls quelques-uns sont vraiment actifs, deux sont cotés (FFP et Wendel). La plupart de leurs actifs sont des participations dans des entreprises, des groupes familiaux, d’autres entreprises souvent dans une optique de private equity et un souci de diversification, et un nombre réduit en immobilier ou autres classes d’actifs.

Les family offices ont des contraintes financières liées à leur structure financière : ils sont souvent tenus, en particulier, de payer un dividende stable aux membres de la famille (des centaines de membres dans le cas de Wendel ou Michelin…). Il existe trois types de family offices en France (voir Schéma 4) :

  • le holding qui contrôle le groupe familial et qui se concentre sur le groupe familial ;
  • le holding de diversification : les principaux actifs sont mis en place par le groupe familial mais un accent est mis sur la diversification de la richesse ;
  • le holding qui réinvestit les profits obtenus par la vente des actifs familiaux.
Ces familles sont, en général, basées en France. Certaines d’entre elles sont basées en Suisse (Patrick Drahi, Louis Dreyfus). Elles disposent souvent d’un holding intermédiaire aux Pays-Bas (BV). Quelques autres family offices, plus petits, ont un holding familial au Luxembourg.

Les besoins bancaires des family offices français et holdings

Les besoins bancaires des family offices sont généralement un mix des produits de la banque privée et de la banque d’affaires.

La plupart des actifs appartenant aux family offices sont des actifs familiaux et des investissements private equity, dans différentes géographies, pas seulement en France.

Les family offices français sont généralement peu orientés vers l’immobilier, à certaines exceptions notables comme la Financière Dassault. Ils ne sont pas particulièrement portés sur la gestion d’autres classes d'actifs financiers (dettes, devises…), comme le sont certains grands family offices en Suisse ou au Royaume-Uni.

Les besoins bancaires des family offices français peuvent faire l’objet de la recension suivante :

  • M&A (investissements/désinvestissements dans des entreprises publiques ou, plus généralement, privées) ;
  • investissements en private equity et co-investissements avec des sponsors financiers ;
  • couverture/monétisation de participations via des solutions d’equity derivatives ;
  • financement (structuré ou non garanti) ;
  • gestion d’actifs sur mesure confiée à des Asset Managers spécialisés (par exemple, Tikehau dans le domaine de la dette).

L’environnement bancaire

Le wallet, c’est-à-dire le potentiel des revenus pour les banques générés par les family offices, n’est pas très important, comparé à celui d’autres clients des banques. Cependant, cette relation revêt un intérêt stratégique pour les banques françaises, dont le groupe familial est le client entreprise, et pour les banques privées françaises ou internationales qui ont une relation de gestion patrimoniale avec les membres de la famille.

Plus précisément, les différents acteurs bancaires sont les suivants :

  • M&A : Goldman Sachs, Morgan Stanley, JP Morgan, les boutiques M&A comme Lazard, Rothschild, mais aussi Zaoui, Bucephale, etc. ;
  • couverture/monétisation (une activité plus exceptionnelle) : Société Générale, BNP Paribas, Goldman Sachs, Morgan Stanley ;
  • financement : exclusivement les banques françaises qui offrent des prix très compétitifs et des conditions que les banques internationales ne pourraient pas proposer puisque, en particulier, elles n'ont pas la même compréhension du risque et le même rationnel stratégique ;
  • banque privée : les banques privées françaises et quelques banques internationales comme HSBC, JP Morgan, Goldman Sachs, etc.

Le suivi bancaire/coverage

Au sein d’une banque, les family offices sont généralement couverts par le Senior Banker ou le chargé d’affaires en charge du groupe familial sous-jacent et/ou par les équipes M&A.

La relation personnelle est un facteur clé. Il existe quelques banques qui ont une couverture spéciale dédiée aux family offices et holdings familiaux. C’est par exemple le cas, en France, de la Société Générale, qui a établi un coverage spécialisé depuis longtemps, à l’instar de ce qui existait chez UBS, qui s’est longtemps matérialisé sous la forme d’une Joint Venture (JV) entre la banque d’investissement (CIB) et la banque privée [2] . Ce coverage dédié aux family offices est ainsi constitué de « private investment bankers » basés en Suisse, en Italie, au Royaume-Uni, en Allemagne et en France, et s’appuie sur les capacités de la Société Générale dans les dérivés actions pour la couverture et/ou la monétisation des participations pour les produits d’investissement (les produits Lyxor en particulier). De la même façon, UniCredit a mis en place le même type de coverage spécialisé dans le cadre de sa BFI.

Conclusion

À ce stade, il serait exagéré de considérer le marché des family offices en France comme un nouvel « eldorado ». C’est un marché qui reste limité dans l’Hexagone (nombre d’acteurs limité, wallet limité pour les banques, la plupart des actifs étant constitués par le groupe familial sous-jacent). Ce marché est très compétitif et difficile, avec un rationnel stratégique pour les banques (liées au groupe familial sous-jacent ou parce qu’elles détiennent les comptes bancaires privés de la famille). En ce qui concerne le financement, ces holdings bénéficient, pour différentes raisons, de conditions très favorables de la part des banques françaises, qui ne peuvent être proposées par les banques étrangères (en l’absence du même rationnel stratégique et – plus important – de la même compréhension du risque de crédit).

Il n’en demeure pas moins que ce marché des family offices est devenu de plus en plus convoité, en raison de leur qualité d’investisseurs à long terme, très recherchée ces derniers temps.

 

1 Renzo Evangelista , Le Family Office, Gualino Éditeur, 2010.
2 Depuis peu ce coverage spécialisé n’est plus une JV mais a été placé totalement sous le compte de la Banque d’Investissement.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº803
Notes :
1 Renzo Evangelista, Le Family Office, Gualino Éditeur, 2010.
2 Depuis peu ce coverage spécialisé n’est plus une JV mais a été placé totalement sous le compte de la Banque d’Investissement.