Ville intelligente

Les enjeux de l'open payment

Créé le

26.04.2019

-

Mis à jour le

05.07.2019

L'open payment se positionne comme un dispositif qui organise la convergence entre billettique et monétique, dans lequel le moyen de paiement remplace le titre de transport. Ces projets, bien que complexes à mettre en œuvre en donnant un rôle majeur aux schémas de carte, commencent à se déployer dans de nombreuses villes.

 

Avant tout, évitons la confusion : l’open payment n’a rien à voir avec l’open banking ou d’autres idées d’ouverture. Il s’agit d’un paradigme de paiement sans contact adapté aux transports urbains et basé sur la carte bancaire sans contact. On devrait plutôt entendre que c’est « ouvert » à ceux n’ayant pas de titre de transport. Aussi, retenons plutôt que l’open payment vise la convergence entre billettique et paiement : le titre de transport est remplacé par la carte bancaire que l’on présente au valideur de quai ou dans le véhicule par un tap (Interaction sécuritaire entre la puce de la carte et le lecteur, ici la cible sans contact du valideur), comme sur un TPE en monétique et comme une validation en transport, qui vaut acceptation du contrat de transport. Cette même carte, identifiant l’usager, est bien évidemment le moyen de paiement retenu. Vu du transport, il s’agit d’un système billettique à base de moyen de paiement alors que vu des réseaux de cartes (Visa, Mastercard, CB), c’est l’usage de la carte bancaire à puce sans contact pour les transports.

Une promesse forte

L’open payment fait aussi généralement une promesse forte aux usagers : l’optimisation tarifaire. En effet, le paiement est réalisé a posteriori, en fin de journée par exemple, laissant au système l’opportunité de calculer le meilleur tarif à appliquer suivant les trajets réalisés. Par exemple, si plusieurs trajets unitaires ont une valeur cumulée supérieure au prix du forfait jour, ce dernier s’applique au bénéfice de l’usager.

La vision des schémas (ou réseaux) de carte internationaux promoteurs majeurs de l’open payment est d’en faire un système universel, associant paiement et billettique disponible dans toutes les agglomérations partout dans le monde : là où leurs cartes, ou bien les applications mobiles de paiement basées sur ces schémas, sont utilisées. Notons qu’en France, le schéma de carte domestique CB soutient l’open payment et a défini ses propres règles.

L’exemple phare et historique de l’open payment est TfL à Londres. En France, la ville de Dijon a inauguré l’ère open payment en mars 2018 dans une configuration initialement simplifiée. D’autres projets verront le jour en 2019, en France comme ailleurs en Europe, plutôt dans des villes de taille moyenne dans un premier temps. Des projets sont d’ores et déjà en gestation dans de grandes métropoles aux États-Unis, avec l’explosion annoncée des cartes sans contact ou encore à plus court terme dans d’autres pays européens, ainsi que dans de grandes villes de pays développés partout dans le monde.

Des caractéristiques innovantes

L’open payment repose sur différents concepts solides permettant de répondre à la fois aux exigences du transport et aux règles du paiement sécurisé.

S’agissant du transport, la volonté est d’apporter de la fluidité aux valideurs sur un système susceptible d’être offline ponctuellement, voire n’ayant que l’accessibilité au réseau en fin de service, de retour au dépôt. Les offres tarifaires sont susceptibles d’être variées suivant les réseaux, par exemple calendaire ou sur période glissante, avec une optimisation journalière, hebdomadaire, voire mensuelle.

Côté paiement, il s’agit d’accepter un maximum de cartes tout en évitant les impayés, en garantissant autant que possible l’encaissement auprès de l’opérateur de transport et tout en respectant les règles sécuritaires inhérentes aux cartes bancaires sans contact. L’ensemble de ces règles de paiements sont définies par les schémas de carte bancaire et reposent sur deux approches diamétralement opposées entre les deux grands réseaux internationaux.

Les caractéristiques majeures de l’open payment présentent un système novateur, en rupture avec la billettique traditionnelle :

  • dématérialisation : le titre de transport traditionnel et son support disparaissent, ce dernier étant remplacé par la carte bancaire physique ou virtuelle au sein d’une application mobile de paiement ;
  • convergence : adaptation des règles du paiement par carte pour s’aligner sur la réalité du transport et ainsi, s’affranchir des supports de transport usuels ;
  • promesse : l’affranchissement des titres prépayés permet de tenir la promesse d’une optimisation tarifaire au bénéfice de l’usager ;
  • platform centric : la gestion des droits d’accès et des paiements est totalement centralisée ;
  • post-traitement : le calcul de la meilleure offre est réalisé par la plateforme a posteriori, tout comme le paiement par carte afférent ;
  • semi-offline : il s’agit d’un paiement en présence de la carte, mais offline, le traitement du paiement étant différé, géré par la plateforme centrale ;
  • gestion de la dette : dans certains cas, des impayés peuvent apparaître. Ils sont traités de façon spécifique via plusieurs méthodes de recouvrement : par des représentations de la carte par l’opérateur de transport dans un mode carte non présente ; par des tentatives de paiement lors d’un nouveau tap ; voire par des mécanismes de garantie de paiement. Dans tous les cas, tant que la dette n’est pas recouvrée, la carte en question est bloquée dans les transports du système open payment ;
  • nouveau modèle économique : comme les paiements sont réalisés avec la carte servant de tire de transport, le coût d’usage de l’open payment est celui de la carte bancaire, l’opérateur de transport payant un prix à l’acquéreur des schémas supportés. Notons que ce coût s’applique aux paiements, et non pas à chaque tap, les différents taps étant agrégés dans un seul paiement, typiquement en fin de journée.

Un système accessible à tous

Les profils des utilisateurs actuels et futurs de l’open payment sont très variables suivant la maturité fonctionnelle du système et les pratiques d’usage. Intuitivement, on peut penser que cette nouvelle billettique sans titre de transport s’adresse aux usagers temporaires, de passage, touristes itinérants, ou abonnés ayant oublié leur titre. Peut-être que les nouvelles générations seront aussi attirées par la nouveauté.

Néanmoins, les politiques peuvent souhaiter mettre en avant l’open payment comme élément disruptif susceptible de remplacer les abonnements, passant du prépayé à du postpayé avec optimisation tarifaire automatique. Ainsi, ce dispositif apporte aux citoyens un système accessible à tous, ne nécessitant pas d’avancer une somme d’argent et toujours au bénéfice des usagers. C’est aussi l’image d’un concept fortement novateur, véhiculée auprès des habitants d’une communauté urbaine.

Enfin, les retours d’expériences montrent l’engouement pour tous ceux réfractaires à l’achat de titres de transport et qui peuvent maintenant prendre les transports sans se poser de question, et sans avoir à acheter avant de consommer. On notera que le côté « open » du paiement influe peut-être sur les usagers, plus libres maintenant d’utiliser les transports publics à leur guise.

Les parcours clients

Les usagers des transports rencontrent des parcours très variés suivant le déroulé de l’usage de l’open payment :

  • entrée/sortie des transports : à la montée dans un bus ou tram, ou à l’accès via des portillons, l’usager valide par un tap en présentant sa carte bancaire cEMV sur la cible du valideur. Ce tap peut être un début de trajet ou une correspondance. Parfois, un tap de fin de trajet est nécessaire. L’ensemble de ces taps permet à la billettique de calculer les montants tarifaires des trajets dus et les optimisations promises ;
  • contrôle : comme toujours, des contrôleurs s’assureront que les usagers ont validé dans la station ou le véhicule utilisé. Avec l’open payment, il s’agit de vérifier que les taps ont été effectués et que la carte n’est pas bloquée. Idéalement, le contrôle vérifie cela en direct sur la plateforme centrale, ou en communication locale avec les valideurs dans le cas d’indisponibilité du réseau data mobile ;
  • demande d’information en agence : l’usager est susceptible de se déplacer en agence pour se renseigner et avoir des informations sur ses usages ainsi que les paiements afférents réalisés avec sa carte. Il doit aussi pouvoir comprendre pourquoi sa carte est éventuellement refusée et la débloquer en réglant une possible dette en cas d’impayé sur un trajet d’un jour précédent ;
  • suivi de consommation en ligne : comme l’optimisation tarifaire a lieu a posteriori, tout comme le paiement afférent, il est essentiel de permettre aux usagers de suivre leurs consommations au long cours, de faire le rapprochement entre leurs relevés bancaires de paiement carte et ceux réalisés en open payment. Comme l’open payment est a priori anonyme, l’usager ne peut initialement s’identifier qu’en saisissant les informations de sa carte. Il pourra par la suite créer un compte utilisateur classique auquel le PAN aura été associé ;
  • règlement de la dette : bien que rarement à la demande du porteur de la carte, une dette suite à un impayé sera traitée par l’open payment, soit à l’occasion d’un tap, soit automatiquement par des tentatives de paiements dans les jours suivants l’impayé. Au final, le porteur peut constater un paiement sur sa carte correspondant au montant des trajets effectués et non encore réglés. Notons qu’il peut être volontaire pour régler sa dette si elle n’était pas frauduleuse et s’il souhaite pouvoir utiliser à nouveau les transports. Dans ce cas les canaux de règlements peuvent être l’agence, en ligne sur le web, ou encore par téléphone.
Notons que le portail de suivi de consommation peut être une façon élégante, pour l’opérateur de transport, de créer une relation avec ses usagers en collectant leurs coordonnées pour créer le compte.

Une dynamique efficace

Dispositif se positionnant comme la convergence entre billettique et monétique, l’open payment répond certainement aux besoins et pratiques quotidiennes de la plupart des usagers, des transports publics. Innovant, il projette une vision moderne de la politique de gestion des transports urbains.

Bien que complexes à mettre en œuvre tout en donnant un rôle majeur aux schémas de carte, des projets d’envergure vont s’initier dans de nombreuses villes ou métropoles d’Europe, d’Amérique du Nord et dans de grandes métropoles ailleurs dans le monde. Reste, maintenant, à confirmer l’ambition collégiale de l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur pour accompagner à ces projets vers le succès tant auprès des usagers que des opérateurs de transport et des donneurs d’ordre politiques.

Sur la base de la première vague de déploiements, l’open payment arrivera sûrement à sa pleine maturité dans les 3 à 5 prochaines années. Fort d’une dynamique efficace et d’une utilisation croissante, son concept s’étendra certainement au-delà de son périmètre actuel pour englober un usage bien plus étendu.

Aussi, au cours de la prochaine décennie, les nouvelles générations se demanderont certainement comment leurs parents ont pu utiliser les transports publics avant l’ère de l’open payment !

 

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº834