Avec l’essor de la banque transactionnelle, les banques qui tardent à se moderniser se retrouveront probablement du mauvais côté de la concurrence.
En effet, depuis la crise du système bancaire de 2008, les banques ont modifié la nature de leurs relations avec les clients. La marge d’intérêt s’amenuisant de plus en plus, les banques cherchent désormais d’autres sources de rémunération, en particulier grâce à la gestion des flux. Avec la mise en place des accords de Bâle III, les banques se sont lancées dans une nouvelle course aux dépôts afin de respecter les exigences de liquidité. Ces dernières années, le contexte de libéralisation du secteur bancaire et l’évolution des besoins des clients ont renforcé la concurrence entre les banques. Cette concurrence s’est accrue avec l’arrivée massive d’acteurs non bancaires offrant un mix de services financiers et non financiers en réponse aux nouveaux besoins des clients sur fond de solutions technologiques révolutionnant la banque transactionnelle. En effet, certaines évolutions technologiques sont aujourd’hui en passe de redéfinir les expériences client de la banque transactionnelle. Il s’agit des canaux digitaux, des API (Application Programming Interfaces) ouvertes, des registres distribués, etc. Les initiatives portant sur les technologies de type blockchain sont particulièrement bien adaptées au domaine de la trade finance et continuent à susciter un vif intérêt et d’importants investissements. Ainsi, en 2018, 60 % du top 50 des banques internationales participaient au moins à une initiative utilisant des blockchains dans le domaine de la trade finance. À partir de 2019, cette proportion est passée à près de 90 %. À mesure que les nouvelles technologies digitales automatisent les processus manuels gourmands en papier impliqués dans les transactions bancaires, les coûts des paiements transfrontaliers et du financement du commerce diminuent et sont plus accessibles aux clients à revenus plus modestes tels que les TPE et PME (voir schéma 1). La banque transactionnelle est ainsi devenue un métier multiple et très technique qui nécessite de lourds investissements.
Construire un écosystème, et non chercher à devenir une grosse banque
La banque transactionnelle est aujourd’hui une activité fondamentale pour les banques en raison des revenus récurrents et du potentiel de captation et de fidélisation des clients. Sur le périmètre de la clientèle entreprise, la banque transactionnelle peut constituer 40 % à 50 % des revenus des banques (voir schéma 2). Depuis ces dix dernières années, cette activité est de plus en plus considérée comme stratégique avec les objectifs précités (voir schéma 2).
Pour réussir dans la banque transactionnelle et garder une longueur d'avance, les banques individuelles devront probablement revoir la plupart des aspects de leurs modèles d'exploitation car trop de banques sont aux prises avec des paiements et d'autres fonctionnalités de base intégrées dans des anciens systèmes informatiques.
La banque transactionnelle, avec ses technologies disruptives, et loin des investissements qu’elle pourra susciter, est un important levier à saisir par les banques et entreprises africaines pour intégrer le commerce international. Comme souligné par le cabinet Bain & Company, « les banques qui tardent à se moderniser se retrouveront probablement du mauvais côté de la concurrence ». Et cela est valable aussi bien pour les banques internationales que les banques régionales ou locales. Avec leur retard technologique et de faibles volumes transactionnels au niveau international, les banques africaines ont ainsi l’occasion, à travers la banque transactionnelle, de s’intégrer plus facilement au Commerce International, en adoptant les innovations technologiques (canaux digitaux, API, intelligence artificielle, registres distribués, etc.), et en privilégiant les écosystèmes transactionnels pour élargir leur offre de services à la clientèle et mutualiser les coûts d’investissements avec leurs partenaires. Alors que la banque transactionnelle n’a pas encore déployé tout son potentiel, il est de plus en plus question d’open banking. Bien heureusement, les banques qui se seront modernisées à travers la banque transactionnelle auront l’avantage de pouvoir facilement faire le pas vers l’open banking.