Entreprises d’investissement

Les disrupteurs disruptés

Créé le

06.09.2017

-

Mis à jour le

29.11.2017

Face aux ambitions des FinTechs, les institutions établies doivent réagir : l’exploitation fine des quantités de données qu’elles détiennent, non seulement pour une meilleure gestion du risque mais aussi, en matière d’analyse prédictive, pour une segmentation plus adaptée de leurs clients et des investissements proposés peut leur donner un véritable atout.

La numérisation est en train de redéfinir l’offre de produits et les processus des institutions financières. Les challengers, qui ne sont généralement pas attachés à une technologie existante, ni entravés par une réglementation excessive, lancent sur le marché des services très accessibles, qui suppriment un bon nombre de barrières et de coûts traditionnellement associés au processus d’investissement.

Cependant, les institutions établies bénéficient d’avantages appréciables par rapport à ces nouveaux venus, notamment la puissance de leur marque et leur réputation. Ces attributs pourraient leur donner un avantage compétitif sur les start-up de la FinTech qui entrent sur le marché. Que doivent alors faire les institutions financières dominantes pour résister et coexister avec ces « disrupteurs » numériques ?

La gestion effective des données sera un élément majeur et déterminant dans la réussite de toute institution financière au cours des prochaines années. Selon une récente enquête de State Street [1] , l’intégration, l’exploitation et l’intégrité des données sont au cœur des préoccupations des leaders de l’industrie.

Intégration des données : simplifier le processus d’agrégation

Pour toute organisation, rationaliser la gestion des données en interne peut être particulièrement efficace. De nombreuses sociétés se contentent actuellement de transférer leurs informations dans un entrepôt de données en attendant leur analyse, un processus lourd impliquant le nettoyage des données et leur conversion dans un format normalisé. Selon la même recherche de State Street, 52 % des leaders numériques ont développé une approche intégrée et omnicanal, qui simplifiera leur modèle opérationnel. Les institutions financières les plus importantes détiennent généralement des données en quantité considérable et la simplification du processus d’agrégation constituera un facteur important dans leur quête d’avantages compétitifs sur les « disrupteurs » de la FinTech.

D’autre part, les nouvelles technologies de stockage des données facilitent désormais leur analyse en temps quasi réel, que celles-ci soient ou non structurées. Ceci peut permettre aux entreprises de vérifier l’exactitude, l’intégrité et l’actualité des données dès leur production. En cas de problème avec les données, celui-ci peut ainsi être résolu immédiatement.

Les référentiels numériques donnent la possibilité aux sociétés d’investissement d’intégrer des données provenant de tiers, comme les indices de référence externes, à leurs propres données. D’autres flux de données non structurées, tels que les messages sur les réseaux sociaux, les fichiers audio/vidéo et les contenus d’e-mails finiront par être incorporés au processus. Les entreprises seront ensuite en mesure de tirer parti de l’intelligence artificielle pour produire une analyse de qualité sur leurs banques de données, ce qui leur permettra d’identifier des tendances ou des traits de comportement et de fournir en conséquence un produit ou un service de qualité supérieure.

La « data intelligence » : plus qu’un simple outil de gestion du risque

L’intelligence résultant de l’analyse sophistiquée des données peut aider les entreprises à améliorer leur performance et à réduire le risque. De nombreuses sociétés ont adopté ce concept : 63 % des leaders numériques interrogés dans l’enquête de State Street déclarent exploiter pleinement l’analyse des données pour améliorer leur processus de prise de décision. Les investisseurs plébiscitent l’usage de technologies de pointe pour atténuer le risque, 39 % des participants à l’enquête ayant affirmé attendre de leurs sociétés d’investissement qu’elles exploitent la technologie la plus avancée possible pour fournir une analyse complexe des données. Les entreprises ont reconnu ce besoin et nombre d’entre elles déploient actuellement des outils analytiques destinés à identifier le risque et observer en temps réel comment l’évolution des conditions de marché influence les portefeuilles d’investissement.

La « data intelligence » ou, comme on l’appelle souvent, l’« analyse avancée des données » n’est pas un simple outil de gestion du risque. Elle peut aussi servir dans l’analyse prédictive, que ce soit pour évaluer les futures tendances d’investissement, comprendre les besoins des clients et trouver de nouveaux moyens de référencer la performance. En outre, l’analyse prédictive peut permettre de mieux adapter les stratégies des sociétés d’investissement aux besoins de leurs clients.

L’analyse avancée peut également servir à accroître la part de marché sur de nouveaux segments, ou à cibler des clients particuliers par le biais d’une approche très personnalisée. Elle offre aux entreprises la possibilité de segmenter plus précisément leur clientèle, une approche déjà adoptée par 63 % des leaders numériques interrogés par State Street. Par exemple, de nombreuses organisations utilisent uniquement l’avoir net pour classer leurs clients par catégories, alors que l’analyse prédictive peut fournir une vision plus approfondie du comportement du client, permettant ainsi aux entreprises d’effectuer une meilleure segmentation.

Les acteurs établis sur le marché ont naturellement l’avantage de la marque et de la réputation par rapport aux participants plus récents. L’étude de State Street souligne cet état de fait : 53 % des investisseurs reconnaissent faire davantage confiance aux marques de gestion de patrimoine établies qu’aux nouveaux acteurs. Il s’agit là d’un atout considérable dont les organisations auraient tout intérêt à tirer profit. 60 % des participants à l'enquête de State Street ont affirmé que la réputation, la marque ainsi que l’expérience figureraient parmi les qualités les plus recherchées par les investisseurs au cours des cinq prochaines années.

Se reposer sur ses lauriers n’est pas une option

On ne saurait nier l’arrivée de la rupture numérique dans le secteur de la finance et aucune entreprise ne peut se permettre de rester sans réagir. Comme le montre la recherche de State Street, certaines sociétés d’investissement courent déjà le risque de se laisser distancer. Toutefois, pour les institutions qui feront preuve de suffisamment d’audace pour refondre entièrement leurs modèles commerciaux autour d’une solution numérique et qui cherchent constamment à améliorer l’expérience de leurs clients, l’avenir est prometteur.

 

1 « Repenser la finance : Générer de la valeur à long terme à l’ère numérique ». Données issues de l’étude Wealth and Asset Management 2021 de Roubini ThoughtLab, sponsorisée par State Street. Fondée sur une analyse quantitative élargie, portant sur 2000 investisseurs et 500 sociétés de gestion de fortune ; modélisation économique et prévisions à travers 25 pays ; avis d’experts recueillis auprès de plus de 40 leaders du marché, économistes, spécialistes de la technologie et spécialistes de l’investissement.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº813
Notes :
1 « Repenser la finance : Générer de la valeur à long terme à l’ère numérique ». Données issues de l’étude Wealth and Asset Management 2021 de Roubini ThoughtLab, sponsorisée par State Street. Fondée sur une analyse quantitative élargie, portant sur 2000 investisseurs et 500 sociétés de gestion de fortune ; modélisation économique et prévisions à travers 25 pays ; avis d’experts recueillis auprès de plus de 40 leaders du marché, économistes, spécialistes de la technologie et spécialistes de l’investissement.