Au cours des dix dernières années, l’industrie de la gestion d’actifs a subi de profonds changements, sur fond d’une économie mondiale en croissance et de marchés financiers relativement porteurs.
Récemment, les craintes d’un retournement économique, d’une chute des rendements des actifs financiers et d’une plus grande volatilité se sont fait jour. De même, des interrogations sur la capacité de l’industrie à maintenir durablement un niveau de rentabilité élevé, sur fond de pressions sur les frais de gestion, de montée en puissance de la gestion passive, de changements technologiques et d’un rapport de force qui accroît le pouvoir de négociation des distributeurs.
Une industrie rentable mais menacée
L’industrie de la gestion d’actifs est très attrayante. Les gérants d’actifs bénéficient d’effets d’échelle et ne nécessitent que peu d’investissements, ce qui leur assure une rentabilité du capital élevée.
Les barrières à l’entrée ne sont pas élevées, mais les « barrières au succès » le sont. Il faut un certain temps et du talent pour bâtir un historique de performance solide, capable d’attirer et de conserver des capitaux. Cette barrière confère un avantage aux entreprises disposant d’actifs très importants sous gestion, car ces dernières sont en mesure d’attirer les talents, de les conserver et acquièrent en outre un pouvoir de négociation avec les distributeurs.
Plus que le gain de collecte, c’est la faculté des sociétés de gestion d’assurer une certaine « viscosité » des actifs qui est un facteur important de rentabilité. D’après les analystes de Morningstar, la capacité à conserver des actifs sous gestion est l’un des éléments qui différencient le plus les gagnants des perdants de l’industrie, et ce à travers un cycle de marché complet.
Les gestionnaires dont l’offre s’avère indispensable aux distributeurs et aux conseillers financiers (fonds à échéance, solutions pour la retraite…) tendent à contrôler des actifs peu mobiles. Le taux de rétention moyen dans l’industrie de la gestion aux États-Unis atteint ainsi 70 %, selon les données de l’Investment Company Institute.
Les sociétés de gestion disposant d’un rempart concurrentiel affichent des taux de rétention supérieurs à la moyenne de l’industrie, ce qui tend à montrer que les sociétés les plus importantes, les mieux établies et les acteurs diversifiés ont un avantage sur les acteurs de plus petite taille.
L’expérience montre également que les sociétés de gestion capables de créer une relation de long terme avec leurs clients peuvent renforcer leur avantage concurrentiel à travers leur organisation interne, leur culture, la diversité de leur offre, leur capacité à se différencier, la stabilité de leur process et de leurs équipes de gestion, ainsi qu’à travers leur présence géographique et la manière dont elles gèrent leurs circuits de distribution.
Tout ceci n’enlève rien au fait que l’industrie est très concurrentielle et demeure encore relativement fragmentée, en dépit de la taille acquise par certains acteurs.
Quels facteurs clefs de succès ?
Dans une analyse conduite sur les principales sociétés de gestion d’actifs aux États-Unis, nous avons mis en place une grille d’analyse autour de neuf caractéristiques :
- efficacité liée à la taille ;
- profondeur de l’offre de produits, présence géographique ;
- gestion active et passive ;
- force des circuits de distribution ;
- coût de substitution ;
- niveau des frais de gestion ;
- degré d’exposition à la baisse des frais ;
- performance de l’offre et réputation des équipes de gestion ;
- culture d’entreprise et allocation du capital.
xxxmettre ici Tableau 1xxx
Différenciation
À une époque où les différents supports d’investissement font l’objet d’une transparisation croissante et peuvent donc faire l’objet d’un examen approfondi de la part des sélectionneurs de fonds d’investissement, les gérants actifs doivent être en mesure de se démarquer de la concurrence.
Une réponse à cette question peut passer par la maîtrise d’une expertise approfondie sur une classe d’actifs ou d’un type d’investissement. Une autre approche peut consister à diversifier l’offre de fonds, et proposer des fonds disposant de ressources significatives et de services qui peuvent répondre aux besoins d’une grande variété de clients.
Être capable d’offrir des produits à faible coût
En faisant baisser leurs frais de gestion, lorsqu’ils le peuvent, les gérants actifs disposent d’un levier pour se démarquer des fonds les plus chers et améliorent les chances de succès de leurs fonds sur le long terme, en particulier face aux gestions passives. Des ratios de frais plus bas et des meilleures performances financières sont susceptibles de contribuer à dégager des économies d’échelle.
Les marges des sociétés de gestion devraient néanmoins demeurer sous pression, car elles doivent investir davantage pour améliorer leur offre ainsi que leur accès aux réseaux de distribution.
Les gestionnaires d’actifs qui ont prêté une grande attention à leurs coûts ont été moins soumis à la pression de baisser les frais de gestion de leurs fonds, car cela leur procure un léger avantage concurrentiel sur les sociétés qui doivent les baisser de manière plus drastique pour demeurer intéressant aux yeux des distributeurs.
Qualité des process d’investissement
Nous pensons que les sociétés de gestion devront mettre en place des process d’investissement répétables et fiables pour proposer des sources de performance solides dans le temps. Ces process doivent s’appuyer sur des équipes de gestion talentueuses, stables, disposant de ressources importantes en termes de personnel et d’outils, y compris en matière de gestion des risques.
Ces efforts devraient conduire les sociétés de gestion à produire des résultats plus prévisibles, faisant de leur offre une solution intéressante dans le cadre de portefeuilles diversifiés.
Les sociétés qui ont établi de tels process devraient ainsi renforcer leur culture et minimiser les risques liés à des personnels clefs, en particulier dans leurs équipes de gestion, à travers des plannings de succession bien établis.
Adaptabilité des modèles économiques
Lorsque la croissance est plus difficile à générer, les sociétés de gestion actives peuvent être incitées à prendre plusieurs types de mesures. Elles peuvent restructurer leurs équipes dirigeantes ou leurs process d’investissement, racheter un concurrent ou élargir leur offre aux stratégies passives ou à bêta stratégique. Ces mesures seront pertinentes si elles contribuent à renforcer le rempart concurrentiel des sociétés de gestion ; elles devraient permettre aux entreprises les plus performantes de maintenir un niveau de rentabilité du capital élevé sur le long terme.