En quoi consiste l’offre de la Caisse d’Épargne en matière de microcrédit accompagné ?
Il en existe deux formes en France :
- le microcrédit professionnel, qui a plus d’antériorité, construit autour de France Active, d’Initiative France, de BGE et de l’ADIE ;
- le microcrédit personnel, impulsé en 2005 par le Plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo et la création du Fonds de cohésion sociale, qui garantit à 50 % les microcrédits dans la limite de 5 000 euros.
Qu’en est-il du microcrédit personnel ?
Via nos dispositifs Parcours Confiance et Créa-Sol, nous avons financé près de 5 000 personnes en situation de fragilité l’an dernier. Elles nous ont été adressées par plus de 600 partenaires, parfois de toutes petites associations actives sur des territoires isolés. Cette présence au plus près des territoires est rendue possible par notre organisation décentralisée de banques coopératives régionales. Nous pouvons travailler en proximité. Par ailleurs, de plus en plus de dossiers sont adressés à Parcours Confiance par les conseillers des agences Caisse d’Épargne : ils représentent aujourd’hui près de 40 % des prescriptions.
Que financent ces microcrédits personnels ?
La majorité des prêts concerne la mobilité : achat et réparation de véhicule, financement du permis de conduire… Suivent les dépenses liées au logement (équipement, rénovation…), puis le financement de la formation et de besoins de la vie, comme des frais de santé. Nous venons d’obtenir du Fonds de cohésion sociale qu’il accepte, pour un an d’expérimentation, de garantir le refinancement de dette et de besoins de trésorerie de personnes en rupture de parcours mais inscrites dans une perspective d’insertion sociale ou professionnelle : ces prêts peuvent financer par exemple le loyer auprès d’un bailleur social, pour surmonter une période difficile.
Le microcrédit personnel est très proche du crédit à la consommation par sa destination. Comment vous assurez-vous que vous ne tombez pas dans un mécanisme de subprime ?
Le risque est limité par la nature même du dispositif. Il utilise des outils économiques tout en ayant une vraie vocation sociale et il repose sur une collaboration active entre les collectivités locales, l’État, les associations et les banques. C’est un dispositif fondé sur une forme d’intelligence collective et d’équilibre naturel : l’association n’a pas intérêt à prescrire un microcrédit si elle pense qu’il pourrait nuire au bénéficiaire et nous n’avons pas intérêt à financer un dossier dont nous pensons qu’il ne sera pas remboursé. Nous n’avons aucune incitation économique à tomber dans des dérives : le Fonds de cohésion sociale couvre la moitié du montant mais nous conservons l’autre moitié du risque. Bien qu’il n’y ait pas d’obligation en la matière, les taux d’intérêt que nous pratiquons sont en moyenne de 2 % afin de ne pas être un obstacle pour l’emprunteur. L’objectif à terme est que les bénéficiaires aient d’autres recours que le microcrédit et qu’ils aient accès, comme tout autre client, aux financements classiques. Une
Comment est née votre offre de microcrédit à l’habitat ?
Depuis trois ans, notre production de microcrédit personnel s’est stabilisée. Nous distribuons un microcrédit personnel sur trois en France grâce à 70 conseillers spécialisés présents partout sur le territoire. Nous avons été interpellés par les opérateurs du logement en région, membres du réseau Soliha, qui accompagnent au quotidien des propriétaires de logement en difficulté pour les aider dans leurs travaux de rénovation. Nous avons alors décidé de développer un microcrédit habitat, pour financer le reste à charge de ces travaux. Mais comme les besoins de financement sont supérieurs à ceux du microcrédit traditionnel, nous avons sollicité la Fondation Abbé Pierre qui a accepté de cautionner ces microcrédits jusqu’à 25 000 euros. Il s’agit d’une démarche de co-construction, un partenariat original entre une banque et une fondation pour concevoir ensemble une réponse innovante au problème du mal-logement.
En quoi consiste votre offre sur l’habitat ?
Concrètement, nous finançons le reste à charge de ménages propriétaires en situation de précarité énergétique qui entreprennent des travaux principalement destinés à l’installation d’un chauffage plus performant, à une meilleure isolation ou même à la rénovation de leur logement lorsqu’il est trop dégradé. Ces crédits viennent en complément de subventions publiques. Ils sont en moyenne de 7 500 euros, sur 60 mois, contre 30 pour un microcrédit personnel. Le plafond de garantie du FCS a ainsi été relevé à 10 000 euros pour ce type de microcrédit et la garantie de la Fondation Abbé Pierre prend le relais au-delà.
Combien de financements de ce type avez-vous accordés ?
Environ 400 en deux ans, principalement en zone rurale, avec un élargissement récent à des co-copropriétés en Ile-de-France. C’est un chiffre qui peut sembler modeste mais qui s’explique notamment par l’augmentation des subventions publiques, ce qui a réduit la nécessité de recourir au crédit pour financer le reste à charge. Ce sont également des dossiers complexes, qui nécessitent un gros travail d’instruction réalisé par nos partenaires de terrain, qui disposent de moyens limités.
Comment avez-vous fait évoluer votre offre sur la mobilité ?
Les microcrédits personnels que nous accordons servent principalement à l’achat de véhicules d’occasion, susceptibles d’engendrer des dépenses de réparation. Nous cherchions une solution pour permettre aux bénéficiaires d’accéder à des véhicules de meilleure qualité dans la limite du montant d’un microcrédit (5 000 euros). Nous nous sommes associés à l’Action Tank Entreprise & Pauvreté, fondé par Martin Hirsch (AP-HP) et Emmanuel Faber (Danone), avec lequel nous avons travaillé aux côtés de Renault, pour aboutir à une solution inédite pour les publics que nous visons. Il s’agit d’une offre de location de Dacia neuve, avec option d’achat (LOA), à un prix parmi les meilleurs du marché et adapté à la situation de personnes en difficulté. Concrètement, par le microcrédit, nous préfinançons la location d’une durée de 2 à 5 ans, période à l’issue de laquelle l’emprunteur peut décider d’acquérir ou de restituer le véhicule. Nous avons lancé l’offre à l’été 2016 en Alsace, en Île de France et en Bretagne, en partenariat avec Pôle Emploi et le FASTT. Une quarantaine de dossiers a été signée et le rythme s’accélère. Chaque partenaire a fait un effort financier et opérationnel pour faire en sorte d’apporter un service de qualité à des personnes pour lesquelles la mobilité était jusque-là source de difficultés professionnelles, financières et psychologiques.
Quelles sont les difficultés d’une démarche de co-construction ?
Le problème n’est pas d’avoir des idées mais plutôt de trouver les ressources nécessaires à l’ingénierie de tels projets, qui impliquent à la fois des entreprises, des associations mais aussi la puissance publique. C’est ce que nous a apporté l’Action Tank Entreprise & Pauvreté. L’idée sur laquelle se fonde cette démarche est que chaque acteur n’a pas les moyens de répondre seul aux défis sociétaux d’aujourd’hui (mobilité, habitat, environnement…) mais qu’à plusieurs, nous pouvons co-construire de nouvelles offres utiles au développement de nos territoires, à des conditions raisonnables. Pour promouvoir cette approche, nous sommes partenaires du Rameau, un laboratoire de recherche, qui a publié en fin d’année dernière un « référentiel sur la co-construction territoriale ». Nous avons également lancé un site