Quel état des lieux aujourd’hui en matière d’alternance dans la banque ?
Il est très encourageant : l’alternance reste l’une des sources majeures de recrutement pour les établissements bancaires, qui accueillent environ 10 000 alternants, contrats de professionnalisation et d’apprentissage confondus. Environ 4 000 sont formés par le CFPB et 2 000 par Difcam, la branche alternance du Crédit Agricole.
Les banques voient dans les alternants leurs futurs embauchés et elles ont pour objectif de les insérer professionnellement, pour peu, bien sûr, que ceux-ci démontrent des compétences et une appétence pour le métier. Les banques mettent notamment en œuvre un tutorat actif grâce aux maîtres d’apprentissage ou aux tuteurs, qui vont aider les jeunes à être vraiment opérationnels et employables une fois l’alternance terminée.
Quel est le profil des étudiants en alternance dans le secteur bancaire ?
Nous constatons un recentrage sur les profils bac +3 à bac +5. Même les étudiants a priori engagés dans un cursus en alternance à bac +2 sont de plus en plus nombreux à vouloir poursuivre au final sur une troisième année vers le niveau licence, voire vers des masters. Or les banques sont dans une logique de pré-recrutement. Un exemple : elles embauchent un alternant en BTS banque pour un poste qui se libère dans deux ans ; si celui-ci décide de poursuivre ses études, cela crée des difficultés dans la gestion des ressources humaines.
Comment expliquez-vous cette tendance ?
C’est un effet collatéral d’un système vertueux ! De nombreux étudiants nous disent avoir « réappris à apprendre », y compris dans des matières académiques, grâce à l'alternance. Ces jeunes, qui pour certains ont cherché, après une année en fac, quelques jobs de courte durée, entament une alternance dans un parcours encadré, sécurisant, qui leur donne une visibilité professionnelle. Et ils sont alors prêts à poursuivre leurs études. Sans compter qu'ils se découvrent parfois des talents pour des métiers auxquels ils n’avaient pas pensé. Plus généralement, la réforme du cursus universitaire LMD depuis 2004 incite également les jeunes à viser plus haut.
Les besoins des banques n'ont-ils pas aussi changé ?
En effet, du côté des banques, la révolution digitale a multiplié les accès aux automates pour les opérations les plus simples et conduit à repenser la densité des réseaux d'agences. Le nombre de postes à bac+2 pour les nouveaux entrants s'est réduit. De plus, les métiers bancaires, comme ceux de conseiller clientèle de particuliers ou de professionnels, de conseiller patrimonial, voire les métiers de la conformité deviennent plus complexes.
Pour autant, une licence, aussi paradoxal que cela puisse paraître, débouche en principe sur des postes comparables à ceux du BTS, à savoir conseillers de clientèle, à ceci près que le candidat aura plus rapidement un portefeuille en responsabilité. L'apprentissage des fondamentaux bancaires est très proche dans les deux cursus mais un parcours en licence comprend des enseignements plus académiques ; le BTS est plus opérationnel.
Que devient le BTS banque dans cette perspective ?
Nous avons engagé il y a deux ans, à la demande de la profession et en accord avec l’Éducation nationale, une réforme de ce diplôme, qui aujourd'hui prend son plein effet : le programme intègre les dernières évolutions en matière d'environnement multicanal et de technologie digitale. Cette formation a été élaborée en collaboration avec les établissements bancaires, avec une belle production pédagogique. Or, à peine porté sur les fonts baptismaux, ce diplôme d’excellent niveau n’est plus en tête de liste dans les plans de recrutement des banques : nous enregistrions il y a deux ou trois ans encore des flux entrants de 700 à 800 étudiants par an au niveau national ; pour la rentrée prochaine, nous atteignons difficilement la barre des 500.
Quelles sont ces autres conséquences pour la gestion RH des banques ?
Tout d'abord le BTS Banque à bac+2 permettait de fidéliser davantage les candidats. Un étudiant en master a une idée plus flatteuse de son employabilité et de sa capacité à aller d’un poste à l’autre. S'il n'obtient pas le poste qu'il souhaite, il n'hésitera pas à aller à la concurrence.
Un autre risque est celui de brûler un peu les étapes. Les alternants partant initialement d'un bac+2 prenaient les postes les uns après les autres, suivis par leurs pairs, et assimilaient progressivement un socle très solide de fondamentaux. Aujourd’hui un jeune de niveau bac+3 ou 5, même avec une très bonne formation, qui prend un poste de conseiller clientèle de professionnels devra être très armé techniquement, par exemple face à une personne en profession libérale qui connaîtra tous les placements, leur fiscalité, les tarifs des concurrents…
Il sera ainsi de plus en plus complexe pour les DRH de gérer les compétences, pour permettre l’accès à des métiers variés et de très beaux parcours. Les établissements bancaires sont de ce fait de plus en plus sélectifs dans le sourcing des candidats.
Comment évolue votre propre offre de formation ?
Pour les formations en bac+3 et bac+5, nous nous appuyons sur nos partenaires universitaires. Toutefois ceux-ci sont parfois limités en termes de logistique et de capacité d’accueil. Il nous arrive d'être face à des bassins d’emploi où il serait nécessaire d'ouvrir un groupe de masters ou de licences, mais où l’université ne peut pas suivre parce qu’elle est arrivée au bout de ses capacités. Nous nous tournons alors vers d’autres formations, tels que des diplômes consulaires ou des bachelors. Le bachelor est un diplôme professionnalisant, enregistré
Comment prendre en compte la « digitalisation » de la banque ?
Nous devons sensibiliser les étudiants au fait qu'il leur faudra, dans les relations commerciales avec les clients, utiliser tous les outils mis à leur disposition, les
Parallèlement, notre direction de production pédagogique a bien entendu adapté ses supports aux nouvelles technologies et pratiques. Par exemple, plutôt que d’organiser un entretien classique en jeu de rôle avec un vendeur et un acheteur en face-à-face, nous les installons en côte à côte face à des captures d'écran. L'entretien n'a pas la même tonalité lorsque le client a sous les yeux les mêmes informations que son conseiller.
Quel est le taux de transformation en alternance ?
Selon les enquêtes que nous menons 6 mois après l'obtention de l'examen préparé, il est de 84 %, hors poursuite d’études, dans le secteur bancaire mais pas forcément dans la banque d’origine.
Est-il fréquent de voir un jeune aller travailler dans un autre établissement que celui de sa formation ?
Plus le niveau d’études est élevé, plus c’est fréquent. D'autant que les niveaux de salaires à l’entrée peuvent être différents d'un établissement à l’autre. Mais nous alertons les jeunes embauchés : courir après le meilleur salaire et changer trop souvent d’établissement en peu de temps peut impacter négativement un CV en soulignant l'instabilité du candidat. Par ailleurs, les modalités d’un poste peuvent varier sensiblement d'un établissement à l’autre : certains mettent d'emblée les alternants sur les postes qu’ils sont censés tenir après leur formation, avec la charge d'un portefeuille de clients, d’autres ont une approche différente ; les perspectives de formation et d'évolution peuvent aussi attirer les candidats.
Les jeunes préfèrent-ils l’alternance à la formation initiale classique ?
Autant un jeune peut avoir le réflexe de l’alternance, autant il n’aura pas nécessairement celui de l’alternance dans le secteur bancaire. Malgré tous les efforts du secteur, nous restons marqués par l’impact image de la crise. L’alternance reste néanmoins une solution prisée pour ceux qui recherchent un cursus plus vivant et opérationnel, souvent assorti de responsabilités, ou qui n’ont pas la possibilité de financer leurs études. Et si la banque n'est pas à l'heure actuelle le secteur d'activité le plus recherché, les enquêtes que nous avons menées montrent que la vision du secteur change dans un sens largement positif une fois que les alternants sont dans les établissements : cela tient à la qualité de l’encadrement, à l’intérêt intrinsèque des métiers, à leur vécu au quotidien, aux perspectives d'évolution, etc. Nous devons le rappeler, les métiers bancaires sont de beaux métiers, des métiers de service, de conseil, avec pour objectif la satisfaction du client. L’ambition du CFPB est de préparer dans les meilleures conditions à ces métiers.
Comment attirer alors les étudiants ?
Nous communiquons depuis deux ans sur les réseaux sociaux, et plus généralement online, et essayons également de faire témoigner des jeunes car cela a une certaine influence sur leurs pairs. Nous constatons des progrès mais il faut poursuivre ces efforts, y compris vers le monde enseignant, pour convaincre du bon niveau des salaires proposés dans le secteur banque ou de l’intérêt de certains postes comme ceux de conseillers clientèle de professionnels, souvent moins bien considérés que les conseillers patrimoniaux, de banque privée, ou les métiers de la conformité.
Mais, au final, l’alternance est un petit joyau : malgré la crise, le déficit d'image dans la banque, la demande en alternance n’a pas chuté, loin de là. Et les banques continuent à y croire et à améliorer leur process de suivi et d’intégration.