Le point de vue de Willy Dubost, directeur du département Systèmes et Moyens de paiement à la FBF

« Les banques ne laisseront pas le terrain de l’intelligence marketing à des acteurs qui n’auraient pas les mêmes contraintes. »

Créé le

20.07.2012

-

Mis à jour le

28.08.2012

L’exploitation par les banques des données de leurs clients reste soumise à de nombreux contrôles. La même vigilance doit s’appliquer aux ​acteurs non bancaires qui incluent des transactions de paiement dans leurs actions marketing.

Les banques ne risquent-elles pas de perdre du terrain face à des acteurs non bancaires, très agressifs sur le plan des innovations marketing qui peuvent inclure des opérations de paiement ?

C’est en effet un risque. Les banques disposent de très nombreuses données, qui plus est déjà sécurisées dans leur système d’information, et elles auraient les moyens de construire des opérations de marketing auprès des commerçants ou de leurs clients particuliers. Mais elles appliquent la réglementation en vigueur et se doivent de respecter le secret bancaire et la confidentialité des données. La CNIL notamment a recommandé en 2004, lors d’une analyse sur les conventions de compte, que la communication de ces informations à des tiers soit subordonnée au recueil du consentement de chacun des intéressés.

Les nouveaux acteurs ne sont-ils pas astreints aux mêmes précautions ?

Ceux-ci partent d’offres marketing, pour avancer parfois sur le terrain des paiements. Dans ce cas, la CNIL, à un moment donné, devra intervenir. Sur tous les sujets concernant les moyens de paiement, où la concurrence est forte entre les banques et les nouveaux acteurs, je ne cesse d’utiliser des mots forts qui sont : droit, devoir, équité, sécurité, confiance et responsabilité. Tous ces points doivent être traités de la même manière par tous les acteurs, pour ne pas mettre en péril la confiance accordée aux systèmes de paiement, la sécurité appréciée par les porteurs et surtout l’équité, car on ne peut pas demander aux banquiers de respecter des règles précises alors que d’autres acteurs fonctionneraient avec des règles plus souples.

Nous faisons une confiance forte aux régulateurs et autorités de tutelle pour qu’elles préservent ces équilibres, de façon à ce que chacun puisse s’exprimer dans un univers de concurrence saine, sur un marché qui se veut de plus en plus ouvert.

Les banques doivent-elles aller, comme le suggère Angelo Caci, jusqu’à aider les commerçants à formater leurs offres ?

Les banquiers disposent de fait de beaucoup d’informations : par exemple, à travers les paiements, vous pouvez identifier une partie de la vie d'un client, tel que localiser son lieu de travail, connaître ses habitudes quotidiennes… Ce sont des éléments pour lesquels un commerçant peut être prêt à payer. Or les banques subissent en permanence des contraintes économiques qui font que leurs business models sur les moyens de paiement sont agressés, avec des baisses de tarifications supérieures à celles de leurs coûts. Sur l’activité cartes, par exemple, les banques ont accepté une baisse de l’interchange de l’ordre de 500 à 600 millions d’euros par an. À un moment donné, elles ne pourront plus accepter ces faits sans réagir et laisser ce terrain d’intelligence marketing à des acteurs qui n’auraient pas les mêmes contraintes.

Personnellement, je préférerais accepter que mon banquier, vis-à-vis duquel j’ai une confiance sur la tenue de mon compte et la gestion de mes moyens de paiement, utilise des données avec mon accord et et en toute transparence, plutôt qu'elle les remette entre les mains de sociétés dont je ne sais pas toujours ce qu’elles peuvent en faire. Dans ce domaine, les fraudes sont malheureusement nombreuses. Aussi bien les porteurs que les commerçants ont plus de confiance dans les relations qu’ils entretiennent tous les jours avec leur banquier qu’avec des prestataires qu’ils ne voient que par intermittence.

Enfin, une intelligence marketing inappropriée pourrait nuire au développement des moyens de paiement électroniques et innovants, et réduire de ce fait le niveau de confiance que les clients accordent à leur banque.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº751