Notation

Les banques examinées par Vigeo

Créé le

01.03.2013

-

Mis à jour le

12.03.2013

Pour noter les banques, Vigeo observe plusieurs critères : impacts sur l'environnement, rémunérations, respect du client… Selon l'agence, les établissements les plus en pointe sont européens, canadiens et australiens.

L'époque est passée où la réputation des banques bénéficiait d'une sorte de préjugé favorable. Leurs politiques sociales, en particulier salariales, rendaient le secteur attractif et celui-ci n'apparaissait pas directement concerné quand les thèmes des émissions de gaz à effet de serre ou des risques de pollution ont retenu l'attention des opinions publiques.

Depuis quelques années, la réalité est différente. La crise financière provoquée par les abus de spéculation sur le crédit immobilier aux États-Unis, les révélations et les contentieux liés au Libor ou à des ventes frauduleuses ont montré une autre face de l'univers bancaire et installé, à son endroit, un profond sentiment de défiance. C'est un secteur hyper-intégré, où chaque acteur a besoin de la confiance et du concours de ses concurrents. Cette imbrication rend difficile la comparaison entre les profils de comportement des banques et ceux des autres secteurs.

Les impacts de l'activité des banques sur la société au sens large revêtent un caractère systémique, qu'il s'agisse de sécurité des placements, d'investissement dans des projets d'envergure, d'évasion fiscale, de financement des petites et moyennes entreprises. C'est sans doute pourquoi on attend de ce secteur davantage de transparence que de tous les autres.

Une bonne gouvernance est la première responsabilité d'une banque, mais l'établissement doit avoir, de façon plus générale, une véritable culture de la responsabilité. Il s'agit de la capacité des dirigeants à contenir cette sorte d' hubris [1] qui pousse certains d'entre eux à vouloir monter la plus grande, la plus rentable des banques, tant la griserie du « too big to fail » a fait son œuvre ; sans qu'on sache à quoi, de leur désir de puissance ou de l'intérêt social de l'entreprise et de ses parties prenantes, cette pratique sert vraiment. Parmi les critères pour appréhender cette culture, celui de la contribution à l'économie réelle, en termes de financement des entreprises et des particuliers, est l'un des plus parlants.

Sur le plan social, il est vrai que les banques ont longtemps eu l'image du bon employeur. En Europe, les conditions de travail dans ce secteur sont réputées correctes, globalement servies par un contexte législatif et de pratiques contractuelles favorables, ainsi que par une tradition de dialogue social. Mais cette image est désormais chahutée. La gestion des ressources humaines du secteur bancaire, tous pays confondus, apparaît frappée d'essoufflement. Confrontés à une pyramide des âges vieillissante, sans réelle réponse à des questions clés comme la prévention du stress, le pilotage concerté des restructurations, la flexibilité des temps et des parcours de carrière, les banques ne sont plus, si elles l'ont jamais été, les laboratoires où se conçoivent et se développent les nouveaux modèles de gestion des ressources humaines.

Cet essoufflement est aussi un signe de culture pour un secteur où la notion de performance s'est longtemps appuyée sur des indicateurs de volumétrie des ventes, des comptes, des chiffres d'affaires et des marges plutôt que sur l'orientation-client, la gestion des risques ou le développement des compétences.

Sur le plan environnemental, le rôle des banques dans la capacité à identifier et mesurer les externalités « négatives » des activités ou projets qu'elles financent est désormais observé à la loupe.

Vigeo questionne les banques

La notation de la responsabilité sociale des banques permet cependant d'identifier de vraies différences de comportement. Vigeo questionne les banques sur le degré auquel elles prennent en compte l'impact de leur activité de financement sur le changement climatique et sur les autres enjeux environnementaux tels que la protection de la biodiversité et des ressources en eau, la prévention de la déforestation ou le traitement des pollutions chimiques.

Nous questionnons en particulier la capacité des banques à rendre compte de l'intégration des impacts environnementaux à leur système d'évaluation des risques et à fournir une assistance experte à leurs clients pour les inciter à réduire, par exemple, leur empreinte carbone. Les banques sont amenées à se doter, non seulement de fonds d'investissements responsables, mais aussi à intégrer des critères clairs et mesurables de responsabilité environnementale dans l'ensemble de leur gestion.

Dans les classements de Vigeo, les banques européennes, canadiennes et australiennes sont clairement les plus avancées (voir Tableau 1) : ce sont celles qui intègrent le mieux à leur système de gestion des risques les enjeux de responsabilité sociale, environnementale et de gouvernance.

La plupart des recommandations et des principes directeurs énoncés par les autorités européennes – Commission européenne, Autorité bancaire européenne (ABE), Comité de Bâle, Conseil de stabilité financière de l'OCDE – ont insisté sur la nécessité de renforcer les modèles de gouvernance et les systèmes de rémunération pour sortir les modèles de gestion de risques de l'imperium du court terme.

En 2013, Vigeo questionnera chaque banque sur la transparence et l'intelligibilité du système de supervision et de rémunération de ceux qui ont en charge la prise de risques, y compris les traders « Material Risk Takers ».

L'attention est également portée sur la relation des banques envers leurs clients, en prenant appui sur une question volontairement candide : est-ce que les produits et les services qu'elles proposent sont destinés à répondre à des besoins du client ? Les banques seront de plus en plus questionnées sur leur capacité à fournir des informations complètes sur les contenus et les risques de leurs produits, ainsi que sur leur capacité à subordonner la rémunération de leurs commerciaux à la satisfaction de leurs clients et à se doter de procédures d'approbation de leur offre de produits.

Mesurer la responsabilité sociale d'une banque, c'est questionner aussi sa contribution à l'économie réelle des pays et des régions où elle opère. Que font-elles pour le financement des PME ? Pour prévenir l'évasion fiscale ? Spéculent-elles sur les matières premières alimentaires ? Idem au sujet des paradis fiscaux.

Les résultats des ratings de Vigeo montrent de vraies différences de cultures managériales. Les banques américaines se sont empressées de réduire leur exposition aux risques tandis que les canadiennes apparaissent comme les plus sûres, avec des procédures de gestion des risques très strictes. Les australiennes ont mieux résisté à la crise que les européennes, grâce à des systèmes de régulation plus stricts.

1 Terme grec signifiant « démesure ».

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº312
Notes :
1 Terme grec signifiant « démesure ».