Etat des lieux
Les opérations de fusions-acquisitions réalisées par les banques européennes dans les pays émergents ont connu une très forte progression au cours des quinze dernières années (graphique n°1). En effet, leur part dans le total des opérations transfrontalières est passée de 6,5% au début des années 1990 à près de 25% en 2007. Il s’agit de l’un des aspects les plus remarquables du phénomène de mondialisation des activités bancaires. Quant aux pays d’Europe centrale et orientale (PECO), ils ont représenté la destination « préférée » des banques du Vieux continent au sein des pays émergents avec plus de 40% du total des cibles sur l’ensemble de la période, loin devant l’Amérique latine et ses 33% (Pujals, 2009).
Progression des opérations de fusions-acquisitions jusqu’en 2007
Les fusions et acquisitions à destination des PECO ont connu une très forte progression depuis la fin des années 1990 et cela jusqu’au déclenchement de la crise des subprimes. Elles ont dans un premier temps concerné les marchés bancaires des pays d’Europe centrale, qualifiés de «
Les opportunités se faisant de plus en plus rares, les prix des transactions se sont par ailleurs envolés en fin de période comme en témoignent les multiples d'acquisitions bien souvent supérieurs à quatre fois les fonds propres (graphique n°3). En 2005, Erste Bank a par exemple pris le contrôle de Banca Comerciala Romana (BCR) pour 3,75 milliards d'euros. A ce jour, il s’agit de la plus importante opération de fusion-acquisition réalisée dans les PECO (graphique n°3).
Les motivations d’implantation
Outre les événements ponctuels favorables tels que les
Des prises de contrôles à l’occasion des programmes de privatisation
La prise de contrôle des établissements bancaires cibles s’est bien souvent déroulée dans le cadre des nombreux programmes de privatisation qui ont été initiés par leurs gouvernements respectifs à la fin des années 1990. Dans un contexte où peu de banques privées domestiques existaient et où peu d’investisseurs locaux disposaient de moyens financiers suffisants, les Etats ont souhaité privatiser massivement leurs banques publiques en faisant appel aux capitaux étrangers. Ils poursuivaient ainsi l’objectif d’améliorer la stabilité et l’efficience de leur secteur bancaire. Au-delà du simple renforcement des fonds propres, l’arrivée de grandes banques occidentales visait avant tout à favoriser les transferts de savoirs-faire afin d’améliorer notamment les méthodes de gestion des risques ainsi que la qualité des services proposés à la clientèle locale. En contrepartie, les banques étrangères ont donc bénéficié de faibles barrières à l’entrée.
Une consolidation bancaire quasi achevée
Quinze ans après le début du mouvement de consolidation, les systèmes bancaires des PECO présentent deux caractéristiques majeures. Tout d’abord, ils sont fortement concentrés. La part des cinq plus grandes banques dans les actifs bancaires totaux est en moyenne de 65%, contre 44% dans la zone euro (tableau n°1). C’est le signe d’une consolidation bancaire quasi achevée dans la plupart des pays de la région. Par ailleurs, ils sont très largement dominés par les banques étrangères. En effet, près de 75% des actifs de ces pays appartiennent à des établissements bancaires non domestiques, tandis que la moyenne de la zone euro se situe autour de 18%. La part des banques étrangères est supérieure à 80% en Bulgarie, Lituanie et Roumanie et même à 90% en République tchèque, Estonie et Slovaquie. Seules exceptions notables, la
Des pays dominants aux stratégies d’acteurs
Sur l’ensemble de la période, les pays européens les plus actifs en termes d’acquisitions ont été l’Autriche, l’Italie, l’Allemagne, la France, la Suède, la Belgique et dans une moindre mesure la Grèce et les
En matière d’exposition aux économies des PECO, ces différents pays ne sont toutefois pas tous logés à la même enseigne. L’Autriche a de très loin l'exposition la plus élevée avec près de 250 milliards d’euros, soit l’équivalent d’environ 70% de son PIB. La Belgique et la Suède sont les deux autres pays les plus engagés, à hauteur respective de 40% et de 23%. Quant à l'Allemagne, l’Italie et la France, même si leurs banques y détiennent en valeur absolue d’importants montants d'actifs, leur niveau d’exposition respectif est inférieur à 10% de leur
La proximité géographique : un facteur clé
Très souvent, les choix du pays et/ou de la zone d’expansion se révèlent avoir été fonction de la proximité géographique ainsi que des affinités historiques, linguistiques et culturelles. En effet, les établissements bancaires allemands, autrichiens ou encore néerlandais ont ainsi privilégié leurs voisins d’Europe centrale. De même, les établissements italiens et grecs ont plutôt ciblé les Balkans, tandis que leurs homologues scandinaves et notamment suédois se sont principalement développés en direction des pays Baltes (tableau n°2). Dès lors, rien d’étonnant à ce que la part des banques suédoises dans le total des actifs bancaires atteigne 92% en Estonie, 72% en Lituanie et 33% en Lettonie, soit une moyenne proche de 65% si l’on prend l’ensemble des pays Baltes.
Si l’on s’intéresse à présent aux acteurs, on observe à nouveau que les principales banques de la région sont pour la plupart issues d’Europe occidentale (graphiques n°6 et 7), ce qui reflète bien évidemment le rôle déterminant joué par le processus d’intégration européenne, mais aussi l’importance de la proximité géographique. Il s’agit précisément des autrichiens Erste Bank et RZB, des italiens UniCredit et Intesa Sanpaolo, du français Société Générale ou encore du belge KBC. Seule banque locale capable de rivaliser avec ces leaders occidentaux, l’établissement hongrois
Les deux approches stratégiques mises en œuvre
Dans le cadre de leur politique d’implantation dans les PECO, deux principaux types de stratégies ont été adoptés par les acteurs européens. D’une part, certains ont fait le choix d’une approche plutôt régionale ciblée sur quelques pays (Pologne, Hongrie et République tchèque) et/ou sur une zone spécifique choisie en fonction d’affinités géographiques et culturelles (par exemple les Balkans ou les pays Baltes). L’allemand Commerzbank, les suédois SEB et Swedbank ou encore les banques grecques NBG et EFG Eurobank appartiennent à cette première catégorie. D’autre part, un nombre réduit d’acteurs plus ambitieux s’est engagé dans une stratégie globale à l’échelle de l’ensemble des PECO. Outre la Société Générale, Erste Bank et KBC, les deux références en la matière sont surtout l’italien UniCredit et l’autrichien RZB, lesquels disposent d’une présence significative dans plus de quinze pays (graphique n°8).
Portrait d'acteurs
UniCredit
La première acquisition de la banque italienne UniCredit dans les PECO remonte à 1999 avec le rachat du polonais Bank Pekao. Pour autant, c’est grâce à l’acquisition en 2005 du groupe bancaire allemand HVB, laquelle lui a permis de mettre la main sur sa très convoitée filiale autrichienne Bank Austria-Creditanstalt, qu’elle s’est emparée du premier rang des établissements bancaires dans la région. Depuis lors, UniCredit a poursuivi une politique volontariste de rachats pour conforter sa suprématie. Fort de plus de 120 milliards d’euros d’actifs,l’établissement transalpin dispose d’une présence dans vingt pays et possède un réseau de près de 4.000 agences. Par ailleurs, UniCredit peut se prévaloir de faire partie des dix premiers acteurs dans pas moins de 17 pays. Il est notamment numéro un en Bulgarie et en Croatie, et occupe des positions de tout premier plan en Pologne, en Bosnie-Herzégovine, en République tchèque, en Ukraine, en Turquie, en Slovaquie, en Slovénie et au Kazakhstan(tableau n°3).
Les autrichiens RZB et Erste Bank
Véritable pionnière, la banque coopérative autrichienne Raiffeisen Zentralbank (RZB) a été le premier établissement bancaire d’Europe occidentale a s’être implanté dans les PECO dans les années 1980 (Hongrie). Aujourd’hui p
résente dans seize pays, elle y possède plus de 85 milliards d’euros d’actifs, 15 millions de clients et environ 3.000 agences. Jusqu’à la fin des années 1990, la banque autrichienne présentait la particularité de s’être développée dans la région uniquement par croissance organique. Depuis cette époque, elle a réalisé une dizaine d’opérations de croissance externe, ce qui lui a permis d’accélérer son développement dans les PECO. RZB figure parmi les trois premiers acteurs nationaux dans cinq pays : Albanie et Bosnie-Herzégovine (1er), Kosovo (2nd) ou encore Slovaquie et Serbie (3ème). Quant à sa compatriote Erste Bank, elle est présente pour sa part dans sept pays des PECO. A la tête de 14 millions de clients et d’environ 2.150 agences, la deuxième banque autrichienne se trouve notamment en position de leader dans trois pays (Slovaquie, République tchèque et Roumanie).
Société Générale
Les banques françaises n’occupent qu’une place assez marginale dans les PECO, à l’exception de la Société Générale qui y dispose d’une présence significative en banque de détail. Les prémisses de sa politique de croissance externe dans la région remonte à 1999, date à laquelle elle a racheté la Banque Roumaine de Développement (BRD). Dix ans plus tard, la banque rouge et noire a réussi à tisser sa toile par le biais d’une politique active d’acquisitions (tableau n°4). A la tête d’environ 65 milliards d’euros d’actifs, la Société Générale est aujourd’hui présente dans une quinzaine de marchés représentant plus de 9 millions de clients et près de 2.800 agences. Elle appartient au « Top 5 » dans sept pays, dont la Roumanie (2nd) et la République tchèque (3ème), et contrôle le premier réseau bancaire privé russe (Rosbank). La Société Générale s’est même hissée au quatrième rang dans les PECO. Son prochain objectif, intégrer le trio de tête à l’horizon 2015.