LBO en difficulté : l'indispensable amélioration des cash flows

Créé le

02.02.2011

-

Mis à jour le

10.02.2011

Les difficultés rencontrées par les entreprises et notamment celles sous LBO en 2009 ont fait l’objet d’accords parfois précaires, assis sur le postulat d’une reprise économique rapide. Face à la conjoncture réelle de 2011, certains analystes craignent de nouvelles défaillances de la part des entreprises qui n’auront pas bénéficié d’une reprise réelle de leur activité.

Vous prévoyez un rebond du nombre de défaillances d’entreprises en 2011, quelles en sont les raisons ?

Il existe trois types d’entreprises nécessitant une restructuration :

  • celles qui font des pertes d’exploitation et qui ont besoin d’une restructuration lourde et coûteuse ;
  • celles qui ne font pas de pertes d’exploitation mais qui présentent une structure de bilan déséquilibrée, avec des dettes excessives pour un montant de fonds propres insuffisant ;
  • celles enfin ​dont le bilan est sain, mais pour lesquelles la holding est trop lourde. Il s’agit alors de renégocier la dette LBO entre les banquiers et les actionnaires seniors.
En 2009, de nombreuses renégociations entre banquiers et actionnaires seniors prenaient en compte une reprise de la croissance économique, qui n’est pas toujours au rendez-vous. Les entreprises qui ont fait l’objet de tels accords ont déjà tout mis en œuvre pour éviter un dépôt de bilan. En l’absence d’opportunités au niveau fiscal, sans effet de levier supplémentaire en cash management, et en bout de course sans les facilités qu’un banquier peut leur accorder, que peuvent-elles espérer ?

Les entreprises sous LBO sont réputées être mieux gérées que les autres, est-ce également votre avis ?

Selon moi, c’est une idée reçue : les entreprises sous LBO possèdent des systèmes de reporting plus formalisés, mais elles ne sont pas forcément mieux gérées. Nous constatons souvent que certains chiffres prévisionnels sont sortis du chapeau. Et comme les équipes des fonds n’ont généralement qu’un accès limité à la source des prévisions, et toujours à travers le prisme du management, il leur est difficile de challenger efficacement leur qualité.

Avant la crise, les investissements étaient souvent revendus dans des délais courts, par un fond à un autre fond. Aujourd’hui, la glaciation des opérations est aussi l’occasion de passer davantage de temps à l’analyse et à l’amélioration possible des cash flows. La dette est revenue mais les exigences ont changé : il faut aujourd’hui un pilotage plus fin et mieux optimiser les besoins de l’exploitation, avant de penser dégager du cash de son investissement. Nous sommes devant des problématiques de retournement qui nécessitent moins d’investissement immédiat en espèces sonnantes et trébuchantes, mais davantage de travail pour restructurer et améliorer les performances financières.

En quoi la loi de sauvegarde accélérée vous paraît-elle de nature à améliorer les discussions entre créanciers financiers ?

Cette loi est adaptée aux LBO. En effet, en la matière, la clé n’est pas la rapidité, mais deux autres éléments : en premier lieu que la discussion porte uniquement sur le volet financier, et en second lieu que la procédure soit confidentielle. Dans ce cadre, il n’y a pas de distorsion sur l’activité, les dettes d’exploitation ne sont pas gelées et on évite la publicité.

En conclusion, comment abordez-vous l’année 2011 ?

Nous souhaitons pouvoir contribuer à l’amélioration des performances financières des entreprises, si possible en évitant les situations d’urgence. Les périodes de crise ne sont pas favorables à la transparence entre fonds de private equity et participations. Les prises de conscience se font parfois un peu tard. Anticiper et mettre les acteurs face à la réalité reste d’actualité pour affronter l’absence d’une reprise économique soutenue.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº289