Pourquoi Novethic a-t-il modifié en 2012 les conditions d'attribution de son label
La croissance de ses encours donne à l'ISR plus de visibilité. Il s'agit donc désormais de démontrer que cette forme d'investissement peut concrètement contribuer au développement durable. Or, si les fonds ISR comportent quasiment les mêmes valeurs que les fonds classiques, comment l'augmentation des volumes ISR peut-elle changer la donne ? Pour convaincre les clients, l'ISR doit afficher ses différences, faute de quoi il peut facilement être considéré comme un simple vernis marketing. C'est pour cela que nous avons rendu plus exigeantes nos règles d'attribution, afin de pousser les investisseurs à exiger plus de développement durable du monde économique. Le label est désormais refusé aux fonds les moins sélectifs et attribué à ceux qui se différencient clairement des fonds classiques. Nous cherchons ainsi à aiguillonner les sociétés de gestion pour qu'elles ajoutent cette ambition à leur priorité, qui est de réaliser de bonnes performances financières.
Est-il justifié de demander une sélectivité aussi importante à un fonds investi dans les pays émergents et à un fonds actions France ? Dans l'Hexagone, les entreprises respectent déjà des standards assez avancés, ce qui pourrait justifier une sélectivité moindre de la part des fonds !
Il ne faut pas croire que l'obligation de reporting introduite par la loi NRE suffise pour faire adopter des comportements vertueux aux entreprises françaises. Certes, il y a des groupes français qui ont de véritables politiques RSE (Vivendi, Essilor, Danone…), mais pas tous. Donc un fonds qui répliquerait simplement le CAC40 n'est pas éligible à notre label. Il faut pouvoir discriminer les entreprises sur des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG).
Le leader de la gestion ISR, Amundi, conteste la méthodologie de votre label et n'a pas été candidat en 2012. Ne craignez-vous pas d'aller à l'encontre de l'industrie ?
C'est un label volontaire, auquel chacun peut décider ou non d'être candidat, mais aujourd'hui chaque maison pratique son ISR. Parmi les acteurs français, on trouve aussi des sociétés de gestion comme Natixis AM qui affiche un positionnement très sélectif.
Que pensez-vous de l'initiative du
Trouver une définition commune aux praticiens est un travail de longue haleine ; sur les labels, il y a un projet gouvernemental encore flou et de précédents projets ont avorté. L'
Pour Novethic, qui fait partie du groupe de travail du FIR, ce serait une bonne chose que tous convergent vers un objectif commun : pousser le développement durable. Quant aux pratiques, l'idéal serait sans doute un mélange de Best in Class vraiment sélectif et d'engagement actionnarial réel auprès des entreprises, pour les inciter à modifier leurs stratégies. Cela suppose d'utiliser l'analyse ESG pour demander à l'entreprise de travailler sur les facteurs de risques et d'opportunités identifiés par ses actionnaires. Cette logique consiste à définir des attentes et à peser de tout son poids pour obtenir gain de cause ; à défaut, on peut choisir de sortir du capital… Cette forme d'engagement est très développée aux Pays-Bas ou dans les pays du Nord, mais elle n'existe pas vraiment en France. C'est forcément compliqué pour des sociétés de gestion appartenant à des grands groupes bancaires dont les entreprises concernées sont les clients.
Êtes-vous satisfaite de la forte progression des encours ISR ?
Elle ne constitue pas une fin en soi. De plus, cette dynamique de marché qui laisse imaginer une forte collecte repose en réalité essentiellement aujourd'hui sur des conversions, par les sociétés de gestion, de fonds classiques en fonds ISR. Les investisseurs présents dans ces véhicules ne protestent pas, car ils sont d'accord avec les principes de l'ISR, dès lors que les performances financières demeurent bonnes.
Quelles sont les pratiques qui, à l'étranger, vous semblent exemplaires ?
Il me semble important que l'opinion publique soit sensibilisée sur ces enjeux, ce qui est le cas en Europe du Nord. Les investissements du fonds souverain norvégien font l'objet d'un véritable débat public. Ce qui serait formidable, c'est d'uniformiser les pratiques européennes en mixant la sélection Best in Class à la française, l'engagement à la néerlandaise, l'exclusion normative et les investissements à vocation écologique des pays du Nord… Le chemin est long, mais cela permettrait vraiment de changer la donne.
Que pensez-vous de l'engouement pour l'intégration des critères ESG qui, si elle est considérée comme de l'ISR, fait bondir les encours ?
Ce phénomène est positif. Il permet d'injecter une vision de long terme dans la gestion à travers la diffusion de l'analyse ESG. Toutefois, il ne faut pas être dupe car certains « intégrateurs » se contentent d'exclure les dix entreprises les plus controversées dans le monde, ce qui ne change pas grand-chose.
Que pensez-vous des
La confusion est à son comble. Le sigle ISR constitue une bonne étiquette, qui est parfois plaquée un peu rapidement. Avec son obligation, Air Liquide a réalisé une belle opération de communication en accolant à son nom le vocable ISR. Mais ce type de produit financier, émis également par des collectivités locales par exemple, ne relève pas de l'ISR. Il s'agit plutôt d'un fléchage des financements vers des projets à forte connotation environnementale ou sociale. Il constitue en soi une concurrence pour les fonds ISR traditionnels, car ces obligations répondent à un vrai besoin de l'investisseur : mesurer sa contribution au développement durable à travers l'investissement responsable. Ces produits ont eu du succès, mais ils présentent toutefois un point faible : ils financent un projet précis et l'évaluation ESG ne s'applique pas à la politique globale de l'émetteur.