Marchés financiers

Investir sur le risque pour se protéger de la volatilité

Créé le

05.12.2013

-

Mis à jour le

14.06.2017

Les fortes secousses sur les marchés financiers s’observent souvent au travers d’une hausse de leurs indices de volatilité. L’évolution du plus connu d’entre eux, l’indice VIX (volatilité du S&P 500), que l’on nomme à juste titre « l’indice de la peur », en dit long sur les variations du marché américain et surtout sur ses retournements. Autrefois simple mesure de risque, la volatilité est devenue aujourd’hui un véritable actif de protection des portefeuilles, à condition de savoir tirer parti de sa décorrélation.

Les fonds de volatilité disposent d’une collecte qui n’a cessé de croître ces dernières années alors que de très nombreuses classes d’actifs n’ont pas échappé à la crise, et ce malgré une baisse significative de la volatilité depuis l’été 2011. L’un des plus renommés, l’iPath S&P 500 VIX Short-Term Futures ETN, géré par Barclays, affiche une progression de son actif net de plus de d’1 milliard de dollars [1] depuis sa création, alors même qu’il affiche une contre-performance de près de 99 % sur le même intervalle ! Il se classe même, souvent, parmi les premiers au palmarès des ETF (Exchange Traded Funds) qui détruisent le plus de richesse pour les investisseurs (-63 % depuis le début de l’année [2] ). Par conséquent, comment expliquer qu’un fonds avec une telle performance continue de drainer tant d’encours ?

Il apparaît que la volatilité représente, malgré tout, une solution efficace de protection des portefeuilles. Pour reprendre l’exemple de l’iPath S&P 500 VIX Short-Term Futures ETN, un investissement sur le long terme dans la volatilité paraît, à première vue, structurellement perdant, mais peut être conjoncturellement très rentable. En effet, en période de stress sur les marchés, ce type de produit suit de près les évolutions de l’indice de volatilité VIX et peut voir sa performance exploser à la hausse sur une courte durée, si le marché actions dévisse (+180 % à l’été 2011 pendant la crise de l’euro). Car la volatilité permet d’obtenir des rendements anticorrélés de ceux des actions et, par conséquent, de décroître le risque d’un portefeuille d’actions en cas de retournement de marché.

 

La véritable question qui se pose alors est : comment est-il possible de tirer parti de cette caractéristique de corrélation négative tout en s’affranchissant du timing de marché lié à cet investissement ? En définitive, peut-on garder en portefeuille une position permanente sur la volatilité permettant une couverture robuste du risque actions ?

Afin d’introduire de la volatilité dans un portefeuille, il faut se demander dans quelle mesure elle peut :

  • contribuer à maximiser l’objectif de rendement de l’investisseur ;
  • diminuer le risque global de son portefeuille ;
  • modifier la composition de son portefeuille actuel ;
  • s’adapter à son horizon d’investissement.
Dans le contexte actuel, c’est bien sûr la question de la diminution du risque qui est capitale, à plus forte raison après une succession de crises profondes et brutales. Depuis les travaux de Markowitz (1952) [3] , à la base de la théorie moderne du portefeuille et de la finance moderne, nous assimilons souvent la volatilité au risque. Par conséquent, investir dans la volatilité a comme objectif d’investir sur le risque pour se protéger du risque lui-même. Toutefois, il est nécessaire de se demander au préalable de quelle volatilité l’on parle. De même, il est important de bien choisir les instruments de volatilité qui vont permettre de couvrir efficacement les portefeuilles. Enfin, il est essentiel de regarder si le coût de la couverture est inférieur à celui d’une couverture avec des instruments dérivés classiques.

 

Il est bien sûr tout à fait impossible d’investir dans ce que l’on nomme la volatilité historique, qui est calculée à partir des rentabilités passées d’un actif. La volatilité qu’il est possible de traiter est la volatilité dite implicite, qui est une mesure de risque un peu différente : elle représente l’estimation de la volatilité future donnée par le marché. La volatilité implicite tend à être surévaluée par rapport à la volatilité effectivement réalisée (sauf en période de stress de marché), traduisant ainsi la prime de risque que les investisseurs sont prêts à payer pour se protéger contre la baisse des cours. En effet, les investisseurs traditionnels ont tendance à être acheteurs de volatilité sur le marché, surtout au travers des achats de protection contre la baisse des principaux indices boursiers. Selon Morgan Stanley [4] , Sur la période 1990-2011, l’écart moyen entre la volatilité implicite et la volatilité réalisée 1 mois sur l’indice S&P 500 était de 4,5 %.

Il est donc possible, de fait, d’investir sur une estimation du risque pour se protéger du risque. Et pour cause, la volatilité implicite est anticorrélée par rapport aux actions pour trois raisons fondamentales.

L’effet de levier : selon Christie (1982) [5] , lorsque les marchés baissent, le ratio dette/capitaux propres des entreprises augmente, ce qui implique que les marchés deviennent plus risqués dans l’ensemble engendrant une volatilité implicite plus élevée.

Le Market Stress [6] : la baisse des marchés actions entraîne des mouvements sur les portefeuilles provenant d’investisseurs qui prennent leurs profits. Cela est particulièrement vrai lorsque les limites de stop-loss sont franchies. L’augmentation globale des volumes traités implique un niveau de volatilité plus élevée et, par conséquent, une augmentation du risque estimé par les traders d’options dites vanilles.

L’augmentation de la demande d’options pour la couverture : la baisse des marchés actions génère un besoin des institutions financières d’options de couverture. Ainsi, la hausse de la demande pour les puts vanilles s’accompagne d’une hausse de la volatilité implicite.

La volatilité implicite possède, en effet, une corrélation négative forte et asymétrique, car le VIX dispose d’une réactivité plus élevée à la baisse qu’à la hausse des marchés actions pour les trois raisons citées précédemment. Ceci est bien entendu une caractéristique idéale dans un but de couverture. De plus, il s’agit du seul actif possédant un tel niveau de corrélation négative aussi stable dans le temps. Le tableau des corrélations des rendements hebdomadaires sur 10 ans de différents actifs (voir Graphique n° 2) montre que, seul le VIX possède une corrélation négative forte et structurelle par rapport aux actions US sur la période.

 

Il n'existe toutefois aucun marché spot (au comptant) pour la volatilité implicite. Il est, en d’autres termes, impossible d’acheter un instrument répliquant les performances de l’indice VIX [7] en tant que tel. Il est donc obligatoire d'investir au travers des contrats dérivés à terme, d'où l'importance d'étudier les caractéristiques de la structure par terme de la volatilité implicite (prix des contrats futures en fonction de leur maturité). Ces contrats à terme, ayant une maturité définie, doivent être renouvelés au cours du temps afin de garder une position permanente de volatilité en portefeuille, on parle de roll de la position. Lorsque le prix des futures augmente en fonction de leur maturité, le prix du risque long-terme est supérieur au prix du risque court-terme, on parle de Contango [8] . Le roll représente alors un coût pour l’investisseur, car il vend un future moins cher que celui qui le remplace. La Backwardation est le phénomène inverse. Dans des périodes calmes la courbe reste en Contango (pas de risque imminent), en revanche dans les périodes de stress, la structure passe en Backwardation. Selon JP Morgan [9] , il y a eu « coût de roll » 71 % du temps depuis le lancement du marché des futures sur VIX en 2004 jusqu’en 2012. Le coût moyen de ce phénomène étant de 5 % par mois, et jusqu’à 8 % durant les périodes de faible volatilité !

Enfin, du fait de sa propriété de retour à la moyenne [10] (la volatilité retrouve toujours sa moyenne long terme dans les périodes calmes), les futures de la structure par terme du VIX sont légèrement moins réactifs [11] à une baisse du marché actions que ne le serait un investissement dans le VIX lui-même, notamment pour les maturités les plus élevées. En effet, leur prix est déterminé en fonction des anticipations de changements de niveaux de la volatilité implicite qui prennent en compte le facteur de retour à la moyenne.

La solution pour profiter de la propriété de couverture de la volatilité sans supporter la perte du coût de roll, est de combiner aux stratégies classiques, des stratégies qui cherchent à limiter le coût de l'investissement dans la volatilité. Il faut alors se tourner vers l’expertise des institutions financières en la matière et sélectionner, dans le cadre de la multigestion, un panier de fonds de volatilité à associer à notre portefeuille d’actions à couvrir. Les fonds qui vont optimiser le roll vont adopter une stratégie long/short dans le cas d’un Contango. Inversement, dans le cas d’une backwardation, ils adopteront une stratégie long only pour profiter du roll. Par conséquent, ces fonds vont s’adapter au régime de volatilité du marché en ajoutant une position short opportuniste sur la partie court terme de la structure par terme du VIX. Afin d’activer et de désactiver cette patte short, chaque fonds a mis en place une stratégie avec un signal de courbe lui permettant d’investir ou de désinvestir progressivement cette patte.

 

Les stratégies d’optimisation du roll sont moins négativement corrélées aux actions que les stratégies classiques sans optimisation. Si nous prenons l’exemple du JP Morgan Macro Hedge, ce fonds va être anticorrélé en période de stress sur les marchés et plus corrélé aux actions US en période normale (voir Graphique n° 5). Ce genre de stratégie nous intéresse beaucoup dans une logique de limitations des coûts et c’est ce qui permet de garder une position de volatilité sur le long-terme. Toutefois, ces stratégies peuvent être moins réactives que les stratégies classiques lors d’une baisse des marchés. Cela est dû, notamment, au délai de déclenchement du signal de courbe et au délai de passage du long/short au long only, d’où l’intérêt de mélanger les deux types de stratégies dans le panier de fonds de volatilité.

Il faut alors trouver les pondérations idéales pour chaque fonds dans le panier de fonds de volatilité, puis, une fois le panier constitué, la bonne quantité du panier de fonds de volatilité à associer au portefeuille d’actions pour le protéger efficacement. L’enjeu est de sélectionner, dans un premier temps, pour un niveau de volatilité arbitraire initialement fixé, le panier de fonds qui optimise le mieux les mesures classiques utilisées dans l’industrie de la gestion de portefeuille comme par exemple, la volatilité historique, la perte maximale, la VaR et les ratios (Sharpe, Sortino et Treynor) du portefeuille global. Il est nécessaire de vérifier également que l’anticorrélation du panier de volatilité est assez forte pour une allocation donnée afin de permettre une couverture. Puis dans un deuxième temps, une fois le bon panier sélectionné, de renouveler l’opération pour trouver la pondération de volatilité adéquate dans le portefeuille global, qui optimise les différentes mesures tout en laissant une part raisonnable aux actions pour profiter des hausses du marché. En d’autres termes, trouver le niveau où l’utilité marginale du panier de volatilité se rapproche de zéro. Le panier de fonds de volatilité doit être conçu tel qu’il ait une performance qui explose en cas de chute du marché actions et qui ne perde pas ou peu dans les périodes calmes pour ne pas éroder le gain sur la performance des actions.

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Une simulation sur la période 1er janvier 2007 à 23 novembre 2013 sur les indices des fonds de volatilité (certains fonds n’ayant été créés que récemment) peut donner une idée de l’efficacité de la couverture. Il faut toutefois défalquer les frais de tracking des fonds afin de retrouver une performance historique simulée des trackers. Le panier de fonds est composé de cinq stratégies différentes (celles de JP Morgan, Nomura, Barclays et Morgan Stanley) et surpondère assez largement les stratégies qui optimisent le roll (plus de 90 % au départ). Si nous affectons initialement un quart du portefeuille au panier de fonds de volatilité, et le reste aux actions avec un écart toléré de 10 % en observation mensuelle, nous pouvons arriver à un résultat du type présenté dans le Graphique n° 6.

L’investissement dans des fonds de volatilité bien associés représente donc un parachute efficace en cas de baisse significative et synchronisée des actions (scénario 2008, par exemple), sans pour autant avoir un effet significativement négatif sur la participation à la hausse du marché actions. Ceci n’est pas le cas de la stratégie optionnelle de l’indice CBOE S&P 500 95-110 Collar (choisie ici en comparaison) dont la vente de calls 1 mois finance l’achat de puts 3 mois pour protéger le portefeuille d’actions. Cette stratégie amortit, en effet, la baisse mais handicape la hausse du portefeuille durant les périodes calmes. Pour un coût en termes de frais assez comparable (frais des différents ETF de 0,75 à 1 % par an environ), la couverture par la multigestion de stratégies de volatilité est donc une alternative crédible de couverture. Elle confère l’avantage non négligeable de pouvoir parer aux risques macroéconomiques majeurs, en permanence, grâce à une présence en fond de portefeuille. C’est donc une stratégie efficace et rentable, mais aussi et surtout, une stratégie innovante qui utilise et combine de nouveaux outils de couverture récemment mis à la disposition des investisseurs.



1 1,095 milliard de dollars US au 21 novembre 2013. Source : Bloomberg. 2 Source : Bloomberg au 21 novembre 2013. 3 Harry Markowitz, « Portfolio Selection », The Journal of Finance, vol. 7, n° 1. (Mar., 1952), pp. 77-91. 4 Morgan Stanley, Quantitative and Derivative Strategies, déc. 2011. 5 Christie, « The Stochastic Behavior of Common Stock Variances: Leverage and Interest Rate Effects », 1982. 6 BNP Paribas, Volatility – An Asset Class in Portfolio Management, avril 2012. 7 Disponible sur le site du Chicago Board Options Exchange : http://www.cboe.com/micro/VIX/vixwhite.pdf. 8 John Hull, Options, Futures and Other Derivatives, 8e edition, Pearson Education Inc, p. 803. 9 JP Morgan 2012 ETF handbook. 10 Sheldon & Natenberg, Option Volatility & Pricing – Advanced Trading Strategies and Techniques, chapitre 14, pp. 275-469. 11 Guobuzaite & Martellini (2012), The Benefits of Volatility Derivatives in Equity Portfolio Management, EDHEC Publication.

À retrouver dans la revue
Banque et Stratégie Nº320
Notes :
11 Guobuzaite & Martellini (2012), The Benefits of Volatility Derivatives in Equity Portfolio Management, EDHEC Publication.
1 1,095 milliard de dollars US au 21 novembre 2013. Source : Bloomberg.
2 Source : Bloomberg au 21 novembre 2013.
3 Harry Markowitz, « Portfolio Selection », The Journal of Finance, vol. 7, n° 1. (Mar., 1952), pp. 77-91.
4 Morgan Stanley, Quantitative and Derivative Strategies, déc. 2011.
5 Christie, « The Stochastic Behavior of Common Stock Variances: Leverage and Interest Rate Effects », 1982.
6 BNP Paribas, Volatility – An Asset Class in Portfolio Management, avril 2012.
7 Disponible sur le site du Chicago Board Options Exchange : http://www.cboe.com/micro/VIX/vixwhite.pdf.
8 John Hull, Options, Futures and Other Derivatives, 8e edition, Pearson Education Inc, p. 803.
9 JP Morgan 2012 ETF handbook.
10 Sheldon & Natenberg, Option Volatility & Pricing – Advanced Trading Strategies and Techniques, chapitre 14, pp. 275-469.