Investisseurs institutionnels: « Invest to lend »

Créé le

13.11.2012

-

Mis à jour le

27.11.2012

Banquiers et investisseurs deviennent complémentaires pour financer les entreprises et d'autres acteurs économiques.

Depuis quelques mois, on assiste en France à un foisonnement d'initiatives permettant à des détenteurs de capitaux d'investir dans une classe d'actifs nouvelle pour eux, les prêts bancaires. En pratique, un prêt initialement octroyé par une banque est cédé à un investisseur, directement ou via un véhicule approprié. En avril 2012, un groupe de professionnels a créé à Paris l' OFPE [1] , afin de doter cette activité naissante d'une instance de rencontre, d'information et de représentation.

Les membres de l'OFPE, investisseurs, gérants d'actifs et conseils, contribuent à faire émerger une activité de placement en prêts. Celle-ci permet de drainer l'épargne vers l'économie française, en finançant aussi bien des concours aux ETI et PME que des projets immobiliers commerciaux, des équipements publics ou des opérations de PPP.

Des prêts très attractifs

Encouragées par les normes Solvabilité 2, les entreprises d'assurance privilégient aujourd'hui les produits de taux, moins exigeants en capital. Plus généralement, un souci de diversification pousse les investisseurs à sortir du cercle relativement étroit des émetteurs d'obligations. La chute des rémunérations des emprunts émis par les États les plus solvables les conduit en outre à rechercher des placements offrant des rendements plus élevés. Nombreux sont donc les détenteurs de capitaux qui placent des fonds en prêts, développant ainsi un nouveau modèle : « invest to lend ». L'intérêt de ces opérations résulte également de leurs caractéristiques : en cas de défaillance, les prêts présentent en effet une supériorité sur les obligations, leurs détenteurs pouvant agir en amont, conformément aux dispositions contractuelles.

Les prêts à l'économie constituent une classe d'actifs qui offre des historiques de performance, des relations bilatérales directes avec les emprunteurs, une meilleure compréhension de l'utilisation des fonds et un accès régulier à l'information.

La cession de créances réactualisée

Dans le modèle « originate to distribute » [2] , les banques n'ont plus vocation à conserver tous leurs crédits dans leurs bilans ; elles peuvent améliorer leur rentabilité en en distribuant tout ou partie à d'autres établissements bancaires, via des syndications, ou à d'autres investisseurs. La titrisation est l'une des formes couramment utilisées de cette distribution.

La nouvelle donne, résultant de Bâle III et des suites de la crise financière, conduit désormais les banques notamment européennes à recourir au modèle « originate to distribute », en cédant une part de leurs prêts à des investisseurs très divers, des grands institutionnels aux ménages.

La convergence banque-investisseur

Comment s'effectue la rencontre entre l'offre et la demande de financements ? Depuis plusieurs mois, les banques ont cédé des portefeuilles de prêts dans le cadre du deleveraging de leurs bilans. De manière plus pérenne, elles cherchent également à développer une offre de co-investissement avec des prêteurs alternatifs ou des accords de cession de crédits à des investisseurs.

De leur côté, des détenteurs de capitaux ont investi de manière à détenir des prêts, directement ou via des fonds. Ils s'organisent pour se comporter en créanciers actifs et responsables, en se dotant d'équipes dédiées ou en confiant des mandats à des gérants spécialisés. Selon les cas, ils interviennent dès la demande de financement ou dans le cadre de club deals avec les banques.

On assiste ainsi à une convergence entre les deux modèles, qui facilite le financement de l'économie. L'OFPE considère qu'en observer les développements est de nature à favoriser la transparence et promouvoir de bonnes pratiques en la matière.

1 Observatoire des fonds de prêts à l'économie. 2 Concept analysé par Lowell Bryan dès 1988 dans  Breaking up the Bank, ouvrage paru en français sous le titre La Banque éclatée en 1989.

À retrouver dans la revue
Revue Banque Nº754
Notes :
1 Observatoire des fonds de prêts à l'économie.
2 Concept analysé par Lowell Bryan dès 1988 dans Breaking up the Bank, ouvrage paru en français sous le titre La Banque éclatée