Interview de Matthieu Bouvard

Créé le

30.09.2021

En marge de la cérémonie virtuelle de remise de prix, présidée par Elyès Jouini, directeur scientifique de l’IEF, et Philippe Trainar, directeur du risque chez SCOR, Matthieu Bouvard a répondu aux questions de l’ILB.

Que représente pour vous ce prix IEF/fondation SCOR pour la science du meilleur jeune chercheur ?

C’est un honneur et une satisfaction de recevoir ce prix prestigieux. En observant l’historique de cette récompense, je trouve très flatteur de trouver mon nom en compagnie de chercheurs reconnus comme mes collègues Thierry Mariotti et Sophie Moinas, ou encore Johan Hombert. Je tiens également à souligner les efforts réalisés par l’ILB et de la Fondation Scor pour la Science afin de rapprocher la recherche scientifique et les professionnels de l’industrie financière.

Pouvez-vous nous détailler et nous expliquer brièvement les grandes thématiques de recherche sur lesquelles vous travaillez ?

M. B. : Je m’intéresse particulièrement aux fintechs, qui évoluent au croisement entre les technologies de l’information et les services financiers. De manière générale, l’angle que j’ai choisi d’étudier concerne la notion de risque financier, qui fluctue constamment et parallèlement aux innovations financières. Avec de nouveaux arrivants sur le marché, de nouveaux risques apparaissent. Il est donc très important de les identifier et de les comprendre pour pouvoir les gérer correctement. Pour davantage illustrer mes recherches, prenons deux exemples récents de travaux. Le premier concerne la blockchain, qui est l’infrastructure technologique sous-jacente aux cryptomonnaies, notamment le bitcoin. Ce protocole permet d’enregistrer des données de transaction, mais en cas de perte ou d’absence de consensus entre les parties, la stabilité de l’infrastructure peut être perturbée et cela pose de nombreuses questions, en particulier de sécurité. Le second exemple porte sur le fonctionnement de plus en plus rapide des marchés et de son impact sur la gestion des risques en temps réel des grandes institutions financières.

Vous vous intéressez à la blockchain en general et au bitcoin en particulier. Comment analysez-vous le boom actuel sur les cryptomonnaies ?

Les cryptomonnaies, notamment le bitcoin, se rapprochent des monnaies traditionnelles, qui ne sont pas des classes d’actifs comme les actions ou les obligations dont la valorisation peut se baser sur une analyse fondamentale, c’est-à-dire une estimation des flux futurs que ces actifs vont générer (dividendes, coupons). Il faut rappeler qu’il est très difficile de prédire les mouvements des monnaies émises par les banques centrales, ce sont des mécanismes assez mal cernés en finance. Cette difficulté à expliquer des mouvements de prix s’applique également au bitcoin, dont la volatilité est beaucoup plus importante. On peut néanmoins interpréter la possibilité et la facilité d’effectuer des transactions en bitcoins comme faisant partie de la valeur fondamentale de Bitcoin. Par exemple, sur la période récente, de grands groupes comme Tesla, Visa, Mastercard, Paypal et même BlackRock, ont annoncé la possibilité d’effectuer des transactions ou des investissements en bitcoins, constituant des éléments tangibles en sa faveur qui peuvent expliquer son appréciation. Il reste qu’une partie importante de la volatilité du bitcoin ne semble pas être expliquée par le mouvement de ces fondamentaux.

Pour conclure, quels sont les prochains sujets sur lesquels vous allez travailler ?

Je vais continuer à m’intéresser aux nouveaux systèmes de paiement, qui est un domaine très évolutif. Historiquement, c’était le domaine de compétence des banques, mais certains segments ont migré vers de nouveaux acteurs. La Chine constitue, certainement, l’exemple le plus avancé avec le développement de solutions de paiement sur téléphone mobile par Alipay et WeChat qui concurrencent le système bancaire. Ce mouvement est également observable aux Etats-Unis avec les grands acteurs comme Amazon et Facebook. Or, cette tendance pose de nombreuses questions de recherche : pourquoi cette concurrence apparaît-elle ? Quelles sont les synergies entre les réseaux sociaux, leurs utilisateurs et les moyens de paiement ? Comment comprendre et appréhender ces nouveaux risques ? Comment réguler les nouveaux acteurs ?

 

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Revue Banque NºHOF2021