Dans un contexte caractérisé par une âpre concurrence et des besoins de financement croissants, alors même que les ressources traditionnelles, notamment bancaires, ont tendance à régresser, le proverbe « charité bien ordonnée commence par soi-même » prend tout son sens lorsque l’on examine la contribution des gestions françaises à l’économie française et européenne. À cet égard, certaines critiques sur les marchés financiers, même si elles ne sont parfois pas complètement infondées, ne semblent pas s’appliquer lorsqu’on s’interroge sur la panoplie de moyens permettant de financer la relance économique et surtout sur le fait de savoir qui va s’occuper de collecter les capitaux nécessaires pour mener à bien les investissements d’avenir. Pour illustrer cette situation prenons le cas des entreprises non financières, vrais moteurs de la croissance et constitutives de ce qu’il est coutume d’appeler l’« économie réelle ».
Un rationnement du volume de crédit bancaire
Outre l’autofinancement et le crédit bancaire, les entreprises peuvent également se financer sur les marchés de capitaux en faisant appel public à l’épargne, via l’émission de titres de dette ou d’actions. Le niveau de financement des entreprises par des titres de dette reste à ce jour relativement faible en zone euro, et très variable d’un pays à l’autre, le crédit bancaire représentant environ 75 % de leurs ressources externes, selon les données de la BCE. Pour la France, le taux d’intermédiation bancaire serait de l’ordre de deux tiers. Tout ceci contraste avec la situation qui prévaut aux États-Unis, où à l’inverse les entreprises se financent à hauteur des deux tiers directement sur les marchés des capitaux.
Cette particularité de la zone euro, dont la France, donne d’autant plus à réfléchir que les financements bancaires ont (et devraient avoir de plus en plus) tendance à perdre en importance relative, du fait notamment de l’entrée en vigueur progressive de Bâle III qui, par ailleurs, pourrait pousser les coûts du crédit à la hausse. On devrait donc dans un avenir proche observer, d’une part, un rebond de la demande globale de crédit de la part des entreprises souhaitant se développer et, d’autre part, simultanément un rationnement de facto du volume de crédit bancaire disponible.
Un rôle accru pour les gestions
L’application de Bâle III, du moins dans sa version actuelle, devrait donc logiquement avoir pour effet de renforcer l’appel au financement direct des entreprises sur les marchés auprès des investisseurs, privés et institutionnels. Les anticipations relatives à la désintermédiation des financements des entreprises, et plus particulièrement celles de taille moyenne, nécessitent une implication encore plus soutenue de la part des gestions, véritables facilitateurs de la rencontre entre offre d’épargne et demande de capitaux sur les marchés. D’où l’intérêt pour un pays, en l’occurrence la France, de disposer d’une industrie de la gestion moderne et dynamique, en phase avec ces besoins et qui contribue au financement des entreprises. Il en est de même pour les autres entités émettrices que sont les États, les collectivités locales et les institutions financières, toutes à la recherche de ressources à court, moyen et long terme sur les marchés de capitaux.
Les gestions jouent d’ailleurs déjà ce rôle d’apporteurs de capitaux, et ceci peut être mesuré de deux manières : le taux d’emprise et la localisation géographique des placements en portefeuille.
Une contribution puissante au financement des acteurs économiques
De façon classique, la contribution des gestions peut être mesurée par le taux d’emprise sur la capitalisation en actions et le stock de la dette émise par des résidents français. Ce taux met en lumière le rôle économique essentiel des gestions françaises. En effet, les sociétés de gestion détiennent près d’un cinquième du stock de dettes en titres à moyen et long terme des émetteurs français (majoritairement constitué des OAT émis par l’État français, dont les gestions détiennent 22 % du stock). De même, les gestions contribuent sur le marché de la dette à hauteur de 25 % au financement des entreprises non financières (voir Encadré 1)…
Concernant les financements à court terme, via des titres du marché monétaire émis en France, l’emprise des gestions est encore plus importante : elles sont de loin les principaux détenteurs des certificats de dépôt (45 % du stock) des banques pour qui elles constituent une source essentielle de financement et d’apport en liquidités.
Selon l’indice choisi, on observe un poids variable mais toujours fort des OPCVM (hors épargne salariale) dans le flottant des entreprises cotées en France : près de 20 % pour le CAC 40 et le SBF 250, jusqu’à 25 % pour le CAC SMALL 90, en passant par 17 % du CAC MID 100. En plus de financer les grandes entreprises cotées, les OPCVM accordent ainsi une place relativement importante dans leurs portefeuilles aux petites et moyennes capitalisations, contribuant donc à l’emploi et à la croissance dans ces entreprises (voir Encadré 2).
Enfin, si l’on rajoute à ce tableau la part des mandats de gestion et de l’épargne salariale (FCPE) placée en actions françaises cotées, au global, le poids des gestions devrait approcher un cinquième de la capitalisation flottante du SBF 250.
Les gestions privilégient l’« investissement local »
Approche moins connue, la répartition des investissements selon l’origine géographique des émetteurs dans les OPCVM et les mandats de gestion fait ressortir un double biais domestique, très favorable aux titres de la zone euro et à ceux émis en France en particulier. En effet, à fin
Les mêmes montants en actions gérés par des Anglo-saxons se porteraient dans une bien moindre proportion sur des titres français ou de la zone euro, non pas par manque d’attrait ou par ostracisme, mais tout simplement parce qu’ils connaissent mieux les entreprises qui leur sont plus proches. Et ce biais domestique peut être très significatif ! C’est une preuve de plus qu’avoir une industrie de la gestion puissante est un atout essentiel pour une Place, qui lui permet de jouer pleinement son rôle au service du financement de nos entreprises… comme de l’État.